Le procès en appel opposant l’Etat guinéen à Ibrahima Kourouma, ancien ministre de l’ex-Président Alpha Condé, s’est ouvert le 13 janvier devant la Chambre des appels de la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief). L’ancien dignitaire a rejeté les charges de ‘’détournement de deniers publics et d’enrichissement illicite’’ articulés contre lui.
Il a été condamné à 4 ans de prison, à 50 milliards de francs guinéens d’amende et à la confiscation de ses biens en première instance, le 14 mai 2025, par la Chambre de jugement de la Crief, pour enrichissement illicite. Mais, comme par le passé, l’ancien ministre Ibrahima Kourouma a plaidé non plaidé non coupable. Il est accusé d’avoir détourné plus de 612 milliards 520 millions de francs guinéens et 12 millions de dollars américains lorsqu’il dirigeait le ministère de l’Enseignement pré-universitaire et de l’alphabétisation (2011-2017).
L’ancien dignitaire a déclaré que le rapport d’inspection l’incriminant dressé par l’Inspection générale d’Etat (IGE) n’a pas de valeur, car il n’a jamais été confronté au principe du contradictoire, primordial en la matière. Même que, rappelle-t-il, les inspecteurs de l’IGE lors du procès en première instance devant la Chambre de jugement de la Crief avaient souligné que le rapport était provisoire et n’avait pas fait l’objet du principe du contradictoire. Le document dresse le bilan de la gestion financière (2011 à 2021) du ministère de l’Enseignement pré-universitaire. Or, l’accusé rejette d’être le seul à avoir géré le ministère tout ce temps. En colère, Ibrahima Kourouma a dénoncé le fait qu’il a été arrêté en 2022, mais son procès ne s’est ouvert qu’en 2025.
« Je suis pharmacien, je vis de cela. Je travaille depuis 1995 sauf durant ces années de détention. Je suis propriétaire d’officines et une pharmacie qui font des milliards de chiffres d’affaire. Une source de revenu qui me permet d’avoir tout ce que je veux. Sans compter mon salaire et primes de ministre durant dix ans et six mois», a-t-il expliqué. Et de jurer d’avoir acquis tous ses biens à la sueur de son front. « Je n’ai rien détourné et je m’en suis jamais enrichi de fonds de l’État. Comment s’enrichir avec des fonds de l’Etat lorsque tous les budgets et paiements sont faits par le ministère de l’Économie et des Finances. Je ne suis pas celui qui vit de deniers publics. Jamais ! Je ne me reproche honnêtement de rien », ajoute-t-il.
La maison de tous les litiges
La Cour dirigée par Francis Kova Zoumanigui lui demande quand il a acquis ses 4 parcelles à Conakry. « Quand j’étais ministre, sur la base de mes revenus personnels », rétorque le prévenu.
Me Faya Gabriel Kamano, avocat de l’Agent judiciaire de l’Etat (partie civile), a estimé que le salaire de dix millions mensuels du ministre pendant dix ans et six mois ne lui permet aucunement de s’offrir autant de biens. Ibrahima Kourouma assure que sa pharmacie lui suffisait largement de s’offrir des biens, sans son salaire et primes. Me Kamano a sollicité la comparution d’Amara Kourouma, le frère d’Ibrahima Kourouma (Directeur général du Crédit rural), sur la maison qu’il lui avait rachetée à Lambanyi à 200 millions de francs guinéens.
« Une demande inopportune, c’est un dossier déjà informé. On a pris tout le temps, pourquoi la partie civile n’avait pas demandé cela pendant tout ce temps ? Nous avons besoin d’avancer », a déclaré Me Soufouane Kouyaté, du collectif d’avocats de l’ancien ministre. « Ce n’est pas une demande de trop. Elle a tout son sens », rétorque Aly Touré, le procureur spécial de la Crief.
Finalement, la Cour a tranché : Amara Kourouma doit produire le titre foncier de la maison.
Elle a renvoyé l’affaire au 20 janvier, pour la production du titre de propriété de la maison de Lambanyi, les références des comptes bancaires (Ecobank et VistaGui) du prévenu, ainsi que pour la réquisition et des plaidoiries.
Yaya Doumbouya


