De la rivière de Kakimbo, à la limite entre Kipé et Ratoma-centre (sur la corniche nord), se dégage en permanence une odeur nauséabonde. Dans son lit, coulent boue et bouses de vache en saison sèche. Pendant l’hivernage, on assiste à des crues d’eau noire. Un désastre environnemental dû à toute sorte de pollution défiant le centre de tri de déchets solides installé tout près. Riverains et passants se plaignent, le nez entre le pouce et l’index, de l’insupportable odeur qui se dégage des lieux. Une laideur urbaine et un véritable problème de santé qui ne laissent de marbre que les autorités communales.
Le long de la rivière pullulent des habitations, des ateliers de menuiserie, des quincailleries, d’étals, de motos. Les riverains ruminent leur souffrance : il faut bien qu’ils cherchent leur pitance quotidienne.
Un abattoir au bord de l’eau
Un riverain indexe l’installation de l’abattoir de Kakimbo à proximité de la rivière. La main sur le palpitant et un brin nostalgique, il jure qu’avant l’arrivée des bouchers, le cours d’eau se portait comme un charme. On y pêchait du poisson, les marmots s’y baignaient et les nounous y faisaient la lessive. «Il n’y avait pas d’odeur ici. Mais maintenant, l’eau ne coule plus normalement à cause de la bouse de vaches. Nous souffrons de cette odeur à longueur de journée. Cela nous rend même malade. Nous demandons à l’État de trouver une solution».

Propriétaire d’un atelier de menuiserie depuis des années, Alsény est obligé de cohabiter avec la puanteur. Lui aussi pointe du doigt le déversement d’excréments dans la rivière : «Cette odeur monte jusque dans le quartier où j’habite. Nous en souffrons vraiment. Quelques fois, nous sommes obligés de quitter notre atelier momentanément, le temps que l’odeur diminue, avant de revenir travailler. C’est compliqué. Nous voulons vraiment une solution».
Fodé Condé, quincaillier, ne supporte plus l’odeur nauséabonde qui envahit son lieu de négoce. Il se souvient de l’époque où, après une journée de dur labeur, il se reposait au bord de la rivière. «Certains quittaient d’autres quartiers pour venir s’y recréer. Ce qui est impensable aujourd’hui. Au moment de la saison pluvieuse, c’est pire : les saletés remontent jusqu’à la rive et débordent parfois», raconte Fodé qui redoute l’inondation.
Les bouchers écartent leur responsabilité
Selon des infos, vingt têtes de vaches sont en moyenne abattues chaque jour à Kakimbo dans des conditions peu hygiéniques. La capitale Cona-cris manque d’abattoir moderne. Même si un responsable de l’abattoir de Kakimbo, que nous avons rencontré pour sa version des faits, écarte la responsabilité des bouchers.

Il assure être comptable de la propreté interne et non externe de l’abattoir. Il jure sur tous les saints que son lieu de travail répond aux conditions d’hygiène requises. Même qu’une équipe de service d’hygiène, qui aurait récemment visité l’abattoir, aurait certifié la propreté des lieux. Pour lui, c’est un dépôt d’ordures derrière l’enceinte de l’abattoir qui embaume la rivière de Kakimbo de boue et de bouses: «Nous ne sommes pas responsables de cela. Ce n’est pas à nous de vous dire tout. Allez-y voir vous-même», a-t-il lancé, nerveux.
Toujours est-il que l’odeur nauséabonde qui émane de la rivière incommode aussi bien les passants que les riverains. Il revient à l’État, particulièrement à la mairie de Ratoma, de prendre ses responsabilités afin de préserver le cours d’eau et, par ricochet, l’environnement et le populo.
Ibn Adama

