Ces derniers temps, on assiste à la prolifération des « Wi-Fi zone » dans plusieurs quartiers de Conakry. Un service d’internet non autorisé en Guinée, mais très utilisé par la population. Dans un communiqué du 30 mars dernier, l’ARPT a sévi contre le service « illégal » et interdit le Wi-Fi zone. La mesure est contestée par les fournisseurs et utilisateurs.

En Guinée, la fourniture des services internet est exclusivement réservée aux opérateurs mobiles et aux Fournisseurs d’accès à internet (FAI). Toutefois, depuis quelques mois, des routeurs et autres équipements internet sont installés régulièrement sur les poteaux électriques dans les quartiers de Conakry. Les propriétaires de ces matériels s’en servent pour la revente de l’internet à bas prix par rapport à ceux en cours actuellement. De 80 à 100 000 francs guinéens pour un ticket d’un mois, contre 490 000 pour le Wi-Fi de la société de téléphonie Orange, 5 000 francs guinéens pour un pass de 24 heures et 2 à 3 000 francs pour 5 heures, illimité.

L’Autorité de régulation des postes et télécommunications (ARPT) a réagi. Elle se dit préoccupée par cette prolifération. Selon l’ARPT, l’utilisation des services de « Wi-Fi zone» non autorisée comporte des risques en matière de sécurité des données personnelles et peut engendrer des interférences susceptibles de dégrader la qualité des services et de perturber les communications, affectant les consommateurs. L’autorité de régulation interpelle toute personne physique ou morale exerçant « illégalement l’activité de Wi-Fi zone à cesser immédiatement et sans délai. »

À Conakry, les gestionnaires de Wi-Fi zone et leurs clients veulent plutôt que l’ARPT autorise et régule le servie des Wi-Fi zone. Ils sont vent debout contre sa décision.

Emplois menacés

Thierno Oumar Barry est un gestionnaire de Wi-Fi zone, avec un opérateur agréé. Il a « illégalement » installé ses équipements à la Cimenterie, dans la commune de Kagbélen. Rencontré le 3 avril, il dit être conscient de l’illégalité de Wi-Fi zone, mais y voit le bon côté du service. « Il est très important. Il aide beaucoup, j’utilise la connexion du fournisseur Mouna-internet. Les Guinéens souffrent avec les opérateurs de téléphonie, car leurs services internet sont chers et des fois trop lentes. » Selon lui, le Wi-Fi zone génère aussi des emplois. « Nous avons des techniciens qui installent et entretiennent nos équipements pour la bonne qualité d’internet, ils sont tous payés. L’interdiction de Wi-Fi zone affecte négativement les gérants des prestations des cybers-café. » Thierno Oumar invite l’État à revoir sa décision : « Nous voulons que le secteur soit réglementé et autorisé en Guinée. Nous avons investi beaucoup d’argent, nous ne voulons pas le perdre. Mais il ne faut surtout pas que l’État impose des taxes ou nous dit de chercher des documents que nous ne serons pas en mesure d’obtenir », souhaite-t-il.

Mamadou Saliou Bah, habite à Wanindara, commune de Matoto, il partage l’avis. « Nous sommes prêts à payer pour continuer à travailler. Mais nous ne sommes pas d’accord que le Wi-Fi zone soit interdit », parce que les utilisateurs en profitent pleinement.

Thierno Mamadou Diallo est un abonné du Wi-fi zone. Il est très content de la qualité du service : « Cela nous arrange vraiment. Avec un ticket de 5 000 francs guinéens, nous nous connectons, regardons des vidéos et effectuons des appels sans interruption, sans limite. C’est une économie de plus. Alors qu’un forfait de 5 000 francs de pass Orange pour 24h, ne me fera pas 3 heures », estime-t-il.

En Guinée, les utilisateurs d’internet se plaignent souvent du coût élevé du service offert en majorité par les opérateurs de téléphonie mobile.

Souleymane Bah