À quelques jours de l’investiture du président de la République, les autorités locales et la police ont lancé une vaste opération d’enlèvement des encombrants physiques le long de plusieurs artères de Conakry. Sans préavis, cette opération soudaine agace les déguerpis.
Déclaré élu haut la main à l’issue de la présidentielle du 28 décembre dernier, Mamadi Doumbouya sera officiellement investi président de la République de Guinée pour un mandat de sept ans, ce 17 janvier. En prélude à la cérémonie prévue au Stade Général Lansana Conté de Nongo, en banlieue de Conakry, la capitale guinéenne se refait une beauté. Mais à quel prix ?
Le lundi 13 janvier, notre rédaction s’est rendue dans certaines zones touchées par le coup de balai, notamment à Kipé Centre-émetteur, dans la commune de Ratoma. Sur place, des façades de bâtiments de commerce entièrement ou partiellement décoiffées. Les occupants réfléchissent à comment poursuivre leurs activités.
C’est le cas d’Alpha Oumar Diallo, vendeur de poulet rôti, qui a dû faire appel à des menuisiers pour refaire ses tables : « Lorsqu’ils sont arrivés, nous avions déjà préparé nos repas. Ils ont abîmé beaucoup de choses et sont même entrés dans la salle pour prendre nos tables et les emporter avec eux. S’ils ont pris un décret, nous n’en avons pas été informés. Je suis obligé, comme vous le voyez, d’appeler les menuisiers pour refaire d’autres tables afin que je puisse continuer à travailler, en plus de réorganiser ma place. »
Coup de balai nocturne
Très affecté, il renchérit : « Personne n’était venu auparavant pour nous avertir. C’est vraiment décevant. J’invite l’État à prendre ses responsabilités et surtout à nous assister, car c’est ici que nous vivons et que nous nourrissons nos familles. S’ils viennent comme ça pour détruire nos matériels, cela ne nous arrange pas du tout. »

Assis devant son garage, Mamadi Keita échanges avec des amis. Le mécanicien déplore également l’inattendu déguerpissement. « Le samedi matin, nous avions vu des pick-up passer, peut-être pour repérer les lieux. Ce n’est que le soir, vers 18 heures, que les agents de sécurité sont venus détruire une partie des installations, sans aucun préavis, puis ils sont repartis. » De 18 heures à 4 heures du matin, le long de la Transversale 2 Centre émetteur – Bambéto, « ils étaient en train de casser », précise Keïta.
Le lendemain, ce dernier a décidé lui-même de parachever le travail pour limiter les dégâts. « Dans de telles circonstances, ils doivent donner un préavis d’au moins trois jours, pour permettre aux gens de déplacer leurs biens. C’est cela qui a causé la frustration de beaucoup de personnes », déplore-t-il.
« Sanctions disciplinaires et pénales »
Mamadi Keita lance un appel aux autorités : « Je demande à l’État de prendre des dispositions claires : lorsque l’on demande aux gens de quitter un endroit et qu’ils partent, qu’on ne les laisse pas revenir ensuite. Mais les laisser réinvestir beaucoup [d’argent], puis revenir les déguerpir encore, c’est vraiment difficile à accepter. »
Dans un communiqué publié le week-end dernier, la Direction de la police nationale a indiqué que l’opération concerne plusieurs axes majeurs de la capitale. Il s’agit notamment des axes Kaloum-Dixinn-Hamdallaye-Kipé, Nongo-Cosa, Madina-Bonfi-Dabondy-Gbessia-Yimbaya-Tannerie, ainsi que l’axe Aéroport-Bambéto-Kipé. « Ces zones, fortement fréquentées, sont régulièrement confrontées à des problèmes d’encombrement et de circulation, » précise le communiqué.
L’objectif de l’opération, d’après la même source, est de restaurer l’ordre public, renforcer la sécurité routière et de garantir la libre circulation des personnes et de leurs biens. « Toute occupation anarchique de la voie publique constitue une infraction susceptible de mettre en danger les usagers de la route et de perturber la fluidité du trafic. » La police martèle par ailleurs que tout réfractaire s’expose à des sanctions « disciplinaires et pénales, sans aucune tolérance. »
Mariama Dalanda Bah


