Le 31 décembre 2025, le Prési de la Transition, Mamadi Doum-bouillant, n’a pas dressé ses traditionnels bœufs de vin d’année contre les Guinéens. Son mutisme suscite commentaires et supputations sur la toile. Ses partisans dédramatisent, ses détracteurs s’en délectent.
Depuis sa venue au pourboire en 2021, Mamadi Doum-bouillant a toujours souhaité aux Guinéens bonne et heureuse année, même si les années successives ont été de malheur à bien de ses compatriotes, sa gouvernance aidant. Pour les vœux de 2026, alors qu’il venait d’être déclaré vainqueur du scrutin pestilentiel du 28 décembre par la Direction générale des sélections, le Prési Doum-bouilllant a fait languir les Guinéens devant la joyeuse lucarne de la télébidon nationale, jusqu’au bout de l’ennui, ou du moins jusqu’à 00h. [Hier dimanche 4 janvier, alors que cet article était déjà sous presse, il s’est justifié. En voici l’extrait : « Dans cette période de renouveau, le calendrier électoral ne m’a pas permis de m’adresser au peuple lors du traditionnel discours de fin d’année. J’étais candidat, et le respect des institutions ainsi que du processus électoral nous imposait d’adopter une attitude républicaine. »]
Auaparavant, Mamadi Doum-bouillant a préféré donner sa langue aux chats. D’aucuns se sont dit qu’il attendrait la confirmation de son élection par la chambre Constitutionnelle de la Basse-cour suprême, pour faire d’une bière deux goûts. À moins qu’il ait décidé de rééditer ce qui semble le caractériser, l’omerta. Puisque durant la campagne électorale pour la présidentielle du 28 décembre dernier, Mamadi Doum-bouillant n’avait pas non plus parlé aux Guinéens, fâche à fâche. Il avait dégainé un simple laïus, assez bref, défendant son bilan et déclinant ses priorités pour le bled. Pas étonnant qu’il en soit ainsi pour le traditionnel laïus de vin d’année, disent ses partisans. Mais, il n’en a rien été.
Pourtant, à chaque 1er janvier, le monde se souhaite bonne et heureuse année. Même s’il arrive que la nouvelle année refuse d’entendre le message. À l’aube de 2025, le Doum-bouillant avait promis aux Guinéens par exemple une «année électorale». Et ils ont été servis d’un référendrôle le 21 septembre et d’une pestilentielle le 28 décembre. Le référendrôle a doté le bled d’une nouvelle Constitution «qui nous ressemble et qui nous rassemble», la présidentielle a donné aux Guinéens Mamadi Doum-bouillant, le prési de la transition longue comme le bras, quatre petites années contre deux convenues initialement. La continuité, quoi ! Opposants en exil ou au gnouf, médias fermés, activistes de la société civile disparus ou en exil, remerciement aux électeurs qui l’ont choisi pour son prochain septennat, excusez du peu, autant de sujets sur lesquels il était très attendu.
Les aigris se frottent les mains
Les langues fourchues ergotent, le mutisme du Doum-bouillant serait dû au fait qu’il est très remonté contre ses lieutenants qui n’ont pas réussi à faire du vote du 28 décembre dernier un raz-de-marée. Mécontent du vide devant les bureaux de vote, le Prési Doum-bouillant préfèrerait se murer dans l’omerta, avant sa prochaine et deuxième investiture à la tête du bled. Elle a bien des soucis à se faire, l’équipe d’Amadeus Oury Bah, le premier des ministres de dirlo de campagne, suppute-t-on.
Bien de ses zopposants ont cru annoncer leurs meilleurs bœufs aux Guinéens. L’ex-Prési Alpha Grimpeur, La Petite Cellule Dalein Diallo de l’UFDG, on en oublie, pourfendent, comme c’est pas permis, son maintien au pourboire, le Doum-bouillant avait clamé n’être candidat en rien à l’issue de la transition, avant de se raviser. En voilà un argument qu’il aurait choisi aussi pour s’adresser aux Guinéens, leur expliquant juste les raisins de sa volteface, arguent ses aigris. Son élection coïncidant avec le nouvel an apparaissait comme l’occasion de rêve pour lui de s’adresser aux Guinéens. Que nenni !
La transition continue, sauf coup de destin, pour sept ans, avec le tombeur d’Alpha Grimpeur. En 2026, la Guinée aura-t-elle d’élections genre légis-tardives, sénatoriales ou communales ? Les non objecteurs du silence arguent que c’est une coutume, l’adresse du Prési à la Nation en faim d’année, non une obligation. Ils ne le blâment pas. Alors, attendons ! La patience est guinéenne. Il ne faut pas l’oublier. Bon’année deux mille vingt chiche !
Mamadou Siré Diallo



