Face au tollé suscité par une vidéo d’élèves à Kamsar, la Direction préfectorale de l’éducation, de l’enseignement technique et de la formation professionnelle de Boké sévit contre les personnes suspectées. Une sanction diversement accueillie.
Après la bastonnade impliquant des élèves à Labé, l’école guinéenne est à nouveau secouée par un autre scandale de mœurs. Cinq élèves des lycées N’Dama et Mohamed VI de Kamsar, dans la préfecture de Boké, ont enregistré et publié sur les réseaux sociaux, une vidéo où elles confessent notamment leurs aventures avec parfois leurs enseignants.
Les concernées ont lancé un challenge qu’elles ont appelé : « On écoute, mais on ne juge pas ». Elles s’y relaient pour dévoiler leurs secrets, provoquant au passage l’ire des internautes. D’aucun y ont vu une dépravation des mœurs, d’autres perçoivent la vidéo comme la preuve du laisser-aller dans les établissements scolaires.
Les dénonciations sur la toile ont poussé les autorités éducatives de Boké à brandir le bâton contre les élèves fautives. La DPE/ETFP considère que les propos tenus dans la vidéo nuisent fortement aux valeurs morales, à la discipline scolaire et à la réputation de l’école guinéenne. Elle s’insurge également contre une violation manifeste du règlement intérieur et du code de bonne conduite en vigueur.
Élèves renvoyées, encadreurs remplacés
« Il nous a été donné de constater avec regret, à travers les réseaux sociaux, la diffusion de vidéos dites insolites mises en scène, réalisées dans une concession familiale à la cité CBG et publiées par des filles alors qu’elles sont toutes élèves régulièrement inscrites au sein de nos établissements. Après vérification des faits, auditions et analyse des vidéos par l’administration scolaire, il ressort que le contenu de ces vidéos porte gravement atteinte aux valeurs morales, à la discipline scolaire, ainsi qu’à l’image et à la réputation de l’école guinéenne. En dépit des efforts de sensibilisation régulièrement menés sur l’utilisation responsable des réseaux sociaux, ces actes ont persisté et ont suscité une large diffusion préjudiciable à la communauté éducative », flétrissent les autorités éducatives.
La Direction préfectorale de l’éducation de Boké se veut ferme. Histoire de prévenir la récidive et dissuader les autres candidats. Les fautives sont renvoyées de l’école guinéenne « du 16 février au 3 juillet 2026. Toute réintégration sera conditionnée par un engagement écrit et signé par les deux parents. »
Sanction disproportionnée ?
L’encadrement du Lycée N’Dama, dans lequel quatre des cinq filles étudiaient, en a également eu pour son grade. Il est remplacé avec effet immédiat.
Si les auteures de la vidéo ont fait l’unanimité contre elles à cause des propos qu’elles ont tenus, beaucoup estiment que la sanction est disproportionnée. Ces derniers ne comprennent pas que des élèves, bien que fautives, perdent carrément leur année scolaire. L’autre scandale concerne le Lycée N’Dama et son administration. Là également, l’on ne comprend pas qu’un établissement et ses responsables soient sanctionnés pour une vidéo faite en dehors de l’école. Sans compter que la DPE/ETFP n’a donné aucune suite judiciaire aux déclarations selon lesquelles certaines filles auraient entretenu des relations intimes avec certains de leurs enseignants.
La décision a fait sortir la coordination de l’ONG Tournons la page. L’organisation se dit profondément préoccupée par la décision de la Direction préfectorale de l’Éducation nationale de Boké : « Nous reconnaissons que les contenus diffusés peuvent être considérés comme inappropriés, mais nous estimons que les mesures prises sont disproportionnées et peuvent avoir des conséquences graves sur l’avenir de ces jeunes filles. »
La Coordination nationale de TLP-Guinée estime que l’éducation et la sensibilisation sont les meilleurs moyens de promouvoir « les valeurs de respect et de responsabilité auprès des jeunes. » Elle demande aux autorités de prendre des mesures en collaboration avec les organisations de la société civile pour « renforcer l’éducation aux médias et à la citoyenneté active dans les établissements scolaires, plutôt que de recourir à des sanctions excessives qui peuvent nuire à l’avenir de ces jeunes filles. »
Yacine Diallo



