À l’occasion du lancement de la campagne « Études en France » 2026-2027, le jeudi 8 octobre à Conakry, l’ambassadeur de France en Guinée, Luc Briard a animé une conférence de presse. Droits de l’homme, restrictions de visas, restitution des biens culturels et investissements français, le diplomate a défendu le bilan de la coopération franco-guinéenne, tout en promettant des avancées sur plusieurs dossiers sensibles.

Du 28 septembre au 2 octobre, la Guinée a célébré la semaine de l’indépendance et sa fête nationale. Selon Luc Briard, « le 2 octobre est un jour singulier de notre histoire commune qui nous invite à regarder le partenariat d’égal à égal que nos deux pays ont construit ». Il a salué le retour de la Guinée au sein des organisations internationales, notamment la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), l’Union africaine, les Nations unies et l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie).

S’exprimant sur la situation des droits de l’homme en Guinée, l’ambassadeur de la France a mis en avant le dialogue avec les autorités guinéennes, insistant sur la nécessité de faire la lumière sur les disparitions forcées. « Les autorités guinéennes croient au multilatéralisme et elles ont accepté la recommandation de la France d’une plus grande transparence sur le résultat des enquêtes en matière de disparition forcée. Mais la Guinée reste un pays souverain. Nous ne donnons pas des leçons, nous ne donnons pas des injonctions, nous dialoguons », a-t-il affirmé.

Pour Luc Briard, la question des droits de l’homme ne saurait se limiter aux libertés politiques et citoyennes. Elle englobe les droits économiques, sociaux et culturels, avec l’accès à la santé et la protection de l’intégrité physique des femmes. Il a évoqué les mutilations génitales féminines et les actions soutenues par la France pour lutter contre cette pratique. Il révèle que, Paris a investi 10 millions d’euros dans un programme à Boké, qui a permis de mettre en place des systèmes d’alerte communautaire. « Donc, il n’y a pas que les droits politiques et citoyens. La France ne fait pas une partition, elle ne saucissonne pas sa position en matière des droits de l’homme. Elle a une vision inclusive, totale et elle se bat sur l’ensemble des choses. Cette démarche s’inscrit dans le respect de la Constitution guinéenne et dans le cadre d’un partenariat d’égal à égal, symétrique et réciproque », déclare Luc Briard.

Quid de la restitution des biens culturels ?

Les autorités guinéennes ont formulé deux demandes : le retour des objets liés à l’Almamy Samory Touré dont son coran et celui des restes de l’Almamy Bokar Biro Barry et trois de ses compagnons dont celui son fils. Luc Briard a assuré que les démarches se poursuivent à travers la coopération muséale, le projet de musée virtuel et l’extension du Musée national de Guinée. Le diplomate a évoqué la visite en Guinée, de l’ambassadeur Jean-Luc Martinez, chargé des questions de restitution et de coopération muséale. Il y voit un signal symboliquement fort de la volonté française de faire avancer le dossier. « Nous allons le faire et le faire assez vite, si on peut », promet-il.

Toutefois, le processus repose sur deux cadres juridiques distincts. Pour les restes humains, la procédure s’appuie sur une loi de 2023. Des chercheurs guinéens et le Muséum national d’histoire naturelle de Paris travaillent sur les modalités de leur retour. S’agissant des biens culturels associés à Samory Touré, l’ambassadeur évoque une loi adoptée le 9 mai dernier, dont les décrets d’application sont attendus à la mi-octobre. Cette procédure prévoit la mise en place d’un comité scientifique bilatéral. Selon Luc Briard, la partie guinéenne a déjà désigné son représentant scientifique, et Paris devait procéder à la désignation du sien. En attendant, les deux parties travaillent à l’organisation de visites de chercheurs et à la collecte d’informations complémentaires, afin de préparer les différentes étapes des restitutions.

Visas et restrictions

Autre sujet sensible dans les relations entre Conakry et l’Union européenne, les restrictions imposées aux visas pour les ressortissants guinéens. Alors que la Guinée a annoncé des mesures de réciprocité, Luc Briard déclare que « cette décision est temporaire. Et nous travaillons avec les autorités pour lever le plus rapidement possible cette restriction ».

Selon l’ambassadeur, la France a délivré 12 500 visas aux ressortissants guinéens. Un record certes, mais le taux de refus atteint 50%. Une situation qu’il attribue notamment à la fraude documentaire. Il estime donc nécessaire de renforcer la sécurisation des documents, un sujet qui fait l’objet d’échanges avec les autorités guinéennes.

Le diplomate a toutefois précisé que les restrictions prévues par l’article 25 bis du Code des visas Schengen concernent les visas de court séjour, d’une durée inférieure à trois mois, et ne touchent pas les étudiants qui sollicitent un visa de long séjour. « Les formations au-delà de trois mois ne sont pas impactées. Parce que ce sont des visas de long séjour qui sont, de manière régalienne, du seul ressort des autorités françaises ».

Des entreprises qui performent

Au-delà des questions diplomatiques et migratoires, Luc Briard a insisté sur les mobilités entre les deux pays. La diaspora, les Alumnis, les migrants retournés et les étudiants constituent, selon lui, des passerelles essentielles pour la circulation des compétences et des connaissances. « Ils nourrissent le double espace et favorisent la circulation des compétences et des savoirs. C’est notre responsabilité commune que de les accompagner », a affirmé le diplomate.

Luc Briard a défendu la participation des entreprises françaises au développement économique de la Guinée. Il estime qu’elles doivent pouvoir participer à la concurrence et contribuer à la croissance du pays. Il a salué les investissements de la Société de brasserie de Guinée (Sobragui), qui prévoit d’inaugurer en janvier sa nouvelle usine à Sanoyah, et ceux de AGL Conakry Terminal, engagé dans la construction d’un nouveau quai au port de Conakry.

Avec ces différents dossiers, Paris affiche sa volonté de poursuivre sa coopération avec Conakry, mettant en avant le dialogue diplomatique, les échanges universitaires, et les investissements économiques.

Abdoulaye Bah