El Hadj Ibrahima Barry, ancien journaleux, enrichit de nouveau la littérature guinée-haine. Dans son nouvel ouvrage, « L’Expérience du développement rural en Guinée » (1934-1990), il décrypte les causes du recul agricole du bled et propose des remèdes pour atteindre l’indépendance alimentaire. Un essai critique qui ressasse l’histoire comique guinée-haine de la colonisation aux premières décennies postindépendance. Succulent !
Dans L’expérience du développement rural en Guinée, El Hadj Ibrahima Barry consacre 168 pages à une question fondamentale : pourquoi la Guinée, bled aux terres fertiles, continue d’importer de plus en plus, pour se nourrir ? Or, « il ne devrait pas arriver que sur le plan alimentaire notre pays importe pour se nourrir », écrit El Hadj Ibrahima dès l’introduction de son ouvrage. Ajoute à la préface, feu Thierno Mamadou Cellou Diallo que votre satirique appelait la Grande Cellule: « L’observateur averti qui parcourt la Guinée finit souvent par se poser la question de savoir pourquoi ce pays que l’on dit fertile importe des denrées alimentaires pour nourrir ses citoyens. »
L’ouvrage structuré en quatre parties -agriculture, élevage, eaux et forêts, pêche-met l’accent sur le secteur agricole, considéré comme le socle de l’autosuffisance alimentaire. Pour l’auteur, le constat est net : les réformes menées n’ont pas permis d’installer un modèle productif durable.
De la colonisation à l’ère socialiste, mauvaise transition
Dans son diagnostic sans complaisance du secteur agricole guinéen, El Hadj Ibrahima Barry analyse les échecs du développement rural en Guinée. Avec forces détails, il développe comment une mauvaise transition s’est opérée entre le régime colonial et l’instauration du régime dit socialiste sous Sékou Tyran, entraînant la perte des records de production que le bled détenait dans le domaine. Pourtant, écrit-il, « à l’époque précoloniale, la Guinée se suffisait sur le plan alimentaire. Il existait une production de subsistance certes, mais à l’intérieur de ce qui allait être la Guinée française avec la colonisation, la famine était inconnue. »
L’ancien journaleux a revisité le passé. Il revient sur l’organisation du secteur rural guinéen durant la colonisation, marquée par la mise en place de structures telles que les Sociétés indigènes de prévoyance, de secours et des prêts mutuels agricoles (SIP) ; les Secteurs coopératifs d’aménagement et d’équipements ruraux (SCAER) ; les Sociétés mutuelles de productions rurales (SMPR) et les Sociétés mutuelles de développement rural (SMDR). Après l’indépendance, ces sociétés ont été rapidement éliminées et remplacées. Une transition politique qui sera suivie par de profondes transformations institutionnelles, selon l’auteur. Le départ précipité des cadres (en bois) coloniaux, la reconversion des cadres (en bois) ruraux, l’orientation socialiste de l’économie, auraient, selon lui, fragilisé l’appareil productif national.
El Hadj Ibrahima rappelle qu’avant cette brusque rupture, le bled occupait une place enviable en Afrique l’Ouest dans la production de banane, de café, de cacao et d’arachide.
Après l’indépendance en 1958, le nouvel Etat crée les Centres de modernisation agricoles (CMA), les Coopératives agricoles de production (CAP), les Brigades de type A et B de production, les Brigades mécanisées de production (BMP), les Brigades attelées de production (BAP), les Fermes agropastorales d’arrondissement (FAPA) et les Fermes agricoles communales (FAC) se sont développées puis disparues sans laisser de traces. Elles ont pourtant englouti énormément de sous. La prédominance des décisions politiques au détriment des études techniques a contribué largement à cette dégradation.
L’auteur a aussi examiné pourquoi l’élevage, les eaux et forêts et la pêche ont connu le même sort.
Voyage à travers les quatre régions naturelles
L’auteur fait voyager le lecteur dans les quatre régions naturelles du bled, mettant en lumière les spécificités socio-économiques de chacune. Une approche territoriale qui permet au lecteur de comprendre les disparités de développement et les potentiels inexploités. Barry s’interroge: « Pourquoi la Guinée qui occupait une place de choix dans la production de la banane, du café, du cacao et même de l’arachide en Afrique de l’Ouest a-t-elle perdu sa position ? Que faudrait-il faire pour réhabiliter le pays dans les différents domaines de la production afin qu’il soit alimentairement indépendant de l’aide extérieure ? » El Hadj Ibrahima Barry tente d’apporter des réponses concrètes.
Des réformes inachevées ?
Si le constat est sévère, l’essai ne se veut pas fataliste. El Hadj Ibrahima Barry estime que l’échec historique des politiques agricoles ne devrait pas condamner le bled à la dépendance en denrées alimentaires. En clair, il estime que l’autosuffisance alimentaire, en riz notamment, n’est pas impossible. Les réformes inabouties pourraient être repensées, pour restructurer le secteur rural et revaloriser les terres arables, considérées comme l’un des principaux atouts du bled.
Un auteur engagé dans la transmission
Dans son récit entraînant, El Hadj Ibrahima Barry, en plus d’apporter ses idées pour réussir l’agriculture et l’élevage notamment, ouvre le débat sur des secteurs clés pour réussir le pari du développement en Guinée.

Né en mars 1951 à Douroundin, dans le buisson de Kollé, préfecture de Tougué, El Hadj Ibrahima Barry est diplômé en histoire et philosophie de l’Institut polytechnique de Kankan. Ancien de la Radiodiffusion télévision guinéenne (RTG), où il a occupé plusieurs postes de responsabilités, l’ex-chef de cabinet au mystère de l’Info, à ses heures perdues, enseigne aujourd’hui le journalisme à l’Institut supérieur de l’info et de la Com de Kountia.
« L’expérience du développement rural en Guinée » est son quatrième ouvrage. Publié en septembre 2025 par la maison d’édition « Connaissances et Savoirs » (France) et distribué par Hachette Livre, le livre est vendu à 215 000 francs glissants, (168 pages). On le trouve à la Maison du livre, en face de la CMIS (Compagnie mobile d’intervention et de sécurité) de Camayenne (Dixinn).
Mamadou Siré Diallo


