Le 13 mars, l’Observatoire guinéen des mines et des métaux (OGMM) a publié son rapport de veille minier 2025. L’année est marquée par le lancement du projet Simandou, le retrait de plus de 300 permis miniers, la création de la société publique Nimba Mining Company, entre autres. Mais au-delà des perspectives et des ambitions industrielles des autorités, des défis demeurent.
Le projet Simandou, couplé au Programme Simandou 2040 a marqué les esprits en 2025. Lancé avec tambour et trompette en novembre 2025 au port de Moribaya, le projet d’envergure est censé enclencher le développement socioéconomique de la Guinée. Le premier chargement commercial du minerai de fer de Simandou est parti de Moribaya en décembre dernier, marquant ainsi le démarrage officiel de la phase opérationnelle du projet. Le gisement de Simandou pourrait produire jusqu’à 120 millions de tonnes par an en pleine capacité de production, l’investissement total est autour de 15 milliards de dollars américains, incluant le chemin de fer de 670 km et le port de Moribaya.
Mais au-delà des chiffres et de la « complexité technique du projet », l’OGMM s’inquiète de l’atteinte effective des objectifs du projet. Il s’agit notamment des « incertitudes associées aux évolutions du prix du fer, du poids des exonérations, de la disparité du cadre fiscal et celui des coûts d’exploitation, des pratiques du prix de transfert liées notamment à la forte intégration verticale des acteurs en jeu, ou encore aux défis de transparence pertinents au secteur et à la redevabilité vis-à-vis de la population guinéenne. » Déjà, l’Observatoire avait relevé « l’incohérence stratégique entre le tracé des infrastructures (rails, routes) et la disposition actuelle des grands centres économiques et urbains », ce qui limite ainsi le potentiel d’intégration socioéconomique et de désenclavement du projet.
Le rapport de veille minier dénonce le fait que plusieurs documents liés au co-développement des infrastructures, la fiscalité et les tarifs applicables aux infrastructures ainsi que les aspects relatifs au caractère multiutilisateurs des infrastructures « restent frappés du saut » de la confidentialité et inaccessibles au public.
Leader mondial de bauxite
Le retrait de plus de 300 permis miniers dont ceux de Guinea Alumina Corporation-GAC et d’Axis Mineral n’a pourtant pas affecté l’exportation de la bauxite guinéenne sur le marché international. Au contraire, le pays est resté au premier rang mondial de l’exportateur de la terre rouge, essentielle à la production de l’aluminium. En 2025, les exportations ont atteint environ 183 millions de tonnes, soit une hausse de 25 % par rapport à 2024, indique le rapport. La hausse s’explique par l’augmentation de la production chez la Société minière de Boké-SMB, Chalco, la Compagnie des bauxites de Guinée-CBG, mais aussi de l’entrée en production d’Alliance Mining Comodities-AMC. « Environ 74 % des exportations ont été destinées à la Chine. La Guinée a représenté jusqu’à 70 % des exportations maritimes mondiales de bauxite en 2025. La bauxite reste la principale source de revenus miniers du pays et constitue le pilier de son économie, elle représente plus de 46% des exportations de la Guinée en valeur et en quantité », ajoute le rapport.
Face à l’intérêt croissant des grandes puissances pour la bauxite et son inscription sur la liste des minerais critiques, l’OGMM plaide pour une classification de la bauxite, par la Guinée, comme une ressource stratégique et critique assortie de la prise en compte de l’ensemble des implications associées telles que l’existence de produits dérivés classés critiques comme le Galium, le renforcement du dispositif fiscal applicable aussi bien au niveau national que local.
Ambitions industrielles
Selon le rapport, le gouvernement guinéen a accéléré sa stratégie de réduction des exportations de minerais bruts et a développé une industrie locale de transformation en 2025. L’OGMM soutient qu’une dizaine d’entreprises minières ont des obligations de transformation du minerai dans leurs conventions minières. « En 2025, le consortium SMB-Winning a lancé la construction d’une raffinerie d’alumine d’un coût estimé à 1,2 milliard de dollar. Trois autres raffineries sont en phase de maturation, dont celles de SPIC, Chalco et de la CBG. Cette stratégie vise à créer des emplois, augmenter la valeur ajoutée et réduire la dépendance aux exportations de matières premières », lit-on dans le rapport de veille minier 2025. Lequel rappelle que l’État guinéen a construit une unité de raffinage de l’or : Nimba Gold Refinery. Sa capacité de production est de 250 à 730 tonnes par an. Le projet est développé en partenariat avec la société Emirates Minting Factory et vise à réduire l’exportation de l’or brut, à assurer la traçabilité, à valoriser la production artisanale et à créer des emplois. Nimba Mining Company, créée sur les actifs de GAC, ambitionne aussi de bâtir sa raffinerie d’alumine.
Réformes minières
Dans la gouvernance minière, le ministère des Mines et de la Géologie a lancé la plateforme numérique Damanda, un système digital pour la gestion des permis miniers. Il vise à améliorer la transparence, la traçabilité, l’efficacité administrative, l’attractivité du secteur pour les investisseurs. « Le lancement de cette plateforme a été précédé par une vaste opération de retrait de plus de 300 permis miniers caduques ou non conformes à la réglementation minière. Ces réformes visent à renforcer le contrôle de l’État et à améliorer la gestion du secteur. L’État a procédé au lancement de la première société minière nationale, Nimba Mining Company. Une première dans l’histoire minière de la Guinée », se réjouit l’OGMM. Estimant que la reprise en main par l’État des activités minières constitue un levier de « renforcement de la souveraineté minière » et de compétitivité économique.
Yaya Doumbouya


