Les porte-paroles de la présidence et du gouvernement guinéens avaient rendez-vous avec la presse le 19 octobre, à Camayenne plage (commune de Dixinn). Au menu de leur conférence bimestrielle, la grâce présidentielle accordée à plus de 500 prisonniers dont Aliou Bah, leader du MoDeL, l’interdiction des plastiques à usage unique, entre autres.
« Fermeté », c’est le premier mot du thème de cette deuxième sortie qui met aussi l’accent sur « l’humanité » d’une gouvernance soucieuse de « l’unité » des Guinéens. « L’ordre ne doit pas être perçu comme une contrainte », invite d’entrée le porte-parole de la présidence, le général Amara Camara qui était accompagné de son adjoint et conseiller présidentiel, Thierno Mamadou Bah et du ministre porte-parole du gouvernement, Faya François Bourouno.

Les conférenciers se sont appuyés sur l’adresse à la nation de Mamadi Doumbouya prononcée la veille de la fête nationale du 2-Octobre. Loin d’un discours de commémoration, c’est un « discours d’orientation » dont le thème, cette année, était la jeunesse. Amara Camara a réitéré que cette dernière a son avenir en Guinée et non sur les routes migratoires. Le projet minier et le programme politique « Simandou 2040 » concourent à traduire en réalité le concept « la Guinée, notre paradis » qui « n’est pas un simple slogan », assure-t-il.
Mais ce n’est pas tout : hisser la Guinée au rang « des pays émergeants » à l’issue des quinze prochaines années nécessite par ailleurs l’ordre et la discipline, « car la République n’appartient à aucun clan », a martelé le porte-parole de la présidence.
La carotte et le bâton
Abordant la question de la grâce présidentielle, qualifiée de « clémence responsable », le conférencier a rappelé qu’elle s’accompagne d’un stage d’encadrement civique et de préparation à la réinsertion de 45 jours. Objectif : prévenir la récidive, renforcer le civisme et l’attachement à la patrie, ainsi que préparer le retour du gracié « dans la famille, la communauté et dans la vie professionnelle ».
Mais fallait-il soumettre tout le monde à ce stage, y compris des condamnés pour des délits d’opinion comme l’opposant Aliou Bah, leader du Mouvement démocratique libéral ? « Il ne faut pas voir la grâce à l’échelle d’une personne, avance Amara Camara en réponse à la question d’un confrère. On ne finit jamais d’apprendre le civisme. Les bénéficiaires du stage sont très satisfaits. » Un programme de formation aurait été spécialement conçu pour (re)apprendre aux 529 stagiaires la citoyenneté.
« L’humanisme » présidentiel s’est traduit également par les évacuations sanitaires accordées aux anciens dignitaires du régime d’Alpha Condé : Amadou Damaro Camara, ex-président de l’Assemblée nationale et l’ancien Premier ministre Ibrahima Kassory Fofana. « La fermeté et l’humanité ne s’opposent pas, elles se complètent », selon le porte-parole de la présidence.
Il n’y a plus qu’à espérer le retour d’opposants disparus et exilés pour réussir le pari de l’unité et de l’apaisement prôné par les autorités. Cela permettrait d’éviter le scénario Sidya Touré : l’ancien Premier ministre et opposant mort et inhumé en exil (Abidjan), comme l’a souhaité sa famille et contrairement à la volonté des autorités guinéennes. Ces dernières ne souhaitent plus de débats autour du défunt, a annoncé Amara Camara qui appelle plutôt à prier pour le repos de son âme.
Plus de 600 millions d’euros pour fournir de l’eau potable
Accorder un moratoire de six mois de transition vers l’abandon définitif des emballages et objets plastiques à usage unique prouve également que les autorités écoutent leurs populations, a renchéri pour sa part le porte-parole du gouvernement, Faya François Bourouno. Car « écouter n’est pas reculer », relève-t-il. La politique vise le développement durable de la Guinée, répond à « une urgence sanitaire et environnementale », poursuit le ministre de la Modernisation de l’administration et de la fonction publique.

Objectif du moratoire ? « Une mesure ciblée et limitée dans le temps, pour garantir la continuité de l’accès à l’eau potable, maîtriser les prix et laisser aux producteurs le temps d’adapter leurs lignes et d’organiser la collecte et la valorisation des déchets. »
Même que les autres objets plastiques à usage unique (sacs de course, gobelets, pailles, couverts et contenants jetables) ne sont pas couverts par le moratoire. CQFD. Le plafonnement des prix d’eau demeure, l’incitation à la production et à l’importation d’emballages biodégradables doit se poursuivre. Et qu’un suivi est assuré par une commission interministérielle présidée par le Premier ministre Amadou Oury Bah.
En guise d’alternative, le porte-parole du gouvernement annonce la construction prochaine de 13 stations de traitement d’eau. Selon Faya François Bourouno, il s’agit d’un « des plus grands projets d’eau potable de la sous-région » avec une enveloppe de plus de 600 millions d’euros.
Diawo Labboyah Barry

