C’est lundi. Le pays se lève doucement, avec des yeux encore collés par la nuit électorale et l’estomac vide de certitudes. Tout s’est passé dans le calme, disent-ils. Et c’est vrai. Un calme presque suspect. Un calme de fin de match quand tout le monde sait déjà le score mais attend quand même le coup de sifflet final. Wallahi, même les klaxons avaient l’air fatigués. À fakoudou !

On a voté sans cris, sans bousculades, sans grands discours. Le plus spectaculaire dans cette présidentielle, ce n’est pas ce qui s’est vu, mais ce qui ne s’est pas vu. Pas de grande campagne, pas de marathon politique, pas de promesses jetées comme du riz au mariage. Le potentiel vainqueur n’a pas fait campagne. Il a laissé le silence parler. Et le silence en Guinée est parfois plus bruyant que mille haut-parleurs. Hé Kéla !

Les autres, eux, ont transpiré. La voix, la sueur, les pas de danse, les sourires automatiques. Ils ont promis des ponts là où il n’y a même pas de rivière, des emplois là où le chômage est assis depuis longtemps avec un café. Ils ont promis le changement avec les mêmes maux, les mêmes gestes, les mêmes refrains. Pendant ce temps, le favori pratiquait une nouvelle discipline politique : l’économie d’énergie. Absent mais omniprésent. Muet mais compris. Le vote par le repos. Alléluia !

Et puis il faut être honnête : cette campagne, quand elle existait, ressemblait plus à un festival qu’à un débat. Tout le monde a dansé. La mouvance, l’opposition, les ministres, les préfets, les gouverneurs, les candidats, les électeurs… même ceux qui ne savaient pas pourquoi ils étaient là. Le projet de société ? Une chorégraphie bien répétée. La vision ? Le tempo. L’idéologie ? La playlist du moment. Hé Kéla !

La musique est devenue le premier programme politique du pays. Si le son est bon, le candidat est crédible. Si le refrain est entraînant, la promesse passe. On ne lit plus, on écoute. On ne réfléchit plus, on balance les épaules. Wallahi, l’écrit ne fait pas le poids face au haut-parleur, et la phrase construite perd toujours contre un bon coup de djembé. À fakoudou !

Ainsi va notre démocratie. Tu coupes la musique, il n’y a plus d’idées. Tu montes le volume, tout le monde applaudit. Mais après l’élection, quand la sono est rangée et que le DJ est rentré chez lui… Hé Kéla, il reste la réalité. Et la réalité, elle ne danse pas.

29 décembre. L’année est assise sur sa valise, prête à partir sans dire merci. Trois jours seulement nous séparent de 2026. Le temps passe plus vite que les promesses de campagne, et nous regardons 2025 finir comme on regarde un vieux film déjà vu : on connaît la fin, mais on espère quand même une scène bonus. Wallahi !

Bonne année à nos électeurs – pardon, lapsus révélateur – à nos lecteurs, à nos abonnés, et à nos annonceurs, ces héros silencieux grâce à qui l’encre continue de couler. Merci d’avoir ri quand il fallait rire, grincé quand il fallait grincer, et lu quand même, malgré tout. À fakoudou!

Une année finit, une année comanche. Elle arrive sans prévenir, à cheval sur nos contradictions, plume au vent et agenda vide. On ne sait pas ce qu’elle apportera, mais on sait ce qu’on lui demande : un peu de paix, beaucoup d’humour, et moins de bêtises écrites en très gros caractères. Alléluia !

Et maintenant que 2026 tape à la porte – toc toc, sans même enlever ses chaussures – nous voilà soudain très sérieux. On se projette dans la Guinée de demain. Question existentielle du réveillon : est-ce que la Guinée va changer pour nous, ou est-ce que nous allons changer pour la Guinée ? Réponse simple, brutale, dérangeante : les deux ou rien.

Ça fait des années que nous attendons que le pays change pour notre confort, jalousement assis sur nos mauvaises habitudes. On critique l’État en jetant les ordures par la fenêtre. On réclame la justice en brûlant les feux rouges. On invoque la loi quand elle nous arrange, comme un mouchoir propre dans une poche sale. Hé Kéla !

Le plus ironique, c’est que nous reprochons à nos dirigeants exactement ce que nous faisons chaque jour, à notre petite échelle, avec une grande régularité. Désordre en haut, désordre en bas. Et au milieu, un pays riche qui vit pauvrement, qui s’aigrit, qui se plaint beaucoup et se corrige peu. À fakoudou !

Sambégou Diallo

BILLET – Petit guide pratique pour 2026

1. Respecter la loi même quand personne ne regarde.

2. Lire au moins un texte avant d’applaudir un refrain.

3. Balayer devant sa porte avant de demander une avenue propre.

4. Klaxonner moins, réfléchir plus.

5. Exiger l’exemplarité en commençant par soi-même.

Alors pour 2026, un vœu simple : moins de discours, plus de discipline ; moins de slogans, plus d’exemples. Si chacun fait un pas – pas de danse, non, un vrai pas – la Guinée avancera peut-être.

Sinon… on fera comme d’habitude : on parlera beaucoup, on dansera encore, et on attendra que le pays change tout seul.

En attendant, buvons de l’eau et attachons nos ceintures !

SD

BILLET – Un chat m’a conté

En Guinée, le citoyen est un sportif de haut niveau. Il court derrière les promesses, saute par-dessus les réalités et tombe toujours sur la même réception : la patience. Il a développé un muscle particulier, très sollicité, très endurant : l’attente. Wallahi, on attend tout. L’eau, le courant, le salaire, la justice, le changement… et parfois même le bon sens. À fakoudou !

Le citoyen guinéen aime la politique, mais à sa manière. Pas trop compliquée. Pas trop écrite. Un bon slogan, une belle musique, un pas de danse bien exécuté, et le tour est joué. Lire un programme ? Hé Kéla ! Ça fatigue les yeux. Réfléchir à long terme ? On verra demain. Ici, on préfère l’instant, le rythme, le refrain qu’on peut fredonner sans réfléchir. Alléluia !

Il faut dire que nous sommes cohérents dans notre incohérence. Nous voulons un État fort, mais nous négocions tout : la loi, le feu rouge, la file d’attente. Nous voulons des dirigeants exemplaires, mais nous ne donnons pas l’exemple. Nous voulons la justice, mais seulement quand elle va dans notre sens. Sinon, c’est complot. On Chen fout !

Le plus beau, c’est notre capacité à critiquer. Ah ça, on est champions. Du matin au soir, au café, au carrefour, sur les réseaux sociaux, dans les salons climatisés et sous les manguiers. Tout le monde sait ce qu’il faut faire pour sauver le pays…sauf quand il s’agit de commencer par soi-même. Hé Kéla !

Et pourtant, malgré tout ça, le citoyen guinéen espère. Toujours. Contre toute logique parfois, mais il espère. Il se dit que demain sera meilleur, que cette fois sera la bonne, que le pays finira bien par décoller. Il râle, il danse, il critique, il attend… mais il reste là. Fidèle. Debout. Bruyant. Attachant. À fakoudou !

Alors continuons d’écrire. Continuons de rire un peu de nous-mêmes, histoire de ne pas pleurer trop fort. Continuons d’appuyer là où ça chatouille et de gratter là où ça démange. Parce que quand la musique s’arrête et que la poussière retombe, il reste une chose essentielle : la lucidité. Et ça, même sans sono, ça fait du bruit. À fakoudou !

SD