Le 28 juin, le président de la République a mis fin, par décret, aux fonctions du directeur général de l’Office guinéen de publicité (OGP) et de son adjoint, pour « inconduite ». La décision intervient après plusieurs mois de tensions ouvertes entre Aladji Cellou Camara et Jean-Marie Koumbassa. Explications.

Entre les deux anciens collaborateurs, les relations s’étaient profondément dégradées. Le conflit qui les oppose s’est transporté sur la place publique. Il leur a finalement coûté leurs postes.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux. On y voit le désormais ex-directeur général adjoint insister pour, selon ses propres termes, « participer à une réunion de l’OGP ». La scène, filmée dans le bureau du directeur général, montre une vive altercation dans un climat particulièrement tendu.

Elle a été tournée vendredi 26 juin, quand une délégation syndicale a été reçue par Aladji Cellou Camara. Les représentants des travailleurs étaient venus attirer son attention sur le sort de quatre de leurs collègues poursuivis devant la CRIEF (Cour de répression des infractions économiques et financières), puis incarcérés à la Maison centrale de Coronthie. C’est au cours de cette rencontre que Jean-Marie Koumbassa a fait irruption.

Un DGA intouchable ?

Selon plusieurs sources, ce dernier serait à l’origine des démêlées judiciaires des agents de l’OGP en question. Il les aurait dénoncés auprès de l’Office de répression des délits économiques et financiers (ORDEF), les accusant de détournement de deniers publics dans le cadre de marchés conclus entre l’Office et une société de téléphonie. Or, selon les mêmes sources, les contrats en question avaient été signés par… Jean-Marie Koumbassa lui-même.

Le 23 juin, le directeur général adjoint avait déjà reçu une partie de la délégation syndicale à son bureau, sans en informer son supérieur hiérarchique. « Il a tenté de faire porter le chapeau au directeur général », affirme un participant à cette rencontre.

Le secrétaire général du syndicat, Charles Kolié, était aussi à ladite réunion. « Nous étions allés solliciter son implication pour obtenir la libération de nos camarades emprisonnés. Nous lui avons proposé le retrait de la plainte puisque le dossier avait débouché sur un non-lieu en leur faveur. Mais nous ne nous sommes pas compris. M. Koumbassa a détourné le débat », explique-t-il.

Il balaie du revers de la main la version selon laquelle le directeur général adjoint aurait été empêché de participer à la rencontre du 26 juin : « Ce n’était même pas une réunion. Nous voulions simplement demander au directeur général de ne pas abandonner nos camarades en prison. » Le syndicaliste révèle aussi que les tentatives de réconciliation entre les deux responsables étaient restées vaines : « Nous avons passé toute l’année 2025 à essayer de les réconcilier. Dès que vous abordiez le sujet, Koumbassa changeait complètement de discussion », accuse-t-il.

Des plaintes restées sans suite ?

Une autre source interne à l’OGP confie que le directeur général adjoint s’absentait de plus en plus au travail. Il aurait notamment boycotté les travaux des commissions techniques organisés du 17 au 20 juin : « C’était un travail essentiellement intellectuel. Il n’y a pas participé. Pourtant, tous les cadres étaient présents de 9h à 22h », soutient cette source.

« J’ai été surpris de le voir surgir dans le bureau du directeur général pour menacer tout le monde. Je me pose une question : Bah Oury peut-il forcer la porte du bureau du président Mamadi Doumbouya, parce que celui-ci reçoit certains ministres sans lui ? », s’interroge-t-elle.

À la suite de l’incident, la délégation syndicale a adressé un courrier à la Fédération nationale du syndicat du ministère de la Communication, de l’économie numérique et de l’innovation afin de dénoncer le comportement du directeur général adjoint. Le document l’accuse d’avoir déposé une plainte qui a conduit à l’incarcération de trois travailleurs de l’OGP, Ibrahima Kalil Chérif, Namory Keïta et Souleymane Fadiga, « sans la moindre preuve d’inculpation et sans se référer à la hiérarchie ».

De son côté, le directeur général aurait également saisi le Conseil d’administration de l’OGP et son ministère de tutelle pour dénoncer ce qu’il considère comme une agression sur son lieu de travail.

Selon plusieurs sources, aucune de ces démarches n’a reçu de suite. Ni Aladji Cellou Camara ni Jean-Marie Koumbassa n’auraient été convoqués pour s’expliquer sur l’incident.

Le décret présidentiel mettant fin à leurs fonctions est finalement tombé comme un couperet, au grand regret des proches de l’ancien directeur général. « Que pouvait faire le DG pour empêcher quelqu’un, manifestement hors de lui, de se livrer à un tel spectacle ? », s’interroge l’un de ses soutiens.

Contacté par La Lance, Jean-Marie Koumbassa préfère relativiser : « Les désaccords existent dans toutes les administrations. Nous ne pouvons pas être d’accord sur tous les sujets. L’essentiel est de travailler à l’élimination des pratiques malsaines dans l’administration guinéenne ». Comme l’insubordination ?

Yacine Diallo