Le 20 septembre, des coups de feu ayant retenti aux abords de la Maison centrale de Kankan ont créé la psychose dans le Bâtè. Nombreux sont les habitants qui se sont interrogés sur la provenance et les motivations de ces tirs. Pour tenter d’éteindre les spéculations, le parquet du coin a cru bon de papoter devant la presse, le 1er octobre, sur les circonstances de l’incident.
Mardi après-midi, tout roule normalement à Gare, quartier de la commune urbaine de Kankan. Quand, soudain, des détonations ont retenti. Peur et panique dans les rues. Tout le monde cherche à se mettre à l’abri, en attendant d’en savoir davantage sur ce qui se passe. Les minutes passent, les racontars selon laquelle les coups de feu proviennent de la Maison centrale de Kankan enflent. C’est la psychose dans le buisson de Kankan. Attaque de la prison ?
Tentative d’évasion ou bagarre entre détenus ? Rien de tout cela, selon le nouveau pro-crieur de la roue-publique près le tribunal de première instance de Kankan. Ibrahima 1 Cas-marrant reconnaît que les coups de feu provenaient bien de la Maison centrale du coin : « Beaucoup d’entre vous ont entendu des coups de feu à la maison centrale. Il faut qu’on en parle, parce que si on garde le silence, ça va donner lieu à plusieurs interprétations. » Le robin jure, la main sur le palpitant, que ces coups de feu ont été tirés suite au refus d’un groupe de détenus de laisser un des leurs se faire transférer dans une autre prison du bled. Le détenu-là serait le patron de la cour de la Maison centrale, un caïd jugé dangereux par les autorités judiciaires de Kankan : « Le procureur général près la Cour d’appel a estimé que ce détenu représentait un danger pour la sécurité de la maison centrale et pris un acte ordonnant son transfert. La Brigade anticriminalité (BAC) s’est ainsi rendue à la maison centrale pour exécuter la décision. Mais au moment de faire sortir le détenu de sa cellule, ses codétenus se sont opposés à son départ. Ils se sont révoltés pour dire qu’il ne bouge pas. » Face à cette opposition, les agents auraient alors procédé à des « tirs de sommation afin d’éviter le pire », ajoute-il. Ibrahima 1 Cas-marrant assure toutefois qu’il n’y a pas eu de conséquences : « Il n’y avait rien de grave. C’est quelqu’un qui devait être transféré à Kindia. C’est un condamné. »
Le transfert de détenus condamnés considérés comme présentant un risque particulier relève, selon lui, de la politique pénale de la justice visant à préserver la sécurité dans les établissements pénitentiaires. Après la cacophonie, le caïd a finalement été transféré à Kindia, conformément à la décision du pro-crieur gênant près la Cour d’appel de Kankan.
Les détenus contre la récurrence des transfèrements ?
Si le pro-crieur de la roue-publique près le tribunal de première instance de Kankan cantonne l’incident à une simple montée de fièvre liée à un détenu, la situation serait beaucoup plus tendue que cela dans cet établissement pénitencier. Selon une source proche de la société civile à Kankan, les bagnards sont plutôt préoccupés par la récurrence des transfèrements : « Selon les détenus, ils n’en peuvent plus de ces transfèrements de détenus qui prennent des directions qu’ils ignorent. Des militaires ou en tout cas de personnes habillées en tenues militaires, encagoulés, viennent, partent avec des détenus ici pour les envoyer dans des endroits inconnus. Ces agents sortent les détenus de la Maison centrale de Kankan sans la garde pénitentiaire, sans leurs avocats ou même leurs parents. Ils craignent que leurs camarades prennent la direction de lieux autres que les vraies prisons du pays. » L’activiste estime que « les revendications des détenus doivent être examinées par les autorités judiciaires, parce que dans le contexte actuel, leur crainte est fondée. » Eh, oui !
Yacine Diallo

