L’Afrique baigne dans une véritable frénésie électorale quasiment tous les ans. Cela a commencé bien avant les indépendances, au début des années 1960. Durant la première moitié du 20ème siècle, la pratique de l’élection s’est généralisée en Afrique dans les colonies européennes. La décennie 50 a été particulièrement marquée par cette dynamique en AOF (Afrique occidentale française) et en AEF (Afrique équatoriale française), à travers la Loi Cadre ou loi Gaston Defferre du nom de son instigateur. S’agissant particulièrement de la Guinée en novembre 1955, des élections générales ont permis d’élire les maires de 5 communes de plein exercice, de création toute fraîche. Le PDG-RDA avait réussi le grand chelem. Ainsi, son secrétaire général Sékou Touré avait été élu maire de Conakry. À tout seigneur, tout d’honneur ! Les autres communes de plein exercice Kindia, Mamou, Kankan, Nzérékoré étaient respectivement administrées par N’famara Keita, Saifoulaye Diallo, Magassouba Moriba et Mamadi Sagno.

Aussi, lors des législatives du 2 janvier 1956, Sékou Touré et Saifoulaye Diallo, respectivement Secrétaire général et Secrétaire politique du PDG-RDA, ont raflé deux des trois sièges dévolus à la Guinée au Palais Bourbon, le troisième tombant dans l’escarcelle du BAG de Barry Diawadou. L’année suivante, le 31 mars, lors des élections territoriales générales, le PDG-RDA réalisa son second grand chelem de la décade en remportant 57 des 60 sièges de conseillers territoriaux. Ce score ouvrit largement à Sékou Touré les portes de la vice-présidence du Conseil de gouvernement.

En fin le scrutin référendaire du 28 septembre 1958 clôt la boulimie électorale sous la colonisation. Et le méchant colon s’en alla avec ses élections « équitables, inclusives et transparentes ». Alors éclot le printemps des Partis Uniques et des Partis-États, dans les jeunes États africains. Dès lors, la lisière entre élection et sélection s’amincie et devint imperceptible. On commençait à se perdre en conjecture pour saisir et cadrer la notion et l’objectif du vote. La notion est complètement galvaudée et l’objectif largement dévoyé. Peu à peu, consciemment ou non, on tentait de superposer les concepts de vote et de démocratie. On réduisit les dimensions de la démocratie à celles du vote. Or «la démocratie est un système politique où le pouvoir appartient au peuple qui l’exerce directement ou par des représentant élus, reposant sur les principes de liberté, d’égalité, de justice et de respect des droits humains, avec des élections libres et une séparation des pouvoirs, notamment exécutif, législatif et judiciaire.»

On constate donc que cet effort de fusion de deux catégories distinctes abouti à appauvrir le contenu de la démocratie. Si l’élection est la meilleure vitrine et la principale manifestation de la démocratie, elle n’en est pas l’unique composante. Loin s’en faut. La participation citoyenne ou gouvernance participative, la décentralisation, sont des initiatives qui visent à accroître et à renforcer l’apport des citoyens à l’amélioration de la gouvernance et à la résilience de la démocratie. On ne doit donc pas tout bonnement réduire la démocratie à l’élection qui n’en est que la portion congrue. Cette approche confère à l’élection une fonction surdimensionnée et la place au centre de la conquête et la préservation du pouvoir. Le vote est la manifestation concrète, sur le terrain, de la démarche démocratique, notamment lorsque le pouvoir est exercé par les mandateurs du peuple mandant. Il ne faut pas confondre la panacée et l’adjuvant.

Abraham Kayoko Doré