Le 28 mars, le Président de la République a décoré plusieurs officiers de l’armée guinéenne pour « loyaux services rendus à la Nation ». Seulement, la décoration du commandant Dantili Moriba Keïta alias commandant Kilo coïncide avec sa descente musclée dans une école privée en représailles au renvoi de son fils.
Il s’est révélé aux Guinéens avec l’arrivée au pouvoir de Mamadi Doumbouya en 2021. Dantili Moriba Keïta, plus connu sous le sobriquet de commandant Kilo, a été décoré par le président de la République de la « Médaille Militaire Or » de l’Ordre national du mérite. L’officier dirige la compagnie « Cobra Noire » du Groupement des Forces spéciales de Guinée. Il fait partie des hommes clés du régime.
Le 24 mars dernier, un mouvement de colère éclate au groupe scolaire Jean-Paul Soumah à Taouyah, dans la commune de Ratoma. Des élèves de cet établissement battent le pavé, pour protester contre l’arrestation du fondateur de leur école par des « éléments des Forces spéciales ». L’encadreur a eu des démêlés avec le commandant Kilo, lequel n’aurait pas digéré le renvoi de son fils de l’établissement, « pour inconduite. »
L’officier débarque à l’école avec ses gardes et fait arrêter le fondateur : « La Direction a passé un message dans toutes les salles de classe, demandant à tous les élèves portant des coiffures interdites par le règlement intérieur de l’école de se faire coiffer avant de venir. Il y a eu un contrôle à l’issue duquel tous les élèves mal coiffés ont été expulsés de l’école. Et il se trouve que l’un d’eux est le fils d’un membre de la garde présidentielle. Son père est venu à l’école pour arrêter notre directeur et le conduire au commissariat », explique le directeur de l’école.
Le fondateur de l’école sera finalement libéré tard la soirée, après moults tractations et des engagements, selon certaines indiscrétions.
Le faible a toujours tort
L’officier s’en est tiré sans même un petit rappel à l’ordre. Plutôt, on reproche au responsable de l’école d’avoir eu la main trop lourde : « Dans le règlement intérieur connu de toutes les écoles, il y a des types d’habillement et de coiffure interdits à l’école. Si un élève porte ce genre de coiffures, l’école est en droit de l’inviter à s’en débarrasser. Mais cela ne se fait ni avec brutalité, ni avec la violence. À défaut de voir l’élève obéir, on interpelle ses parents…Le directeur de l’école, en voulant bien faire, a commis certains écarts », estime Abdoul Karim Bangoura, Inspecteur général adjoint chargé du secondaire au ministère de l’Éducation nationale, de l’alphabétisation, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle. A l’inverse, il n’a pipé mot sur l’irruption des militaires dans l’établissement, tenant au respect les enseignants et embarquant le fondateur dans de véhicules non immatriculés.
L’affaire ne s’arrête pas là. La Haute autorité de la communication s’invite dans la danse. La télévision Kaback et ses plateformes numériques auraient fait, en partie, les frais de cette affaire. Dans sa décision, la HAC justifie avoir sanctionné le média parce que « la situation administrative de son concessionnaire constitue un conflit d’intérêts au regard des principes de neutralité, d’impartialité et de séparation des fonctions publiques et des activités privées de communication audiovisuelle. Cette situation est contraire aux dispositions légales et réglementaires en vigueur.»
Le propriétaire de la télé serait un membre des forces de sécurité. Cette sanction contre Kaback est aussi prise suite à la « la diffusion d’images et de propos non recoupés. » C’est au micro de Kaback TV qu’un responsable de l’école a dénoncé la descente musclée du commandant Kilo.
La Rédaction


