Hospitalisé depuis une dizaine de jours au Canada, Diallo Souleymane est décédé lundi 1er juin. Une terrible nouvelle pour sa famille et la presse libre qu’il a servi sa vie durant.

« Préparez-vous à ma longue absence », nous avait-il prévenu en s’envolant pour le Canada, le samedi 6 décembre 2025. Naïfs, nous étions loin de deviner que c’était un adieu. La subtilité, la nuance a toujours caractérisé Diallo Souleymane, qui a fondé le 7 février 1992 le Satirique du lundi. Un trait de caractère qui le distinguait de Bah Mamadou Lamine, plus « rebelle », plus cash et aussi décédé au Canada le 6 juillet 2022.

Après avoir fui le régime d’Ahmed Sékou Tyran et cheminé ensemble à Abidjan, notamment au sein du quotidien national ivoirien Fraternité matin, les deux amis étaient rentrés lancer ce canard spécialisé dans la dérision, l’attribution des pseudos aux personnalités publiques. Diallo Souleymane et BML avaient le leur : respectivement surnommés Yala le Gros Lynx et le Gros du Lynx.

Jusqu’à ce 1er juin, date fatidique de l’annonce de son décès survenu aux environs de 7h (heure du Quebec), Diallo Souleymane était un des derniers survivants de la génération des géniteurs du Lynx. Il a vu partir Williams Sassine, le 9 février 1997 ; Assane Abraham Keïta alias le KAA, le 15 juin 2017 (encore un autre triste mois de juin !)

Quant à son unique garçon, le frère de ses trois autres filles, nous venions de commémorer l’an 5 de sa disparition (le 11 mai 2021). Après des brillantes études en Guinée et au Maroc, suivies d’un parcours dans le secteur privé (notamment la téléphonie), Mohamed Diallo avait rejoint l’entreprise de son papa. Il en était l’Administrateur général adjoint, l’incarnation de la relève. Une ambition contrariée par sa mort brutale, inattendue. Comme celle, cinq ans plus tard, du père.

« Mon ambition est de mourir avant Le Lynx »

Diallo Souleymane, comme pour détourner notre attention, avait promis de rentrer au bout de trois mois. Puis, de six mois. Ces derniers jours, son retour était attendu ce mois de juin. Là également, pour nous ses collaborateurs, il s’agit de son retour vivant.
Sauf que le 19 mai, la famille nous apprend que « M. Diallo a quelques soucis de santé ». Nous reportons notre rendez-vous téléphonique, convaincu qu’il n’est que différé. Hospitalisé, il nous fait parvenir dès le lendemain son nouveau régime alimentaire. Ne se doutant de rien, on en rigole tout en lui souhaitant « bon appétit ».

Le 25 mai, on commence pour la première fois à s’inquiéter en apprenant qu’il a subi une opération la veille, suite à des douleurs abdominales « soudaines ». « Tout s’est bien passé, Dieu merci. Il se remet », rassure la famille.
« Mon ambition est de mourir avant Le Lynx », prophétisait Diallo Souleymane dans un article du journal français Libération, paru le 26 janvier dernier. Pari réussi, pourrait-on s’extasier au plus profond de notre douleur.
Repos éternel à toi et à ceux qui t’ont précédé, pionnier et défenseur de la presse libre, qui a renoncé à tout pour vivre ta passion : le journalisme.

Diallo Bintou (première secrétaire du Lynx décédée le 20 août 2018), Sékou Amadou, Prosper Doré, alias le Pape du hard, Sambry Sacko de Bokoro…la liste des illustres disparus serviteurs du Lynx, durant ses 34 ans de vie, est longue. Dormez en paix !

Diawo Labboyah