À la suite du volet recettes, celui dépenses de la Loi de finances initiale (LFI-2026) a été examiné et adopté tard la nuit du mardi 31 mars par le Conseil nationale de la Transition. Un budget en hausse comparativement à la Loi de finance rectificative, avec des insuffisances.
L’examen du volet dépenses de la Loi de finances initiale 2026 révèle un budget en progression, pour soutenir les investissements et renforcer l’action publique. Au compte de l’année 2026, les dépenses de l’État sont projetées à 64 181 milliards de francs guinéens, contre 54 253 milliards pour la Loi de finances rectificative 2025. Soit une hausse de 18%. Le CNT pointe des insuffisances dans la planification, l’exécution et le contrôle des dépenses publiques.
Le rapport présenté par N’Gouamou Fabara Koné, de la Commission Plan, affaires financières et contrôle budgétaire, explique que l’une des préoccupations des conseillers réside dans le non-respect des délais légaux en matière de procédure budgétaire. La LFI-2026 a été présentée en retard. Elle devait être soumise le 15 octobre 2025, soit six mois après le délai de saisine légale. « Un tel décalage affaiblit la crédibilité du processus budgétaire et limite la capacité des institutions à examiner profondément les choix de dépenses, dans un contexte marqué par des enjeux économiques majeurs », déplore le CNT.
Au-delà de la procédure, le Parlement de transition a déploré les lacunes persistantes dans la gouvernance des finances publiques. Il a insisté sur l’application stricte des règles encadrant l’exécution budgétaire, flétri leur non-respect et l’insuffisance des mécanismes de suivi, notamment sur la production des rapports d’exécution. Il a insisté sur la production à temps des rapports trimestriels, le déficit de transparence et de redevabilité dans la gestion des fonds publics.
L’efficacité des dépenses publiques se pose également en matière de contrôle des coûts. Le CNT relève une absence totale de référentiel pour évaluer les prix des prestations fournies à l’État, « permettant d’évaluer la surfacturation éventuelle. Cette carence favorise la surfacturation et compromet l’utilisation rationnelle des ressources publiques, dans un contexte où les besoins sont immenses ».
Limiter la saignée
Dans le secteur de l’énergie, les dépenses publiques continuent de supporter le poids considérable, avec les subventions d’Électricité de Guinée. L’impact budgétaire d’EDG est estimé à 3 327 milliards GNF, soit 25 % des recettes minières, et est jugé « particulièrement élevé ». « Ce qui traduit une dépendance persistante de l’État à un secteur structurellement déficitaire. Malgré les recommandations du CNT, les problèmes de recouvrement et de gestion demeurent ». L’institution exhorte à des réformes profondes pour limiter les pertes.
Les insuffisances des dépenses publiques se manifestent également dans les secteurs sociaux de base. Dans la santé, le constat dressé par le CNT est alarmant et fait état d’infrastructures dégradées et largement sous-équipées. « Le manque d’équipements essentiels, tels que les scanners ou les ambulances, compromet la qualité des soins ». La lenteur dans la mise en œuvre des projets hospitaliers est jugée « inadmissible ». « Cette situation illustre le décalage entre les allocations budgétaires et les besoins réels des populations. »

Le secteur éducatif n’est pas en reste. Le rapport revèle que les infrastructures scolaires restent insuffisantes et souvent vétustes, contraignant parfois les élèves à étudier dans des conditions précaires. « Les cours sont dispensés sous des hangars ». À cela s’ajoute un déficit important en personnel, estimé à 18 000 enseignant.
5 000 milliards de dette
La gestion des investissements publics soulève des interrogations. La Commission s’est intéressée à la conformité du projet de loi de finance à la loi Programme Simandou-2040. Il ressort que sur 339 projets prévus, seulement 248 sont inscrits pour une enveloppe de 12 120 milliards GNF. Soit 45% du niveau global des dépenses d’investissement et un taux d’alignement de 73% au Programme Simandou-2040. « Cette situation traduit une planification incomplète et un manque de cohérence dans les politiques publiques ».
La dette intérieure constitue un autre point critique de la LFI-2026. Le CNT exprime de vives inquiétudes face au « rythme particulièrement lent de l’apurement du stock de la dette intérieure. Sur un montant audité de 5 000 milliards GNF, une part importante reste impayée, fragilisant le secteur privé et limitant sa capacité d’accès au financement ». Pour le CNT, cette situation est d’autant plus préoccupante que les procédures d’audit sont, elles-mêmes, contestées, révélant des incohérences dans la gestion des engagements financiers de l’État.
Dans le domaine de la décentralisation, le constat est tout aussi préoccupant. Le CNT dénonce la faible rétrocession des ressources aux collectivités locales, pourtant essentielle pour le développement communautaire. « Seulement 498 milliards GNF ont été payés, soit 24% ». Une insuffisance de transfert de fonds qui prive les collectivités de moyens nécessaires pour financer les infrastructures de base et améliorer les conditions des populations.

Manque criant d’infrastructures
Les insuffisances des dépenses publiques se reflètent également dans les conditions de vie des populations, notamment en matière d’accès à l’eau potable et aux infrastructures de base. « Le déficit actuel dépasse 19 000 points d’eau », s’alarme le rapport. L’accès à l’électricité fait défaut dans de nombreuses localités. D’importants projets structurants peinent à se concrétiser.
Le Data Center national bien qu’initié « n’est toujours pas opérationnel et les données du pays continuent d’être hébergées à l’étranger ». De même, des infrastructures essentielles, comme les hôpitaux ou les routes rurales, accusent des retards importants, illustrant les difficultés d’exécution des dépenses publiques et traduisant une inadéquation entre les priorités budgétaires et les besoins fondamentaux des citoyens traduisant une inadéquation entre les priorités budgétaires et les besoins fondamentaux des citoyens.
Alors que la Loi de finances initiale 2026 se caractérise par une augmentation significative des dépenses, le rapport du CNT met en évidence un ensemble de dysfonctionnements structurels qui en limitent fortement l’impact. Entre retards dans la procédure budgétaire, insuffisances dans le contrôle des dépenses, déséquilibres sectoriels et lenteur dans l’exécution des projets, les défis restent nombreux. Le CNT appelle à réformer les mécanismes de gestion et de contrôle, ainsi qu’à garantir une utilisation optimale des ressources au service du développement.
Abdoulaye Pellel Bah



