Le 18 février, Moussa 2 Kamissoko, actuel dirlo gérant de la Banque nationale d’investissement de Guinée-BNIG, a comparu à titre de renseignement devant la Chambre de jugement de la Cour de répression des infractions économiques et financières-Crief. Il affirme avoir relevé des zones d’ombre et des anomalies dans la gestion de son prédécesseur Alpha Mohamed Kallo.
Ibrahima Tounkara, Alpha Mohamed Kallo, Maurice Eugène Alécaut et Afriland First Bank, les sociétés Ejico et Djoliba pêche sont poursuivis par l’Etat guinéen pour des faits présumés de « détournement de deniers publics, de corruption d’agents publics, d’enrichissement illicite, de blanchiment de capitaux, de faux et usage de faux en écritures publiques, d’atteinte à la liberté d’accès et de l’égalité des candidats dans les marchés publics, complicité et recel ». Le tout porte sur plusieurs milliards de francs glissants, Alpha Mohamed Kallo, est le principal mis en cause.
A l’audience du 18 février, Moussa 2 Kamissoko, nommé à la tête de la BNIG en avril 2022, a déclaré n’avoir trouvé ni service de contrôle ni comité d’audit encore moins un système d’informations bancaire. Pourtant, rappelle-t-il, assurer la conduite normale de la banque conformément aux normes requises, veiller à la mise en œuvre correcte des directives définies par le Conseil d’administration, entre autres, relèvent du dirlo de la BNIG, en l’occurrence son prédécesseur. Interrogé par le juge Yagouba Conté sur la procédure d’octroi de crédit, Moussa 2 Kamissoko affirme qu’un dirlo gérant de la BNIG ne peut, à lui seul, en principe, octroyer de crédit à un client. « Les bonnes pratiques en la matière ne le voudraient même pas », soutient-il.
Sur la passation des marchés publics, l’actuel dirlo de la BNIG précise qu’il y a des marchés à passer via un appel d’offre restreint, il y en a à passer par un appel d’offres en bonne due forme, tout dépend, argue-t-il, du montant en question. « C’est le directeur général qui signe les marchés, mais il y a des préalables et des règles à respecter », affirme-t-il.
Clients non identités
Selon lui, Ibrahima Tounkara (un prévenu, en fuite) qui serait le dirlo des ressources humaines dans l’équipe de Kallo, serait parti avec toute la documentation. « A notre arrivée, il n’y avait pas d’archivage correcte. On n’avait pas une visibilité de la gestion passée. Malgré tout, nous avions fait un état des lieux, avec l’aide de l’Inspection générale d’Etat. Ce qui nous a permis de constater des zones d’ombre et des incompréhensions », déclare Moussa 2 Tounkara.
Selon lui, neuf milliards de francs glissants ont été payés par la BNIG à Afriland Mangement pour l’assistance technique et des frais d’établissement. « On ne sait pas à quoi cet argent a servi. Le paiement était autour de 6 milliards, mais nous avions bloqué tout, parce que, pour moi c’est des sommes indues. Nous avions également relevé 150 millions sortis des caisses de la GNIG sans système d’informations. Aucun relevé bancaire. Aussi, 119 millions 500 000 ont été décaissés au titre du fonctionnement de la banque, mais le montant n’a jamais été justifié », charge l’actuel dirlo gênant de la BNIG. Selon lui, sur plus de 180 clients de la banque, l’équipe Kallo aurait octroyé de crédit à 64 clients, sans fond de dossier, pour un fonds global de 68 milliards de francs glissants. Pire, poursuit-t-il, aucun des 64 clients ayant perçu de crédit n’aurait été identifié.
Une banque sans organigramme ?
Le substitut du pro-crieur de la Crief, Amiata Kaba, demande si la BNIG peut octroyer un crédit sans garantie. « Non, on ne peut pas le faire. Mais, tous les crédits sauf les dix premiers qui ont été octroyés avant notre arrivée, étaient sans garantie réelle. Pourtant, par principe, c’est un comité d’investissement qui décide de l’octroi de crédit à un client avant que le directeur général ne l’avalise », explique-t-il.
Me Antoine PépéLama de la partie civile (Agent judiciaire de l’Etat), affirme que depuis 4 ans, Alpha Mohamed Kallo gérait la BNIG sans organigramme ni manuel de procédure… Parlant de 68 milliards de francs guinéens « octroyés à des clients sans fond de dossier », l’avocat (sans vinaigrette) soutient « qu’aucun crédit n’a été transmis ni trouvé dans la banque après le départ de Kallo et Cie. Aucun procès-verbal n’a signalé l’octroi de ces prêts. Aucun client n’a remboursé le crédit jusqu’à présent », affirme l’actuel dirlo gérant de la BNIG.
Me Camara Ibrahima Sory, avocat (sans vinaigrette) d’Afriland First Banque, précise que le contrat lie plutôt la BNIG à Afriland Management et non à Afriland First Bank. Une déclaration soutenue par Moussa 2 Kamissoko. Me Jean-Baptiste Jocamey, avocat d’Alpha Mohamed Kallo, obtient de Moussa 2 Kamissoko, que seul le comité d’investissement octroie de crédit à un client, pas le dirlo gérant de la BNIG. « Ce qui met hors de cause mon client Alpha Mohamed Kallo », déclare l’avocat.
Yaya Doumbouya


