Le panafricanisme et le souverainisme sont à la mode, notamment chez les jeunes, ceux-qui en revendiquent la paternité, la propriété intellectuelle. On peut leur concéder l’animation de la chose, certainement pas le droit d’auteur comme ils en ont la prétention. Bien avant les Thomas Sankara, Ibrahim Traoré et Assimi Goïta, il y a eu des précurseurs de ces dynamiques d’émancipation des colonies européennes d’Afrique. Vers la fin de la colonisation, parmi les nombreux mouvements et partis politiques porteurs des aspirations indépendantistes, on note le Rassemblement Démocratique Africain (RDA).

Sous la férule des élus d’Afrique de l’ouest et du centre (AOF et AEF), le RDA naît à Bamako du 18 au 21 octobre 1946. La plupart des députés et sénateurs de l’AOF et de l’AEF sont présents. Le député de la Côte d’Ivoire, Félix Houphouët Boigny n’a ménagé aucun effort pour convaincre et mobiliser ses collègues africains du Palais Bourbon, il est élu président du nouveau mouvement. Son collègue du Soudan (actuel Mali) Fily Dabo Sissoko en devient le Secrétaire général. Il est créé des sections territoriales dotées d’un organe de gouvernance, dans les territoires de l’AOF et de l’AEF.

La présence sur l’ensemble des deux fédérations ainsi que sa gouvernance confédérale traduisent la vocation panafricaniste du mouvement. En effet, le Rassemblement Démocratique Africain, contrairement à ses concurrents corsetés dans l’espace restreint d’un seul territoire, a eu l’avantage d’être présent dans toutes les colonies françaises d’Afrique à travers ses sections territoriales. Ainsi, ses dirigeants et ses cadres, voire ses militants ont pu beaucoup plus aisément s’imprégner des problèmes qui assaillent les populations de l’ensemble des colonies et d’y proposer les solutions idoines. En tout état de cause, les enjeux et les défis dans les différentes colonies n’étaient pas fondamentalement différents.

Toutefois, quelques particularités géographiques, humaines et économiques les distinguaient les uns des autres. Très tôt et conformément à ses engagements et objectifs socio- politiques, le RDA cultive le sens d’une forte solidarité en son sein et en chacun de ses membres, dirigeants comme militants. Dans cet esprit, on a fréquemment vu, lors d’élections partielles ou générales, des dirigeants d’une section territoriale aller prêter main forte à une autre section. Cette solidarité était fréquente entre le PDG-RDA (section guinéenne) et le PDCI-RDA (section ivoirienne).

Il faut rappeler que lors de son élection au poste de conseiller territoriale de Beyla (sa première fonction élective), Sékou Touré avait bénéficié des largesses du président du mouvement, Félix-Houphouët Boigny et du PDCI-RDA qui avaient gracieusement mis à sa disposition sous, véhicules et propagandistes. Sans ce soutien inestimable, le Secrétaire général du PDG-RDA, quoique talentueux tribun, aurait mordu la poussière. La solidarité militante lui a évité d’être battu à plate couture.

L ‘action du RDA était partout empreinte de cette solidarité agissante. Cela a permis au RDA d’engranger de nombreuses victoires électorales, lors des batailles électorales qui ont jalonné la décennie 1950. Le RDA profite de la Loi-cadre 1955 et entre massivement au Palais Bourbon, à Paris, tout en s’emparant de nombreuses mairies de grandes villes (Abidjan-Conakry-Ouagadougou, etc.).

Le statut de colonie n’a pas favorisé l’éclosion et l’épanouissement du souverainisme, au sein des dirigeants du RDA. Cela ne pouvait guère être à l’ordre du jour. Les leaders du mouvement panafricaniste ne s’en sont donc pas préoccupés. La pratique panafricaniste a précédé la théorie du panafricanisme. Ses instigateurs sont les pères de l’indépendance qui l’ont, par la suite traduite en actes politiques à travers la création de l’OUA (Organisation de l’unité africaine) devenue Union africaine (UA), fusion des groupes de Monrovia et de Casablanca, en mai 1963.

Abraham Kayoko Doré