Mamadi Doumbouya a prêté serment avant d’être investi président de la République, le 17 janvier au Stade Général Lansana Conté de Nongo (commune de Lambanyi, à Conakry). Une première manche remportée, sur plusieurs autres qui l’attendent tout au long de son septennat.

Maintenant qu’il a remporté la bataille pour son maintien au pouvoir, que fera le tombeur d’Alpha Condé de sa victoire ? Mamadi Doumbouya passera les sept prochaines années de son mandat à répondre à la question. Depuis son arrivée au pouvoir par les armes, un matin de 5 septembre 2021, il a dû se battre pour garder son fauteuil. Lui qui ne devait pas se porter candidat aux élections devant favoriser le retour à l’ordre constitutionnel.

Parmi ses opposants qui tenaient mordicus au respect de cet engagement solennel, certains se sont exilés ; d’autres ont disparu ou sont en prison. De quoi laisser le champ libre à Mamadi Doumbouya, dont l’élection lors de la présidentielle du 28 décembre dernier n’aura été qu’une formalité.

« Ce verdict des urnes vous confère une légitimité incontestable. Cependant, la légitimité électorale, si elle est une condition nécessaire, n’est pas une fin en soi. Elle est le prélude à une responsabilité écrasante, celle d’incarner l’État, d’assurer sa continuité, de garantir l’indépendance nationale et l’intégrité du territoire », a déclaré à juste titre le premier président de la Cour suprême.

Fodé Bangoura, qui a présidé la cérémonie de prestation de serment et d’investiture devant huit chefs d’État africains et des délégations étrangères (France, Chine, Etats-Unis…), a également rappelé au nouveau président de la République : « Vous vous êtes présenté à la Nation non seulement comme un chef, mais également comme un bâtisseur. C’est une mission à la fois noble et redoutable. Si le maçon bâtit avec de la pierre et du ciment, vous bâtissez avec l’espérance des hommes et l’avenir du peuple. »

Soumission de l’État à l’autorité de la loi

Un discours imagé et subtile qui met en exergue la délicatesse de la charge présidentielle. Jusque-là, Mamadi Doumbouya a gouverné comme il a pris le pouvoir : par la force. Si cela lui a réussi, puisqu’il est parvenu à ses fins, va-t-il néanmoins faire preuve d’ouverture et de clémence envers tout le monde, y compris vis-à-vis de ses adversaires les plus irréductibles ? En passant de chef de transition à président de la République, beaucoup de choses changent. Et les magistrats de la Cour suprême n’ont pas manqué de rappeler à l’ex-commandant des Forces spéciales ses nouvelles charges au regard de la Constitution qu’il a lui-même fait adopter.  

Le procureur général Sidy Souleymane Ndiaye s’est certes montré élogieux en dépeignant un « expert en sécurité, pétri d’intégrité et animé par la ferme volonté de servir son pays. Il incarne l’alliance parfaite entre le respect de la tradition et l’ambition d’une Guinée moderne. Officier de carrière formé dans les plus prestigieuses académies internationales, il a forgé son leadership à travers des missions d’élite et des responsabilités majeures au sein des Forces spéciales. A la tête de l’État guinéen depuis quatre ans, M. Mamadi Doumbouya a relevé le défi historique du retour du pays à l’ordre constitutionnel. »

Toutefois, le procureur général n’a pas manqué d’attirer l’attention du président de la République sur le sens du serment, cette « promesse solennelle faite devant une autorité, par laquelle une personne s’engage à dire la vérité, à remplir une fonction fidèlement, ou à respecter une loi ou un devoir. […] C’est pourquoi le serment est sanctionné. »

Sidy Souleymane Ndiaye de se vouloir plus précis : « En prêtant serment, vous vous engagez pleinement à ce que l’exercice des pouvoirs du président de la République soient constamment encadrés par le droit. Ainsi, en donnant votre parole solennelle de respecter la Constitution, vous vous engagez à promouvoir et à protéger les libertés publiques et les droits fondamentaux. Ce passage est très important, M. le président de la République élu. La justice sait compter sur vous pour que vous respectiez ces dispositions de la Constitution. »

« Protecteur du faible »

Fodé Bangoura a de son côté rappelé que la Constitution « n’est pas un simple document juridique ». « Cette Loi fondamentale institue un équilibre des pouvoirs que vous aurez le devoir impérieux de respecter. En tant que clé de voûte des institutions, il vous appartiendra de veiller à ce que l’Exécutif, le Législatif et le Judiciaire concourent, chacun dans sa sphère, à l’idéal commun, sans jamais empiéter sur les prérogatives des autres. La justice, au nom de laquelle je m’exprime ce jour, sera votre allié tant que le Droit sera votre guide. Une justice forte et indépendante est le pilier d’une paix sociale et la garantie de la sécurité des investissements nécessaires à notre développement économique. Nous attendons de vous que vous soyez le garant de cette indépendance, non par la protection des juges mais par la soumission de l’État lui-même à la règle de Droit. Le serment que vous allez prêter est un engagement d’honneur devant la Nation et devant l’Histoire. Il vous lie juridiquement et moralement. Vous devenez le président de toutes les Guinéennes et de tous les Guinéens. Le protecteur du faible, le garant de l’unité nationale et le serviteur de l’intérêt général. »

Après ces mots, le président s’est levé et a levé la main droite pour prêter le serment prévu à l’article 59 de la Constitution en ces termes : « Moi Mamadi Doumbouya, Président de la République élu, je jure devant Dieu et devant le Peuple de Guinée, sur mon honneur : de respecter et de faire respecter scrupuleusement la Constitution, les lois, les règlements et les décisions de justice ; d’exercer loyalement et dignement les fonctions qui me sont conférées dans l’intérêt supérieur de la Nation ; de ne jamais recourir aux pouvoirs qui me sont dévolus à des fins personnelles ; de préserver, en tout lieu et en toute circonstance, la paix, la cohésion sociale et l’unité nationale ; de défendre les Institutions de la République, l’intégrité du territoire et l’indépendance nationale. En cas de parjure, que je subisse la rigueur de la loi. »

Le premier président de la Cour suprême de reprendre la parole par une prière : « Puisse votre serment apporter à la Guinée la paix, la prospérité et la justice que chaque citoyen appelle de ses vœux. »

Le Grand Chancelier des ordres nationaux, le général Ibrahima Diallo, a procédé à la remise des attributs du pouvoir : la cocarde, la Croix de l’ordre national du mérite, le collier d’or.

Déclaré installé dans ses nouvelles fonctions, Mamadi Doumbouya a repris la parole. Dans une brève allocution, il a dit dédier son mandat aux femmes et à la jeunesse. « En ce jour solennel, mon cœur est rempli d’émotion, de gratitude et d’humilité. Je mesure pleinement la responsabilité immense que le peuple de Guinée vient de me confier. […] Ce mandat n’est pas un honneur personnel, c’est un engagement envers les Guinéennes et les Guinéens. Je m’emploierai à répondre aux attentes de tous. La Guinée est une et indivisible. Elle le restera. »

C’est tout le mal qu’on souhaite au nouveau président de la République.

Diawo Labboyah Barry