Après trois ans de réclamation pour leur engagement sans concours à la Fonction publique, les enseignants contractuels communaux recalés se sont résolus à faire le concours de recrutement de 6 000 enseignants à la Fonction publique, tenu le 17 octobre à travers le pays. Enterrée, cette revendication phare de l’intersyndicale de l’éducation. Du moins, pour le moment.

Ils le réclamaient à cor et à cri depuis des années. Le collectif des enseignants contractuels communaux non retenus de Guinée en 2024 (CECCNRG) rêvait jusque-là de leur engagement à la Fonction publique, sans concours. Ils avaient usé de tous les moyens : grèves, marches, sit-in, rassemblements devant la Présidence, signature d’un protocole d’accord. Chaque fois, des engagements et promesses de la part des autorités ont calmé les nerfs et aiguisé l’espoir des 4 535 enseignants contractuels communaux recalés au concours de 2024, contre dix mille de leurs camarades ayant réussi à être engagés conformément au besoin d’alors du secteur de l’éducation. Le 8 octobre, l’intersyndicale de l’éducation (SLECG, SNE et FSPE) avait annoncé que les intéressés seraient engagés à la Fonction publique par l’intégration de leur liste au Fichier unique de gestion administrative et de la solde (FUGAS). La nouvelle avait détendu l’atmosphère et permis la reprise du dialogue entre les émissaires du gouvernement et le syndicat. Aussi, les travaux techniques ont été relancés sur le Statut particulier de l’enseignant dont la signature et la mise en œuvre se font encore attendre.

Signature du protocole d’accord du 3 janvier 2026 (Aboubacar Kourouma, aujourd’hui ministre du Commerce et de l’Industrie, était alors secrétaire général du ministère de la Fonction publique)

Néanmoins, les négociations ont permis, selon le CECCNRG, d’obtenir la validation de leur liste par la commission technique chargée du traitement de la liste, par le ministère de la Fonction publique, par le ministère de l’Éducation, par le Conseil national du dialogue social et par l’intersyndicale de l’éducation. Le collectif a aussi obtenu la prise en compte de la liste par le gouvernement, l’envoi effectif des messages FUGAS aux enseignants concernés, le 12 octobre, la concertation permanente entre partenaires stratégiques et l’intersyndicale de l’éducation, l’engagement du gouvernement à respecter le protocole d’accord du 3 janvier dernier mais aussi la garantie morale du Conseil national du dialogue social.

FUGAS n’est pas Fonction publique

Ravis des acquis, le collectif avait appelé, dans un communiqué du 16 octobre, tous les enseignants contractuels communaux dont les noms figurent sur les listes publiées par le ministère de la Fonction publique ou ceux ayant reçu les messages FUGAS, de bien vouloir se présenter dans leurs centres respectifs, le 17 octobre 2026, « tout en tenant compte de ceux qui n’ont pas reçu de message, mais dont les noms figuraient déjà sur la liste transmise au préalable », pour le concours.

Diaa Sow, dans un centre du concours


« Cette démarche citoyenne et responsable vise un seul objectif : sécuriser notre engagement, éviter toute omission ou toute tentative de substitution. Camarades, c’est la dernière ligne droite. C’est l’étape de la sécurisation de notre victoire commune. En vous présentant, vous confirmerez votre existence, votre engagement et votre droit », ajoute le communiqué. Autrement, être dans le FUGAS, ne garantit pas l’engagement à la Fonction publique sans réussir le concours. Le 17 octobre, jour J du concours, Diaka Sow, le porte-parole du CECCNRG, déclare dans un post Facebook : « Oui, cela a été très difficile pour nous, mais ce fut la meilleure décision que nous ayons prise en faveur des 4 535 enseignants contractuels communaux non retenus de Guinée. C’est d’ailleurs une véritable fierté de pouvoir participer à ce concours national organisé par le gouvernement, afin d’intégrer la Fonction publique par la grande porte. À présent, nous pouvons apaiser nos cœurs, en exprimant notre reconnaissance au gouvernement pour la tenue du concours dans un esprit de transparence, d’égalité des chances et avec toute la rigueur nécessaire. »

La crise couve ?

Bien que les résultats du concours du 17 octobre ne soient pas encore disponibles, Diaka Sow affirme que les contractuels communaux « ont été à la hauteur », du fait de plusieurs années d’expérience. « En tout cas, les premiers retours que nous avons reçus de nos représentants et collègues à la base sont encourageants : les épreuves étaient abordables et ils estiment avoir été à la hauteur des attentes. Désormais, le reste du processus relève des ministères de la Fonction publique et de l’Éducation pour la proclamation des résultats et la publication de l’arrêté d’engagement à la Fonction publique », a-t-il réagi.

Manifestation des enseignants contractuels de la zone spéciale de Conakry le 14 octobre à Kaloum

En fait, à la suite des anomalies, le ministère de la Fonction publique a écarté la liste toilettée et introduite dans le FUGAS. D’où l’invite fait aux enseignants contractuels non retenus à se présenter et à participer au concours. « Ceux qui se sont présentés ont fait le concours du 17 octobre, le ministère a dit que c’est une formalité. Les ‘’absents sont soit dans d’autres départements, soit ont déjà eu le concours, soit sont décédés », argue le ministère. « Nos généraux ont accepté cela, malgré les remous que cela a provoqués en interne. On attend les résultats pour voir si les engagements ont été respectés. Si tel est le cas, la crise est résolue. Sinon, elle est loin de l’être », prévient pour sa part Abou Presse Camara, premier secrétaire général adjoint chargé des affaires internes du Syndicat national de l’éducation, joint au téléphone le 19 octobre.

Tous roulés dans la farine

Les enseignants contractuels de la zone spéciale de Conakry qui ont battu le pavé le 14 octobre, pour le respect du protocole d’accord, notamment leur évaluation en pratique de classe en lieu et place du concours, pour être engagés à la Fonction publique, ont aussi participé au concours du 17 octobre. Eux qui dénonçaient une « trahison » de la part de l’intersyndicale de l’éducation pour n’avoir pas pris à bras-le-corps leur dossier, se sont retrouvés dans les salles de concours, notamment dans les régions de Kindia et de Mamou. Or, il était question, selon le protocole d’accord de janvier dernier, qu’ils soient évalués en pratique de classe. Ils devaient être aussi prioritaires à l’enregistrement. « On devait produire avec nos secrétaires généraux une liste consensuelle des enseignants contractuels de la zone spéciale de Conakry pour la déposer au ministère de la Fonction publique, mais contre toute attente, on a entendu que les secrétaires généraux ont envoyé des listes à la Fonction publique. Et après contrôle, le ministère se serait rendu compte que 90% des enseignants sont inscrits pour le concours et il a rejeté la liste. C’est un problème, le protocole d’accord n’est pas respecté. Cela nous inquiète », alerte Abou Presse Camara.

Yaya Doumbouya