J’ai fréquenté un vieil ami qui a résidé de longues années en Côte d’Ivoire du temps du Président Félix Houphouët-Boigny. Face à la mal gouvernance qui sévit depuis toujours en Guinée, il a pris plaisir de me parler de deux pratiques innovantes de gestion de l’Etat mises en œuvre par le premier Prési y-voit-rien.

La première pratique a porté sur la prévention de la corruption. Chaque fois que Nana Boigny nommait de nouveaux membres du gouvernement, il prenait soin d’accorder à chacun d’eux sur le budget de l’État, un paquet de F CFA, en leur disant: « Avec cet argent, vous allez vous offrir une résidence et une plantation dans votre village. En contrepartie, toute malversation financière au préjudice de l’Etat sera sanctionnée avec la plus grande rigueur. » C’est vrai que la mesure n’a pas suffi à éradiquer totalement le fléau de la corruption dans l’administration publique, mais elle l’a drastiquement réduit. On sait que dans nos pays pauvres, le premier souci du commis de l’Etat, c’est de se servir pour préparer ses vieux jours.

Parallèlement aux faveurs accordées aux ministres, une politique vigoureuse de construction d’habitations à loyer modéré (HLM) a été mise en place au bénéfice de tous les fonctionnaires y-voient-rien.

La deuxième pratique a porté sur le développement égalitaire des régions du pays. Pour cela, la célébration tournante de la fête nationale de l’indépendance a été instaurée. En conséquence, la région choisie bénéficiait, un an durant, de grands travaux touchant plusieurs secteurs économiques et sociaux. Ce qui a permis de moderniser les chefs-lieux des départements (ou préfectures) et d’amenuiser l’exode rural vers Abidjan.

À l’opposé de la Côte d’Ivoire, que fait-on en Guinée en matière de développement ? Nous voyons depuis le temps du Prési Fory Coco, des ministres prêter serment sur le Coran ou la Bible à leur entrée en fonction. Est-ce que cette parade contre la corruption a fonctionné ? Bien sûr que non, rien qu’une grotesque comédie. Pour preuve, bien des ministres sont tombés dans les mailles de la justice, suite à des scandales financiers explosifs.

Par ailleurs, la fête nationale tournante observée sous le régime d’Alpha Grimpeur est loin d’avoir atteint le succès escompté. Des milliards de francs glissants ont été décaissés pour des travaux dont nombre ont souffert de mauvaise exécution ou n’ont simplement pas vu le jour.

La leçon à tirer de la politique de développement du Prési Nana Boigny pourrait se formuler comme suit : «Si vous ne savez pas prendre des initiatives, copiez au moins le bien que fait le voisin.» 

Walaoulou Bilivogui