Le rêve d’un avenir meilleur au Canada s’est transformé en véritable cauchemar pour Nana Fofana, apprentie couturière résidant à Dixinn, à Cona-cris. Attirée, selon son témoignage recueilli le 11 août, par une promesse de voyage vers ce bled du nord-américain, Nana affirme avoir été conduite en Côte d’Ivoire en 2025, où elle dit avoir versé près de 20 millions de francs glissants, avant de rester bloquée pendant plus de six mois. Malade et se disant victime de violences, elle a finalement réussi à s’échapper et à saisir les autorités la semaine dernière. Deux personnes, Ibrahima Mara et Mohamed Touré sont poursuivies dans cette affaire, devant le Tribunal de première instance de Coyah.
Visiblement déçue, Nana Fofana raconte sa mésaventure. « Un jour, j’ai reçu un appel de ces arnaqueurs qui m’ont expliqué leur processus de voyage, en me demandant de me rendre à Dubréka, où on allait traiter les dossiers de voyage. Arrivée à Dubréka, on me dit que le départ pour le Canada se fera en Côte d’Ivoire. C’est ainsi que nous sommes allés en Côte d’Ivoire », explique-t-elle.
La désillusion
Un espoir vite transformé en désillusion pour Nana Fofana. « En Côte D’Ivoire, c’était tout à fait le contraire », déplore-t-elle. « Ils m’ont demandé, ajoute-t-elle, de payer 20 millions de francs guinéens. Moi-même, j’avais 10 millions. Ils ont appelé mes parents, qui leur ont envoyé une autre somme de huit millions, ce qui fait en tout 18 millions. » Après cela, raconte-t-elle, « nous sommes restés plus de six mois, sans résultats, jusqu’à ce que je tombe malade. »
Poursuivant, « pour me traiter, ils m’ont ramenée en Guinée, à Manéah, quartier Sodefa. Après que j’ai recouvré un peu la santé, au moment où ils étaient en train de planifier mon retour, je me suis débrouillée pour m’échapper la semaine passée. Je suis allée me confier au commissariat du quartier Sodefa qui m’a fait accompagner par des agents en civil. Ce qui a permis l’interpellation de deux personnes : Ibrahima Mara et Mohamed Touré. »
Des violences enregistrées
La couturière affirme ensuite avoir subi des violences et décrit les conditions : « Si tu tombes malade, c’est toi-même qui te prends en charge ou tes parents envoient de l’argent. Si on te dit de faire quelque chose, tu dois obéir à la lettre, sinon on te torture. J’ai vraiment souffert, j’ai subi trop de violences. Et il y a plusieurs personnes là-bas qui subissent la même chose, voire pire que moi. »
Ibrahima Sory Camara, se disant frère de Nana Fofana, ajoute : « Nana est ma petite sœur. Il y a de cela un an, je l’ai perdue de vue, on m’avait dit qu’elle avait voyagé sur le Canada. Mais à mon fort étonnement, l’autre jour, on m’appelle pour me dire qu’elle est revenue à la maison, qu’elle était dans les mains d’arnaqueurs… »
Une procédure judiciaire engagée
Le procès des deux accusés s’est ouvert mardi 11 août au Tribunal de première instance de Coyah, selon Salifou Sylla, proche de Nana Fofana, joint au téléphone vendredi 14 août. Au cours de l’audience, indique l’interlocuteur au bout du fil, Ibrahima Mara et Mohamed Touré ont nié toute tentative d’escroquerie. « Ils ont reconnu qu’ils ont appelé des filles, mais seulement qu’ils n’ont pas reconnu que c’est une escroquerie, pour eux, c’est un business. Qu’ils évoluent au compte d’une entreprise. » Selon Salifou Sylla, le procureur a requis une condamnation de trois ans d’emprisonnement ferme et 5 millions de francs glissants, d’amende, chacun. Le procès est renvoyé au 25 août, pour les plaidoiries.
Nana Fofana n’était pas la seule embarquée dans cette mésaventure. Au moment de sa fuite, elle était accompagnée d’une Léonaise qui dénonce les mêmes abus.
Rappelons que le 23 juillet dernier, la flicaille ivoirienne a démantelé à Boundiali, un réseau d’escrocs qui avait rassemblé de nombreuses personnes de différentes nationalités dans des maisons dans la périphérie de la ville. Sous prétexte de les faire voyager en Europe ou au Canada. Des Guinéens figuraient parmi les victimes.
Mariama Dalanda Bah

