Gracié depuis le 2 octobre, l’opposant doit suivre un stage d’encadrement civique et de préparation à la réinsertion avant d’être libéré. En attendant, ses proches sont sans nouvelle d’Aliou Bat(de l’aile) qui semble retourné à l’école pour apprendre les nouvelles règles de la démocratie de l’ère Mamadi Doum-bouillant.
En langage courant, les Peuls appellent ça « donner les mains et retenir les pieds ». Ce type de grâce, jusque-là, n’était pas courant sous nos tropiques. Mais sous les soleils de la Refondation, les surprises ne surprennent plus personne. Même si plus d’un militant du Mouvement démocratique libéral avait versé des larmes de joie quand, à la faveur de la fête nationale du 2-Octobre, le Prési de la Roue-publique dans son immense bonté a (ab)usé de son droit de grâce pour pardonner les « offenses » d’Aliou Bat(de l’aile).
Votre Satirique du lundi avait titré, dans sa précédente livraison : « Un MoDeL de grâce ! » Une semaine après, l’on est à se demander si la grâce présidentielle n’est pas en réalité un coup de grâce donné au leader du Mouvement démocratique libéral. Ce dernier est privé de liberté depuis son arrestation le 26 décembre 2024 à Pamelap, alors qu’il se rendait en Sierra Leone. Il a été condamné à deux ans d’emprisonnement pour « offense et diffamation » contre celui qui lui a accordé le droit de crosse, à moins de trois mois de sa libération.
Un pardon assorti d’une petite condition : effectuer un stage obligatoire d’encadrement civique et de préparation à la réinsertion d’une durée de 45 jours. Aliou Bat(de l’aile) n’est certes pas un bandit de grand chemin, il est pire : c’est un opposant politique qui voulait être candidat aux sélections, qui avait juré de ne jamais s’exiler, tout en dénonçant les disparitions d’activistes et l’absence de diligence jadis pour le retour à l’ordre constitutionnel. Un crime de lèse-majesté qui requiert la rééducation de celui qui s’en rend coupable.
La volonté présidentielle vaut-elle loi ?
Le politicard est-il reparti à l’école ? Depuis le 6 octobre, ses proches sont sans nouvelles de lui. Ce jour, il aurait été extrait de sa cellule de la prison de Coyah avec une dizaine d’autres graciés, pour une destination inconnue au moment où nous mettions sous presse. Depuis, son parti a multiplié les communiqués et les interrogations : « Trois jours après [son] transfert, les autorités n’ont fourni aucune information officielle ni sur le lieu où se trouve M. Aliou Bah, ni sur les motifs de son transfert, ni sur les conditions de sa détention. » Et le parti de renchérir : « Le MoDeL rappelle que toute personne privée de liberté conserve ses droits fondamentaux et doit être traitée dans le respect de sa dignité. La détention ne saurait justifier ni l’opacité ni l’absence d’information officielle à l’égard de ses conseils et de sa famille. »

Le parti s’interroge sur le fondement juridique du stage dont a été gratifié son leader, demande à l’État de préserver l’intégrité physique de celui-ci et d’apporter des réponses aux différentes interrogations que le commun des Guinéens se pose.
Le jour de l’extraction d’Aliou Bat(de l’aile), le Garde des Shows, ministre de la Justice et des droits de l’homme a publié un communiqué pour rappeler à ceux qui avaient tendance à l’oublier que « le bénéfice de la mesure [de grâce] est subordonné à l’accomplissement d’un stage d’encadrement civique et de préparation à la réinsertion » de 45 jours.
Comment devenir opposant républicain
« Cette décision est l’expression de la volonté du président de la République d’associer la clémence à une démarche de responsabilisation et d’accompagnement. Elle offre aux personnes concernées une perspective de reconstruction personnelle et de retour à la vie sociale, dans le respect de la loi, des droits d’autrui et des exigences de la sécurité publique », poursuit-il. Et le communiqué d’insister : « Ce stage poursuit une finalité civique, éducative et sociale. Il vise à renforcer la connaissance des droits et des devoirs ainsi que le respect des institutions, à prévenir la récidive et à préparer le retour des personnes concernées à la vie familiale, sociale et professionnelle. À travers cette démarche, l’État donne à la clémence présidentielle une traduction concrète : accompagner la réinsertion, prévenir la récidive, contribuer durablement à la paix sociale et à la sécurité de tous. »
Selon toujours le communiqué du ministre Ibou II Tounkara, un arrêté pris le 5 octobre fixe les modalités du stage. Sans les divulguer. À l’issue d’un mois et demi de rééducation, le prési du Mouvement démocratique libéral aura sûrement maîtrisé l’art de s’opposer en ces temps de Refondation. À la manière de la nouvelle opposition républicaine pilotée par les dépités Mory Ka-bas, Bouna Keïta, Alhousseiny Makanéra Caquet et autres Abdoulaye Courroux-mât.
Diawo Labboyah

