À la faveur du 68ᵉ anniversaire de l’indépendance nationale, l’ex-Prési Alpha Grimpeur et son opposant d’antan, la Petite Cellule Dalein Diallo, se sont adressés au populo. Ils ont administré une dose de dénonciations et critiques aux autorités guinée-haines.

Alpha Grimpeur en exil turc rappelle sur sa page Facebook que le 2-Octobre 1958, le peuple du bled a choisi la liberté et l’indépendance, mais aussi de prendre son destin, de disposer de ses ressources et de transmettre aux générations une nation souveraine. Pour lui, cette date historique ne doit appartenir ni à une génération ni à un parti, mais au peuple, à ceux qui ont combattu pour la souveraineté du pays et à tous ceux qui font vivre la Roue-publique et ses valeurs.

« Être indépendant, c’est pouvoir décider librement de son destin, disposer de ses ressources dans l’intérêt de la Nation et avoir des institutions démocratiques capables de résister aux hommes, aux clans et aux intérêts particuliers. C’est pouvoir choisir librement ses dirigeants, les contester et les remplacer pacifiquement. C’est pouvoir parler, écrire, enquêter et manifester sans craindre pour sa liberté ou pour sa vie », dit l’exilé, renversé le 5 septembre 2021 à Cona-cris.

Choyé lors de son premier quinquennat (fin 2010 à fin 2015), Alpha Grimpeur ramène aux Guinéens la fameuse atteinte du Point d’achèvement de l’initiative des pays pauvres très endettés, comme l’une de ses réalisations phares. Cela, affirme-t-il, avait ouvert la voie à un allégement de la dette estimée à 2,1 petits milliards de dollars ricains. Il clame que la croissance en 2020 était à 7,1%. « Des réalisations importantes ont été faites dans l’énergie, avec les barrages Kaléta et Souapiti. Dans le secteur minier, le Code de 2011 a rendu le secteur plus attractif. Les négociations sur Simandou ont fait du port en eau profonde de Moribaya le socle d’un projet devant créer des milliers d’emplois. La Banque mondiale estimait que la pauvreté monétaire avait reculé de 48,5% en 2014 ; à 43,7% en 2018 », écrit le Grimpeur, regrettant que cet élan de développement économique ait été interrompu à l’aube du 5 septembre 2021 par un coup d’éclat, une prise de responsabilité pour son tombeur, le Prési Mamadi Doum-bouillant.

Passer aux aveux

L’ex-Prési déclare que la Guinée a connu de 2011 à 2021, sous son règne, des manifs « meurtrières, des arrestations, des tensions politiques et des accusations d’usage excessif de la force. Je m’incline, au nom de l’État guinéen, devant la mémoire de toutes les victimes de ces épisodes sombres de notre histoire commune. Une nation adulte ne choisit pas entre mémoire et vérité. Elle choisit les deux. Nous devons reconnaître ce qui a été accompli et ce qui n’a pas fonctionné. C’est ainsi que nous pouvons comprendre la gravité de ce qui s’est produit le 5 septembre 2021. Ce jour-là, l’ordre constitutionnel a été interrompu (…), freinant notre élan de développement et enterrant le processus de démocratisation de notre pays.»

Après cinq ans de goubernance de son tombeur, le Grimpeur dénonce «la restriction de l’espace civique, l’interdiction de manifestations, les arrestations de journalistes et d’opposants, l’exil forcé de certains Guinéens, la fermeture ou la suspension des médias, ainsi que des cas de disparitions forcées en dehors de toute procédure légale et régulière et la mort suspecte de nombreux» Guinéens. Et de ruminer sur la dissolution d’une centaine de partis poétiques dont le sien : Rpg arc-en-ciel. «Peut-on prétendre construire durablement l’État de droit lorsque l’espace permettant aux citoyens de s’organiser, de s’exprimer, de manifester et de contester le pouvoir se réduit ? La liberté n’est pas un privilège. La presse libre n’est pas une faveur. La justice ne doit appartenir ni à un gouvernement ni à un individu, mais au droit et à la nation guinéenne».

Souveraineté multiforme

Alpha Grimpeur martèle que la véritable richesse d’une nation réside dans ses institutions démocratiques, une administration compétente, une justice indépendante, une presse libre, des écoles, des hôpitaux et une énergie disponible. «Aucun gouvernement ne devrait pouvoir disposer des richesses nationales sans transparence ni contrôle institutionnel. La souveraineté politique n’a de sens que si elle s’accompagne d’une véritable souveraineté économique et institutionnelle ; civile et démocratique. Notre responsabilité collective est de construire une République dans laquelle aucun citoyen n’est au-dessus de la loi ni en dessous de la dignité, et qui libère chacun de l’arbitraire, de la peur, de l’injustice et de la pauvreté », conclut-il.

« L’oppression demeure »

Également en exil, le leader de l’Union des forces démocratiques de Guinée, dissous, la Petite Cellule Dalein Diallo a aussi égrené ses maux dans son message au populo. Sur Facebook, il écrit que «nous ne sommes toujours pas des hommes libres avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. L’oppresseur a changé, l’oppression demeure, nourrie et entretenue par des pseudo-libérateurs et de fieffés prédateurs. Nous avons la responsabilité individuelle et collective de préserver notre indépendance, de consolider nos acquis démocratiques et de transmettre aux générations la culture de la résistance à toute forme d’oppression et de velléité d’aliénation de nos droits et libertés.» Le leader poétique a invité le populo à léguer aux marmots une Guinée où «nul ne se verra contraint de renoncer à ses droits pour survivre, nul ne sera forcé de se taire, nul ne sera empêché d’exprimer librement ses convictions. Une Guinée où la justice ne sera jamais soumise à la force, où l’exil ne sera pas la rançon de la liberté, où aucune famille ne sera condamnée à vivre dans l’angoisse de ne pas savoir ce qu’est devenu l’un des siens ; enfin, une Guinée où le débat, la contradiction et l’alternance seront considérés comme les respirations naturelles d’une démocratie vivante.»

« La Guinée triomphera… »

Pour lui, l’indépendance du pays n’aura de sens que si elle se prolonge par la liberté et le bien-être matériel et moral des Guinéens. La Petite Cellule Dalein écrit que le bled traverse une période sombre de son histoire qui plonge chacun et tous dans un profond désarroi. «Cependant, la Guinée sera toujours plus grande que les épreuves qu’elle traverse. Elle sera toujours plus forte que les divisions, plus forte aussi que les renoncements. Elle triomphera de tous ceux qui, à un moment de son histoire, voudront la contraindre à renoncer à ses aspirations à la liberté et à la démocratie. Notre responsabilité est de ne jamais céder à la peur ni au désespoir. Au contraire, luttons pour notre pays et la souveraineté de notre peuple, avec courage et fermeté, mais sans haine ni esprit de vengeance. Une autre Guinée est possible ; celle indépendante, souveraine, garantissant l’exercice des libertés publiques et la protection des droits de l’homme », conclut l’exilé.

Le boss du Front démocratique de Guinée, Abdoulaye Yéro Ta-Baldé, a ajouté son grain de sel à la fête. Pour lui, l’indépendance rappelle qu’elle n’est pas seulement une date, mais une responsabilité partagée. « Elle nous invite à tracer ensemble l’avenir de notre pays, à valoriser nos richesses, à renforcer nos institutions et à garantir la justice pour tous. Notre force, c’est notre jeunesse, nos talents et notre histoire. Notre mission, c’est de transformer ces atouts en progrès, en emplois et en espoir ».

Yaya Doumbouya