Le 20 janvier, le parquet spécial de la Cour de répression des infractions économiques et financières-Crief a requis la confirmation de la décision de première instance dans l’affaire opposant Ibrahima Kourouma à l’Etat guinéen, représenté par son Agent judiciaire.

Ibrahima Kourouma, ancien ministre de l’Enseignement pré-universitaire et de l’Alphabétisation, avait été condamné à quatre ans de prison en instance, le 14 mai 2025 par la Chambre de jugement de la Crief, pour enrichissement illicite. Mais, il avait été relaxé par rapport à la charge de détournement de deniers publics. L’ancien ministre d’Alpha Condé est accusé d’avoir détourné plus de 612 milliards 520 millions de francs guinéens et de 12 millions de dollars américains. Il séjourne en prison depuis le 21 avril 2022.

Après la fourniture des références bancaires et le titre de propriété de la maison de Lambanyi du prévenu, le président de la Chambre des appels, Francis Kova Zoumanigui, a clos les débats et ouvert la réquisition et les plaidoiries.

Aly Touré, le procureur spécial de la Crief, a argué que bien que la décision en instance n’ait pas tenu compte de toutes ses préoccupations, mais le droit avait été dit. « Nous sommes satisfaits du jugement, car notre objectif a été atteint : il a été condamné à 4 ans de prison pour enrichissement illicite. Nous demandons de confirmer ce jugement de première instance », requiert-il.

Me Pépé Antoine Lama, de la partie civile (Agent judicaire de l’État), ne gobe pas le fait que le prévenu ait été condamné en première instance pour enrichissement illicite et relaxé pour détournement de deniers publics. « C’est une contradiction contre laquelle nous avions interjeté appel. L’enrichissement illicite découle de détournement de deniers publics. » Selon lui, Ibrahima Kourouma aurait géré plus de 612 milliards de francs guinéens, sans justifs. L’enveloppe était allouée, entre autres, à la rénovation des écoles, à l’achat des fournitures, à l’organisation des examens nationaux de fin d’année. Et de plaider la restitution des fonds « détournés » et une réparation de 5 milliards de francs guinéens. Il demande à la Chambre d’infirmer la charge de détournement de deniers publics, de retenir le prévenu dans les liens de culpabilité d’enrichissement illicite et de confisquer ses biens.

Accumulation des biens ?

Son coéquipier, Faya Gabriel Kamano, croit qu’Ibrahima Kourouma a acquis tous ses biens pendant qu’il était ministre. Il y a, soutient-il, une adéquation entre la valeur de ses biens et son revenu en tant que ministre. « Le gap est inexplicable. Il a acquis et accumulé des biens. »

Me Adams Salomon Camara, de la défense, dénonce le caractère irrégulier et incomplet du rapport d’Inspection générale d’Etat ayant conduit son client à la barre. « Le revenu des trois dernières années de la pharmacie d’Ibrahima Kourouma a engrangé plus d’un milliard de francs guinéen. Il avait une vie avant qu’il ne soit ministre », souligne-t-il. Et de plaider la confirmation de la décision de première instance sur le détournement de deniers publics et d’infirmer celle sur l’enrichissement illicite ou à défaut de le condamner au temps mis en détention. Son coéquipier, Me Soufouane Kouyaté, croit qu’il « n’y a absolument rien dans le dossier. Il a été privé de sa liberté depuis près de 4 ans, il faut le relaxer en ce qui concerne l’enrichissement illicite. »

Le président Francis Kova Zoumanigui a renvoyé l’affaire au 10 février, pour décision être rendue.

Yaya Doumbouya