Faute d’un règlement à l’amiable, Falcon Energy Materials assigne la Guinée devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissement (CIRDI). Cette société minière canadienne basée à Abou Dabi réclame à la Guinée 100 millions de dollars ricains, pour lui avoir retiré « illégalement » son permis en mai 2025.
Falcon Energy Materials était jusque-là l’unique société engagée dans l’exploitation du graphite en Guinée. Son gisement se trouve à Lola, en Guinée forestière (sud-est), où elle devait développer une unité de transformation locale de ce minerai essentiel à la fabrication des batteries. La mine, en pleine production, pourrait atteindre 2,5 millions de tonnes par an, pour un investissement de 185 millions de dollars ricains, à en croire certains médias marocains. La convention sur la protection et la promotion des investissements du projet avait été signée en août 2011 entre la Guinée et les Émirats arabes unis.
Manquements au code minier
En mai 2025, persuadé du manque de volonté de Falcon à bâtir l’unité de traitement du graphite et apprenant que la société construit une usine d’anodes à Tanger au Maroc, le goubernement guinéen via son mystère des Grises mines et de la Géologie lui a retiré le permis, comme des centaines d’autres, invoquant des manquements au Code minier guinéen.
Le graphite guinéen devait faire tourner l’usine d’anodes à Tanger, sans être traité préalablement par l’unité censé être construite à Lola. Falcon y avait réalisé les études de faisabilité, viabilisé le site, recruté 35 employés. La société assure que le projet était en bonne voie.
En outre, elle annonçait en mars 2025 la signature d’un accord stratégique avec le groupe chinois Shanshan, pour commercialiser les produits d’anodes qui seront produits par l’usine de Tanger, en construction. Celle-ci devait être opérationnelle à la fin de la même année, pour une capacité de production de 26 000 tonnes de CSPG et 19 000 tonnes de fines. Pour un coût d’investissement initial de 86 millions de dollars ricains.
Après le retrait de son permis par le mystère des Grises mines et de la géologie dirigé par Bouna le Scylla du goubernement, Falcon aurait essayé de régler le litige à l’amiable. Sans succès.
Plusieurs millions de dollars réclamés
Le 16 mars, visiblement agacée, la société canadienne s’est fendue d’un communiqué pour annoncer qu’elle a engagé une procédure d’arbitrage international contre la Guinée. Elle se plaint de « l’expropriation illégale » de son projet de graphite, ainsi que d’autres « violations » du traité bilatéral d’investissement conclu entre les gouvernements émirati et guinéen.
La plainte portée devant le CIRDI décrit le contexte du litige, fait mention d’une indemnisation (dommages subis) estimée à 100 millions de dollars ricains. Dans le communiqué, le dirlo gérant de Falcon, Matthieu Bos, déclare : « Bien que nous regrettions la nécessité d’engager une procédure judiciaire, nous sommes pleinement préparés à présenter notre demande d’indemnisation en arbitrage, couvrant à la fois la perte des actifs de la société en Guinée et les dommages supplémentaires résultant des actions du gouvernement guinéen. »
Selon Matthieu Bos, à la suite d’une levée de fonds, Falcon a obtenu le « soutien total » de ses actionnaires pour poursuivre l’affaire, couvrir tous les frais juridiques. « Nous continuerons à affiner nos demandes dans le cadre de la procédure d’arbitrage, tout en maintenant notre concentration sur le développement de notre usine d’anodes au Maroc », dit-il. Falcon s’est offert les services du cabinet d’avocats international Lalive, basé en Suisse, pour défendre ses droits. Quant à la Guinée, elle n’a pas encore réagi.
Yaya Doumbouya


