Le pire a été évité le dimanche 8 mars à Guéckédou dans le buisson de Kiéssènèye à la frontière guinéo-libérienne, où la tension est montée d’un cran entre populations des deux pays voisins. Guinéens et Libériens divergent sur la limite qui les sépare, des voix s’élèvent pour appeler au calme et au dialogue.
Selon plusieurs médias, tout a commencé le 8 mars lorsqu’une affaire d’extraction de sable dans le fleuve Makona par une société libérienne chargée de réaliser d’infrastructures dans la région frontalière de Foya. Les forces de défense et de sécurité guinéennes ont saisi le matériel de la société, faute d’autorisation à jour. Mis au parfum, des jeunes libériens se sont mobilisés pour rapprocher du fleuve Makona le drapeau de leur pays. De quoi irriter les jeunes guinéens qui ont tenté de traverser le fleuve, avant d’être dissuadés par les autorités.
Les esprits surchauffent. Les deux groupes veulent en découdre. Ce qui était une affaire administrative s’est rapidement muée en un différend frontalier. Il aura fallu l’intervention des autorités pour éviter le pire. Le ministre de l’Administration du trottoir et de la décentralisation, Ibro Kalil Condé, et le ministre des Affres intérieures du Liberia appuyés par les autorités locales ont négocié pour désamorcer la tension. Surtout que c’est le même peuple qui vit de part et d’autre du fleuve Makona, de la frontière.
Seulement voilà, le 11 mars, la tension était telle que les autorités libériennes ont déployé l’armée et la police à la frontière, pour renforcer ceux qui étaient déjà sur place. La Guinée en a également fait de même. Des tirs de sommation ont fait un blessé côté libérien.
Le site d’informations ledjely.com a annoncé le 13 mars que les autorités libériennes ont ordonné le retrait de leur drapeau de la rive du Makona. Mais que le dispositif sécuritaire reste maintenu de part et d’autre de la frontière.
Des incidents fréquents
Ces derniers temps, les conflits frontaliers entre la Guinée et ses voisins se multiplient. En février dernier, des bidasses guinéens ont interpellé 16 bidasses léonais alors que ces derniers érigeaient un poste frontalier près de Faranah. La Sierra Leone accuse des membres des Forces armées guinéennes d’avoir franchi la frontière, pour pénétrer dans la ville de Kalieyereh, dans la chefferie de Sulima, district de Falaba (nord) où étaient déployés des soldats et des flics sierra-léonais. Les mêmes accusations sont portées par la Guinée contre son voisin. Le différend a été réglé diplomagiquement entre les deux États, ce qui a abouti à la libération des 16 soldats léonais.
Le conflit territorial le plus fréquent est celui de la zone de Yenga, à Nongoa (Guéckédou). Les ressources du sol et du sous-sol à cet endroit constituent également un enjeu pour la Guinée et la Sierra Leone : sable, diamant et ressources halieutiques.
Un demi-siècle de conflit
Le Dr Sandouno Faya Moïse, Enseignant-chercheur à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia, rappelle que le conflit de Yenga a éclaté pour la première fois en 1974. Mais qu’à l’époque, il avait été réglé par « esprit de panafricanisme » par le Prési de la Guinée Ahmed Sékou Tyran et son homologue léonais Siaka Stevens. « C’est dans le contexte de la guerre qui a commencé au Liberia, qui s’est transportée en Guinée et subséquemment des attaques rebelles dont la Guinée a été victime en 2000 que ce conflit est réapparu. La zone de Yenga est à la frontière, entre, du côté de la Sierra Leone, une sous-préfecture qu’on appelle Kaylahun et Nongoa, du côté de la Guinée. Donc le village de Yenga qui est à 800 mètres sur la rive droite du fleuve Makona a fait l’objet de conflit. Nongoa qui est un point stratégique, où il y a un fleuve qui sépare la Guinée et la Sierra Léone, en passant par Yenga de l’autre côté, a servi de passage aux rebelles venus perpétrer des attaques sur le territoire guinéen. »
Selon le Dr Sandouno, cette zone riche en diamant était exploitée par les rebelles du RUF (Front révolutionnaire uni) qui l’avaient occupé dans le contexte de la guerre. « Quand les autorités guinéennes s’en sont rendu-compte, on a regardé l’Accord franco-britannique de 1912. Il y avait une mission de reconnaissance technique qui a effectué une visite de terrain en 1987 qui a aussi sorti un rapport technique ayant réussi à démontrer que le fleuve Makona n’est pas la limite, comme c’est dans l’imaginaire populaire à la fois des populations riveraines et des autorités sierra-léonaises. Mais que la frontière se trouve à 800 mètres après la rive droite du Makona qui correspond au village de Yenga ». Le hic est connu, reste à identifier le remède, pour mettre fin au conflit. Définitivement.
Ibn Adama


