Dans la nuit du 31 mars, au quartier Sangoyah (Matoto), Mamadou Mouctar Baldé et Sounounou Bah, cambistes, ont été froidement assassinés par des quidams. Après avoir reçu un coup de fil d’un prétendu client pour une opération de change de 10 500 euros, les victimes se sont retrouvées dans un « guet-apens ». L’argent et deux téléphones ont été emportés par les assaillants, la moto des victimes abandonnée sur place.

Après le drame, les corps ont été déposés à la morgue de l’hosto régional d’Entag, dans le buisson de Matoto. Les recherches pour retrouver les responsables du double assassinat sont en cours. Mamadou Saliou Baldé, oncle de Mamadou Mouctar témoigne : «Aux environs de 2 heures du matin, j’ai reçu un appel m’annonçant que Mamadou Mouctar Baldé et Sounounou Bah ont été tués Sangoyah. Tôt le matin, nous nous sommes rendus à la morgue où j’ai trouvé les corps. Selon ceux qui les ont transportés, Mamadou Mouctar Baldé est décédé sur place, son ami a succombé à l’hôpital », a-t-il expliqué, sous le choc. Selon lui, aucun témoin direct de la scène n’a pour le moment été trouvé. «J’ai l’impression qu’ils ont été attirés vers un endroit isolé, pour les assassiner», renchérit-t-il.

Selon Mamadou Bah, cambiste, les victimes ont quitté leur bureau avec 105 millions de francs glissants, emportés par les bourreaux. Sunounou Bah a été contacté par un prétendu client dont il ignorait l’identité, avant de se rendre sur les lieux. Ne voulant pas aller seul, il a convaincu son ami Mouctar de l’accompagner. «Il ne voulait pas y aller seul, c’est pourquoi il s’est fait accompagner par son ami. Personnellement, je ne connais pas ce client (…). C’est à 17h que le client a contacté Sounounou, lui disant qu’il a 10 500 euros à échanger [soit environ 105 millions de francs glissants]. Ensuite Mamadou Mouctar lui a suggéré de l’attendre, pour qu’il l’accompagne et qu’ils rentrent une bonne fois. On ne savait même pas dans quel quartier ils allaient rencontrer le client. C’est ’à minuit qu’on m’a informé que leurs corps sont à la morgue de l’hôpital.» Selon Mamadou Bah, un téléphone des victimes a été retrouvé sur les lieux du crime.

Récit glaçant d’une veuve

Oumou Hawa Bah, veuve de Sounounou Bah: «Mardi très tôt, mon mari m’a dit au revoir pour le travail. Vers 22 h, ma voisine m’a dit qu’il a fait un accident et est admis à l’hôpital régional de la T-6. J’ai demandé s’il est mort, elle m’a répondu non. Mais elle ne voulait pas que je la suive à l’hôpital, parce qu’elle savait déjà qu’il est mort. J’ai insisté. Arrivée, les médecins m’ont empêchée d’entrer. Son petit frère Oumar est rentré et sorti, yeux rouges. J’ai compris qu’il y avait quelque chose de grave. J’ai tout fait pour qu’on me dise si mon mari est décédé, impossible (…) Comme je tremblais, on m’a ramené à la maison. Je suis restée à appeler, ils me cachaient toujours la vérité. C’est tard qu’on dit que mon mari est assassiné… »

Appel à la sécurité

La famille éplorée a invité les autorités à renforcer la sécurité du populo: «Nous savons que des efforts sont faits, mais il faut encore renforcer la sécurité des citoyens. Ce n’est pas que ces deux morts, un jeune (taxi-motard) a été abattu la même nuit. Ça veut dire qu’on n’a pas idée du nombre de personnes assassinées par jour à Conakry. Nous demandons l’État à prendre le problème à bras le corps». Un cambiste renchérit : «Certes, nous demandons tout le temps à l’Etat de nous sécuriser, mais essayons de nous sécuriser aussi. Nous avons été victimes maintes fois, mais ces derniers temps le phénomène d’insécurité avait baissé. Que personne n’accepte de travailler hors de son bureau. Celui qui veut faire la monnaie n’a qu’à nous trouver au bureau, sinon n’acceptons pas. C’est cela notre sécurité. Ne prenons pas de l’argent pour rentrer avec en banlieue, à plus forte raison une telle somme. J’exhorte chacun à ne plus prendre le risque…»

Le 3 avril, Mamadou Mouctar Baldé et Sounounou Bah ont été inhumés après la prière de 14h au cimetière de Soloprimo, commune de Ratoma. Originaire de Koubia, Mamadou Mouctar Baldé laisse derrière lui deux veuves dont une enceinte. Sounounou Bah, de Pita, laisse une veuve et deux orphélins. Jusqu’au moment où nous allions sous presse, les autorités n’avaient pas réagi.

Kadiatou Diallo