Le procès d’un ancien paramilitaire du régime de Yahya Jammeh, poursuivi pour le meurtre du journaliste, correspondant de Reporters sans frontières (RSF), Deyda Hydara, s’est ouvert le 15 janvier en Gambie, marquant une avancée judiciaire majeure vers la manifestation de la vérité. RSF appelle les autorités judiciaires gambiennes à mettre tout en œuvre pour que justice soit enfin rendue, en établissant clairement les responsabilités, plus de 20 ans après les faits.
Ancien chef des “Junglers”, une unité paramilitaire du régime de Yahya Jammeh en Gambie, Sanna Manjang, a été arrêté le 29 novembre 2025 au Sénégal, lors d’une opération conjointe des forces de sécurité des deux pays, puis extradé à Banjul. Il avait été inculpé en 2017, entre autres, du meurtre du journaliste Deyda Hydara, co-fondateur du journal The Point et correspondant de RSF et de l’Agence France-Presse (AFP). Son procès s’ouvre ce jeudi 15 janvier.
Le 16 décembre 2004, le journaliste Deyda Hydara a été abattu de plusieurs balles au volant de sa voiture, sur le chemin du retour de son travail, à Kanifing, près de Banjul. Le journaliste était notamment connu pour sa chronique “Good morning Mr. President”, dans laquelle il analysait sans complaisance la gouvernance du pays. L’enquête ouverte à l’époque par l’État a été clôturée en moins d’un mois sans aucune arrestation. Ce n’est qu’après la chute de Yahya Jammeh, en 2017, qu’un mandat d’arrêt a été émis contre Sanna Manjang. En juillet 2019, le lieutenant Malick Jatta, membre des Junglers avait affirmé devant la Commission vérité, réconciliation et réparations (TRRC) mise en place après la chute de Yahya Jammeh : « nous avons tiré, moi, Alieu Jeng et Sanna Manjang.”
« L’ouverture du procès d’un haut responsable de la terrible unité paramilitaire du dictateur Yahya Jammeh marque un tournant décisif dans la quête de vérité et la lutte contre l’impunité entamée depuis plus de 20 longues années. Nous appelons les autorités judiciaires gambiennes à faire de ce procès un moment de vérité et de justice pour Deyda Hydara, sa famille et la profession. Tous les responsables et commanditaires de ce crime odieux doivent être clairement identifiés et condamnés à des peines exemplaires pour que plus jamais aucun journaliste ne soit l’objet de représailles pour avoir fait son travail », a déclaré Sadibou Marong, Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF.
Lors des travaux de la Commission, “Sanna Manjang était l’un des noms mis en cause dans tous les témoignages”, se rappelle Baba Hydara, journaliste et fils de Deyda, joint par RSF. Tout en saluant l’ouverture du procès, il exprime le souhait que “tous les Junglers soient poursuivis en justice dès que possible, car la plupart des victimes perdent peu à peu leur intérêt dans leur quête de justice, voire finissent parfois par mourir”. Un souhait que partage Pap Saine, ami de longue date et co-fondateur avec Deyda Hydara de The Point, pour qui le procès doit permettre de “révéler davantage de faits concernant cet incident et d’autres violations des droits humains qui ont eu lieu dans le pays”, particulièrement sous le règne de Yahya Jammeh, actuellement en Guinée Equatoriale, dont RSF continue de demander l’extradition en Gambie.
En 2023, Bai Lowe, un autre membre des Junglers a été condamné par la justice allemande, à la prison à perpétuité après avoir reconnu, notamment, sa participation à l’assassinat de Deyda Hydara. Le 15 mai 2024, Ousman Sonko, ancien ministre gambien de l’Intérieur, a également été condamné en Suisse à 20 ans de prison pour crimes contre l’humanité, dont des actes de torture sur deux journalistes, Madi Ceesay et Musa Saidykhan.
La Gambie occupe la 58e place au Classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières en 2025.
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