Le procès complémentaire du massacre du 28 septembre 2009 s’est poursuivi ce mardi 17 février au tribunal criminel de Dixinn, délocalisé à la Cour d’Appel de Conakry. Dans ce dossier du Colonel de gendarmerie Bienvenu Lamah, les victimes continuent de défiler à la barre, pour expliquer ce qu’elles ont subi au stade de Dixinn, lundi 28 septembre 2009.

Au total, cinq victimes ont témoigné. Elles ont narré des scènes macabres et une cruauté des forces de défense et de sécurité ainsi que des agents en civil que les parties civiles présentent comme les recrues de Kaléyah (des militaires en formation dans la préfecture de Forécariah, au sud de Conakry).

Après le témoignage de la victime Alsény Diallo, né en 1987 à Kindia, Mamadou Dian Bah, les cheveux blanchis, est passé à la barre. Il a déclaré qu’il est arrivé au stade à 7h du matin. Déjà, des policiers et gendarmes en nombre ceinturaient le stade. Selon lui, les premières échauffourées ont débuté devant lui. Mamadou Dian affirme avoir vu des agents en civil habillés en maillot Chelsea avec des flèches et des couteaux en main. Il s’en est sorti avec une fracture au bras droit.

Hafsatou Bah

« On m’a extrait la balle, sans anesthésie »

Hafsafatou Bah, 15 ans à l’époque des faits, a été victime de coups et blessures à Dixinn-Terrasse. « On m’a bastonnée et j’ai reçu une balle », a-t-elle entamé, avant d’expliquer que tôt le matin du 28 septembre 2009, au niveau de Bambeto, il y avait une foule s’ébranlant vers le stade, dans une ambiance bon enfant. Une sœur l’avait dissuadée d’y aller. Mais à cause de l’atmosphère bon-enfant, elle a suivi la foule pour le stade. « Nous sommes arrivés, les tirs avaient déjà commencé. Nous étions déjà aux alentours du stade, au niveau de la terrasse. Dans la débandade, j’ai suivi mes grandes sœurs dans le quartier, nous cherchions à nous sauver. Entre temps, j’étais blessée, j’avais reçu une balle sur la cuisse droite. En traversant un caniveau, je suis tombée, c’est là que j’ai su que j’étais blessée, le sang jaillissait. Les forces de l’ordre m’ont trouvée là-bas. Les agents m’ont frappée, m’ont piétinée au dos. Un leur a dit de me laisser : « C’est une petite », leur a-t-il dit. Ils m’ont laissée là. Des jeunes sont venus me prendre, ils m’ont transportée. C’est comme ça j’ai pu quitter, pour rentrer. On m’a envoyée dans une clinique, le médecin a extrait la balle sans anesthésie. Après 5 jours, je suis allée à Donka pour continuer le traitement, près de deux semaines après, mais j’avais peur. Puisque tous les jours, des blessés par balles et par armes blanches mourraient. Je pensais que tous ceux qui étaient blessés allaient mourir, c’est comme ça que j’ai demandé à quitter l’hôpital Donka, on m’a délivré un certificat médical… »  

Mamadou Sidy Barry

« J’ai fait le mort »

Quant à  Mamadou Sidy Barry, alors membre de la garde de l’UFDG, il explique que la veille il a dormi à Dixinn dans l’intention d’aller au stade. Ainsi, tôt le matin du lundi 28 septembre 2009, avec ses  amis, ils se préparaient pour aller. Mais entre-temps, il est allé prendre son petit déjeuner. Ses amis sont allés au stade sans lui. « J’ai couru pour aller les rejoindre avec les leaders politiques Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré. Nous sommes allés à l’intérieur du stade. Il y avait l’ambiance, les gens dansaient, chantaient, certains priaient. Quelques minutes après, j’ai vu du gaz lacrymogène, ensuite des tirs ont commencé à retentir. C’était la panique totale. Quand nous descendions les escaliers, j’ai reçu une balle à la cuisse gauche, les militaires m’ont tapé sur mes narines, sur la tête, je suis tombé en état d’inconscience. J’ai entendu quelqu’un dire : tue-le ! J’ai fait le mort. Un militaire m’a tapé sur la tête avec un coup de croche. Je me suis évanoui. Je ne sais pas comment je me suis retrouvé à l’hôpital Donka. C’est après qu’on m’a dit que c’est la Croix-Rouge qui m’a transporté…»

« Un militaire a tiré à bout portant sur moi »

Mamadou Saliou Baldé, septuagénaire, chauffeur de son état, s’est présenté à la barre, fatigué, portant les séquelles d’une balle qui l’a rendu handicapé à vie, selon lui. Il relate que le mercredi 30 septembre 2009, il a quitté son domicile  de Kissosso avec son fils, pour se rendre à Enco 5, déposer une batterie à la charge. « J’ai trouvé que c’était fermé. Je rentrais à la maison, lorsque des pick-up militaires sont arrivés, un militaire a sorti son arme et a tiré sur moi à bout portant. Les gens sont venus m’aider, pour aller dans une clinique à Kissosso. Les militaires nous ont poursuivis à la clinique et ils voulaient me récupérer. Les gens du marché se sont interposés. Là-bas, on m’a admis au bloc, j’ai subi une intervention chirurgicale ».

Mamadou Saliou Baldé

Mamadou Saliou a précisé qu’une balle a traversé son bras gauche, une autre s’est logée dans son dos, une troisième balle au niveau ses côtes,  en passant par ses intestins. D’ailleurs sa rate aurait été « coupée, ses  muscles aussi. Je suis resté dans la clinique, mais ça n’allait toujours pas. On m’a envoyé à Donka… »

Toutes les victimes disent traîner encore des séquelles des atrocités qu’elles ont subies.

Mamadou Adama Diallo