Délocalisée au Centre de formation judiciaire dans l’enceinte de la Cour d’appel de Conakry, la Chambre de jugement de la Crief a repris le dossier opposant l’Etat guinéen à Alpha Mohamed Kallo et Cie lundi 12 janvier. Du fait de l’absence des parties, la Cour a renvoyé l’affaire au 26 janvier 2026, au grand dam d’Alpha Mohamed Kallo, le seul accusé en détention.

Alpha Mohamed Kallo, Ibrahima Tounkara, Maurice Eugène Alécaut et Afriland First Bank, la société Ejico et celle Djoliba pêche sont poursuivis par l’Etat guinéen pour des faits présumés de « détournement de deniers publics, de corruption d’agents publics, d’enrichissement illicite, de blanchiment de capitaux ». Ils traînent également les charges de « faux et usage de faux en écritures publiques, d’atteinte à la liberté d’accès et de l’égalité des candidats dans les marchés publics, complicité et recel ». Alpha Mohamed Kallo, ancien directeur général de la Banque national d’investissement de Guinée-BNIG, est le seul des accusés à croupir en prison depuis le 26 juillet 2022 à la Maison centrale de Conakry. Il s’explique sur un gap financier de six milliards de francs guinéens dans le cadre de la rénovation du siège de la BNIG, entre autres.

A l’audience du 12 janvier, les débats pour la manifestation de la vérité n’ont pas progressé du fait de l’absence ou du retard des parties au procès, notamment de l’avocat d’Alpha Mohamed Kallo, Me Jean-Baptiste Jocamey Haba et de la société Ejico. D’entrée, Me Antoine Pépé Lama, avocat de l’Agent judicaire de l’Etat (partie civile), a déclaré qu’il n’était pas au courant du renvoi de l’audience à ce jour et n’est pas venu du coup avec son dossier. Selon lui, à cause de la nouvelle composition de la Cour, avec l’arrivée de Kanda Doumbouya comme 2e assesseur, l’affaire devrait être reprise à zéro. Mais face au refus de la Cour, Me Antoine Pépé Lama n’a pas insisté et s’est résolu à demander un renvoi pour la réquisition et les plaidoiries, se disant « fatigué » du dossier. Il a exigé aussi la comparution du prévenu Maurice Eugène Alécaut qui se « fait passer pour un fou » ; le dossier sur son état de santé a été déjà déposé à la Cour. « Il faudrait qu’il soit là la prochaine audience. À défaut, que le parquet prenne ses dispositions et tire toutes les conséquences du droit », a martelé Me Lama.

Sans défense ?

Lassé de la lenteur dans le dossier, Me Facinet Sylla, avocat de la société Djoliba Pêche, ne trouve aucun inconvénient pour avancer dans l’affaire bien que la Cour ait connu une nouvelle composition. « L’affaire a beaucoup traîné », se désole-t-il.

Face aux absences répétées aux audiences de Me Jean-Baptiste Jocamey Haba, avocat d’Alpha Mohamed Kallo, le président de la Cour, Yagouba Conté, a invité l’accusé à appeler son avocat pour savoir s’il continuera à défendre sa cause ou pas. « Monsieur le président, je suis en prison depuis quatre ans six mois. Je n’ai pas toujours les moyens de l’appeler pour savoir s’il vient ou pas aux audiences », tranche l’ex-directeur de la BNIG.

Ainsi, Yagouba Conté a exhorté le ministère public à aider le prévenu à s’entretenir avec son avocat. Soudainement, Me Jean-Baptiste Jocamey Haba fait son entrée dans la salle d’audience. Mais la Cour a renvoyé l’affaire au 26 janvier 2026, pour la comparution de Maurice Eugène Alécaut, la société Ejico et la suite des débats.

Yaya Doumbouya