A moins de deux mois des sélections communales, la bataille pour le contrôle des futures mairies fait rage, notamment au sein de la Génération pour la modernité et le développement (GMD). Dans certaines circonscriptions, ceux qui sont censés porter le flambeau du futur parti présidentiel sont encore contestés.
C’est la course contre la montre pour les prési de délégations spéciales désireux de se porter candidats aux sélections communales du 24 mai prochain. Le mystère de l’Administration du trottoir et de la décentralisation leur donnait jusqu’au 27 mars pour démissionner de leurs postes, déposer leurs bilans et acter formellement leurs candidatures. L’étau pourrait se desserrer un tout petit peu. La Direction générale des sélections a prorogé le délai jusqu’au 3 avril prochain. Ce qui pourrait amener le MATD à fermer les yeux sur d’éventuels petits retards venant des candidats. Le combat sera désormais entre les soutiens du pourboire. Chacun veut être candidat, personne ou presque ne souhaite être laissé à quai. Conséquence, des tensions çà et là, voire des oppositions aux choix faits pour porter le flambeau de la GMD dans certaines mairies.
Dans la commune de Ratoma, une des plus grandes de Cona-cris, Ahmed Sékou Traoré, actuel prési de la délégation spéciale, pensait que sa candidature passerait comme lettre à la poste. Erreur. Il est contesté dans les onze quartiers de la commune : « Nous voulons un changement, parce que l’actuel ne nous apporte rien. Il ne peut pas sortir Ratoma de l’ornière », assure Youssouf Bangoura, ‘’porte-voix’’ des jeunes du Littoral. Ahmed Sékou Traoré fait également face à la fronde des associations des vendeuses dans les différents marchés de sa commune : « Il ne bénéficie ni du soutien de la jeunesse ni celui des sages, encore moins du nôtre. Il nous néglige. »
Le futur ex-prési de la délégation spéciale de Ratoma paierait son manque de proximité avec le populo de sa commune. Dans les différents milieux, il est vu comme quelqu’un qui ne se préoccupe pas de la souffrance de ses gouvernés. Beaucoup lui reprocheraient encore ce qu’ils considèrent comme un manque d’implication pendant le dernier déguerpissement.
Ratoma, aux jeunes de l’Axe ?
L’autre front auquel Ahmed Sékou Traoré fait face est relatif à la volonté d’unification de certains mouvements de l’Axe Hamdallaye-Kagbélen. Des jeunes leaders de l’Axe estiment qu’il est temps qu’ils s’impliquent davantage dans la lutte politique. Eux-aussi, pourtant soutiens de Mamadi Doum-bouillant, envisagent de présenter leur propre liste contre Ahmed Sékou Traoré : « Nous sommes les sentinelles de la démocratie. Nous menons la lutte, des politiciens sans vergogne en profitent. Désormais, nous travaillons pour nous-mêmes », lâche un membre du Mouvement pour l’alternance en Guinée (MAG). Selon lui, une unicité des mouvements de l’Axe donnerait du poids à une candidature d’un des leurs.
A Matam, Badra Koné force son destin
Dans la commune de Matam, le prési de la délégation spéciale, Aliou Badra Cheickna Koné, veut rester aux commandes. Il a rapidement jeté l’éponge, comme le veut le MATD, pour garantir sa candidature. Sauf que celle-ci ne plaît pas à tout le monde. Des membres de la délégation spéciale ne veulent pas le sentir, ceux-là même qui s’en prenaient au maire lors de la constitution de la liste des membres fondateurs de GMD. Ils accusent Badra Koné de gérer unilatéralement la mairie, d’utiliser les ressources de celle-ci à des fins personnelles : « La gestion a été marquée par de nombreuses insuffisances : le manque de transparence, le clanisme, l’utilisation des ressources de la mairie pour des voyages personnels », explique Mohamed Lamine Camara, conseiller à la mairie de Matam.
Mais Badra Koné ne tremble pas. Il a officialisé sa candidature, fait organiser une manif de soutien. Comme pour narguer ses détracteurs, il qualifie les contestataires de « petites associations non agréées qui distillent de conneries… »
Comme à Cona-cris, il y a aussi des cris dans certains buissons de l’intérieur. A Lélouma, plusieurs candidats affirment avoir candidaté au nom de la GMD. A Labé, le prési de la délégation spéciale pensait avoir la voie royale pour continuer son règne. Lui et certains conseillers communaux auraient discrètement démissionné. Mais il est contrarié par d’autres poids lourds de la GMD à Labé. Al Habib Bah, ex-coordinateur régional du FNDC, désormais dans la GMD, lance officiellement sa candidature. Il estime que Labé mérite mieux que l’actuelle équipe.
Pendant ce temps, la coordination nationale de GMD se mure dans un silence et laisse faire. L’issue de ces guéguerres réserve sûrement de surprises.
Yacine Diallo


