Au lendemain de la publication de la liste définitive des candidats aux élections présidentielles par la Cour suprême, nous avions prédit, qu’en l’absence des principaux ténors de l’opposition, situation bien singulière dans l’histoire des consultations présidentielles en Guinée, on pouvait sans risque de se tromper, écrire que le candidat Mamadi Doumbouya avait de fortes chances de surclasser ses éventuels adversaires dès le premier tour du scrutin du 28 décembre dernier.
A l’allure où le retour à l’ordre constitutionnel se déroule, nos prédictions du mois de novembre dernier se confirment. En effet, tard dans la soirée du vendredi 6 mars 2026, le ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation a pris un arrêté portant dissolution de 40 partis politiques, pour non-respect des obligations légales en vigueur. Cette décision, qui tombe comme un couperet sur le landerneau politique guinéen, fera indubitablement des vagues, dans la mesure où parmi les formations politiques concernées figurent notamment le RPG-Arc-en-Ciel, l’UFDG et l’UFR, qui sont des partis historiques. Il n’y a donc guère d’illusions à se faire, ce retour à l’ordre constitutionnel, au terme des différentes élections programmées, consacrera une recomposition de l’espace politique du pays.
Un trait sera ainsi tiré sur la séquence de temps, jadis animée par les principaux partis historiques dissous le 6 mars. Quoiqu’on leur reproche aujourd’hui, ils ont largement contribué à l’enracinement de la démocratie en Guinée. Dans le lot de ces partis historiques, le PDG-RDA, il y a lieu de le souligner, aura été l’architecte de l’indépendance en 1958. S’il a favorisé une unité nationale forte, il a rapidement instauré un régime de parti unique, limitant l’expression démocratique au profit d’une centralisation totale du pouvoir. Nonobstant cette caractéristique de sa ligne politique, son existence est un repère incontournable de l’histoire politique du pays. Il en est également de même pour bon nombre de formations politiques dissoutes depuis le 6 mars.
En attendant probablement la suite des recours que vont introduire les partis dissous auprès de la Cour suprême, force est de reconnaître, que la date du 6 mars 2026 marque la fin d’une certaine époque de la vie politique du pays. Une époque caractérisée par une ligne de fracture entre divers courants politiques, qui, en fonction des convictions et certitudes de leurs leaders, animaient le microcosme politique. Depuis l’avènement du CNRD au pouvoir à la faveur du coup d’Etat du 5 septembre 2021, une page s’est royalement tournée en Guinée : la redistribution des rôles dans le jeu politique au lendemain des élections communales et législatives prochaines.
Thierno Saïdou Diakité



