Alors que le géné-râle Mamadi Doum-bouillant, vainqueur de la présidentielle du 28 décembre dernier, est déjà investi Prési de la roue-publique, pour un septennat qui s’annonce déjà palpitant, les arrestations et autres restrictions continuent de plus belle. A l’apaisement attendu, le CNRD oppose la force, au moment où bon nombre de Guinéens trépignent d’impatience de voir le bled aller à une détente.
De prési du Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) et de la transition, Mamadi Doum-bouillant passe Prési de la roue-publique. Lui et ses lieutenants, bidasses, ayant réussi à blanchir leur putsch par un scrutin dont le résul-tare laissait peu de place au doute. Le Chef de l’Etat, disposant pratiquement de tous les leviers institutionnels, peut ouvrir une nouvelle page politique : celle de l’apaisement, du dialogue et de la réconciliation nationale. Il a désormais l’occasion de changer d’approche, en tendant la main à l’opposition, libérant les détenus politiques ou en renonçant aux méthodes coercitives. L’apaisement semble aussi être le souhait de plusieurs Guinéens, qui y voient l’unique occasion d’aller à une réelle décrispation: «Le dernier chantier que le Président de la République doit initier, c’est d’apaiser la Guinée, mettre la balle à terre, trouver une formule pour apaiser le pays», explique le sociologue, Alpha Amadou Bano Barry. Il estime qu’il revient au Doum-bouillant de trouver la meilleure formule pour reprendre la main et enclencher les choses: «L’essentiel pour les Guinéens, au moins pendant les trois prochaines années, est d’être dans une situation de paix sociale, syndicale et politique, afin de lui permettre de travailler et d’arrêter la chienlit dans laquelle nous sommes depuis très longtemps.»
L’apaisement, indispensable ?
A la cérémonie d’investiture du nouveau Prési de la roue-publique, le 17 janvier, l’avocat gênant près la Basse-cour suprême et le prési de la juridiction ont insisté sur la charge qui incombera Mamadi Doum-bouillant. Le Chef de l’Etat, s’il n’a pas clairement promis l’apaisement dans son laïus d’investiture, a tendu la main à toutes les entités, politiques comme sociales. Son appel fait écho chez certains partis politiques. Le Bloc libéral, formation ayant participé au scrutin du 28 décembre dernier, estime que c’est le bon moment: «La confrontation n’a jamais arrangé les choses. Le dialogue et l’entente sont nécessaires. J’ose croire que le Président ira dans ce sens. Nous sommes ouverts au dialogue. Le nouveau gouvernement gagnerait à s’y engager rapidement», assure Ibrahima Mbemba Bah, chargé de Com du parti.
Contraste entre discours et réalité
Si bien des Guinéens estiment que le temps est venu pour le pouvoir Doum-bouillant de passer l’éponge, celui-ci ne semble pas, malgré les laïus, s’inscrire dans une dynamique de décrispation. Les signaux envoyés sont du moins contradictoires. Les autorités appellent régulièrement à l’unité nationale, à la paix sociale et à la cohésion, mais des enlèvements ciblant des opposants ou leurs proches continuent de s’opérer. Des disparitions nocturnes, entourées de silence, sapent les promesses d’un État de droit. Ce contraste fait dire à Souleymane Souza Konaté, coordinateur de la cellule de Com de l’UFDG, que le pouvoir n’est pas prêt à changer : «L’instauration délibérée d’un climat de peur, de terreur et d’insécurité à travers des enlèvements brutaux, des arrestations arbitraires et des intimidations constantes démontre sans équivoque que la junte n’a ni la volonté ni l’intention d’aller vers l’apaisement.» Il se moque de ceux qui croient encore au discours des autorités : «Ceux qui ont cru à une prétendue main tendue, qui n’a jamais existé autrement que dans les discours, ont désormais la preuve éclatante de la duplicité du régime.» Selon lui, le changement n’est possible qu’avec le départ du CNRD. Un poing, c’est doux !
Pourtant la libération des prisonniers politiques, la fin des arrestations arbitraires, un retour sécurisé des opposants et le respect des libertés publiques seraient perçus comme des gestes de bonnes volontés du pouvoir.
Yacine Diallo



