À travers un point de presse vendredi 6 mars à son siège à Cona-cris, l’ONG Action Mines Guinée a présenté le deuxième rapport annuel des impacts du projet Simandou dans les zones riveraines. Produit par les comités de suivi mis en place dans cinq localités touchées par le projet, le rapport met en exergue les dégâts environnementaux et la destruction des moyens de subsistance des communautés. Malgré les promesses de développement économique des zones riveraines, l’agricultures, l’eau, la pêche, sont affectées partout.

 Ibrahima Sory Kourouma, coordinateur du projet de plaidoyer pour le respect des droits des communautés de Simandou, se réjoui de la rentrée en production du Projet Simandou [l’un des plus grands gisements de fer au monde], puisqu’il contribuera au développement du bled. Mais, dit-il, si les espoirs sont réels, les attentes sont énormes. C’est pourquoi, en responsables de la société civile, ils ont sillonné le corridor et les zones affectées pour mettre en place des comités de suivi. « Ces comités de suivi sont composés des leaders communautaires qui interviennent directement dans leur zone. Leur rôle est de sensibiliser les communautés sur les enjeux et les risques du projet. C’est également inviter les communautés à utiliser les voies de recours légales pour saisir les entreprises, afin d’éviter les violences dans les zones minières. A côté, ils documentent des impacts liés au projet sur les communautés et les individus. Ils aident même les communautés à saisir les entreprises à travers leur mécanisme interne de règlement des griefs. »

L’action des comités de suivi est important d’autant plus, déclare Kourouma, que dans ce deuxième rapport, les séances de sensibilisation et de conscientisation ont touché près de 2 800 personnes. Aussi 48 impacts documentés ont été portés à la connaissance des entreprises. « Certaines plaintes n’ont pas encore reçu de réponses concrètes. Mais ce qui est sûr, il y a cette ouverture au niveau des entreprises pour le dialogue, pour échanger avec les communautés, aboutir à une solution consensuelle et à un règlement amiable.

Toutefois, il y a des efforts supplémentaires à faire, parce que les impacts tardent à être résolus », s’inquiète le coordinateur du projet de plaidoyer. Ibrahima Sory Kourouma affirme qu’il y a une accumulation au fur et à mesure de ces impacts. « Normalement, les mécanismes de gestion des plaintes exigent un mois à l’entreprise pour recevoir une plainte, la traiter et trouver un consensus avec le plaignant. Alors qu’aujourd’hui, nous avons des plaintes qui ont fait plusieurs mois, même une année, sans pour autant être résolues ».

La pêche à l’agonie

 A Forécariah, dans la zone Kaback qui abrite le port minéralier, les pêcheurs sont confrontés à d’énormes difficultés : la fuite des poissons, la destruction des filets de pêche. À cause du remblai de la mer par des pierres et le déversement de la boue rouge dans l’eau. « Avant, il suffisait d’alimenter les pirogues à 5 litres d’essence pour aller à la pêche en mer et avoir du poisson. Mais maintenant même à 30 litres, il est difficile pour les pêcheurs de s’en sortir. Ils partent en haute mer avec tous les risques à la recherche du poisson, difficilement, ils en gagnent », a déclaré Alkhaly Soumah, membre du Comité de suivi de Forécariah, basé à Kaback. Selon lui, la pêche, l’activité principale des communautés de Kaback, est en passe de disparaître à cause du Projet Simandou. D’autant plus que les plaintes déposées au niveau des sociétés ne sont quasiment pas résolues. « Quand c’est 12 filets qui sont endommagés du fait des pierres amenées par la société, on ne nous rembourse que deux. Si cela continue comme ça, il sera difficile pour les communautés de travailler… »

Champs et cours d’eau détruits

Dans la zone de Kindia (sous-préfecture de Madina-Oula et de Mamou (sous-préfectures de Ouré-Kaba, Soya), des champs et des cours d’eau ont été détruits. La construction d’un tunnel de 11km 500 a été dévastateur pour les champs et infrastructures des communautés de Madina-Oula. Egalement des nuisances sonores dues au dynamitage créant une forte explosion et une vibration très forte, a expliqué Amara Camara, membre du Comité de suivi de Madina-Oula. Selon lui, cela a même causé d’effets sur des femmes enceintes et personnes atteintes des maladies cardiaques. « Le remblai a beaucoup impacté les domaines agricoles. A cause du déversement de la boue rouge dans les champs, vous allez voir plus de 20 ou 30 hectares qui ne sont plus exploitables comme avant. En septembre dernier, après la publication de notre rapport de suivi, la société est allée avec nous, constater les dégâts dans les bas-fonds. Elle a proposé aux victimes des sacs de riz. Au lieu de penser à l’avenir des personnes affectées, y compris les membres de famille, on leur donne des sacs de riz, selon le degré des impacts ».

À Ouré-Kaba et à Soya, les domaines agricoles et les cours d’eau sont également fortement impactés par les boues rouges, déversées dans ces lieux. Dire que la liste des effets du projet Simandou n’est pas encore exhaustive. Ci-dessous le 2ème rapport d’impact annuel du Simandou produit par l’ONG Action Mines Guinée.

Ibn Adama

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