Mes amis, il y a quelque chose de très hilarant pour le nouveau gouvernement. Oury Kigna, lui, a touché le jackpot. Le seul Premier minustre démissionnaire, en Guinée, pour être reconduit. Hé Kéla ! Même les téléphones reconditionnés n’ont pas cette seconde vie-là. À fakoudou !
Il est même devenu plus jeune qu’à ses 35 bougies. On dirait que le décret présidentiel était mélangé avec du sérum de jouvence. C’est chat le vrai changement ! Wallahi !
Tous ses ministres sont devenus influenceurs, à force de scroller sur leurs smartphones chics. Le Conseil interministériel, maintenant, c’est mi-réunion, mi-tournage TikTok. D’autres parmi eux finiront par devenir danseurs de ballet, d’après ce qu’on a vu récemment. Les pas de nomination, les pirouettes de soutien, les grands écarts budgétaires… tout y est !
Un minustre même, dit-on, répète devant son miroir :
« Peu-pleut-de-Guinée… » Puis il recommence avec un filtre papillon. À chacun son problème ! Où est le problème ?
Le vrai souci, c’est que maintenant, pour savoir qui travaille, il ne faut plus lire le Journal Officiel… il faut regarder les Reels.
Conseil de cabinet ? – En live. Route inaugurée ? – En slow motion. Signature de partenariat ? – Avec de la musique en fond : “Success! Success!” On Chen fout ! Gouverner est devenu un sport artistique. Et les mouvements de soutien n’en parlons pas…
Avant, ils marchaient. Maintenant, ils dansent, pour se fondre dans la GMD. Avant, ils brandissaient des pancartes. Maintenant, ils brandissent des anneaux lumineux pour selfie. Hé Kéla !
Bref… le pays avance. Oui. Mais parfois en moonwalk administratif. On nomme… on démissionne… on reconduit… on applaudit… on filme… on danse… on recommence. C’est un gouvernement 5G : Gouverner – Gesticuler – Gazouiller – Glamouriser – Gagner des followers. Alléluia !
Mais bon… ne soyons pas ingrats. S’il ne nous développe pas toujours… au moins il nous divertit. Et en période de vie chère, rire est devenu la seule subvention gratuite. À fakoudou !
Il y avait quelqu’un qui disait, la bouche pleine de vérités non homologuées :
– J’ai vu des grands-quelqu’un déclarer leurs fortunes quelque part. Je n’y crois pas du tout. Le Guinéen est intègre… jusqu’à ce qu’on lui confie quelque chose à gérer. Là, il se désintègre plus vite que l’aspirine dans l’eau chaude.
Moi j’étais de dos. Il voulait apparemment tirer ma langue pour vérifier si j’étais journaliste certifié ou influenceur clandestin. Moi j’ai fait mine de ne rien entendre.
Pour moi, son discours n’était qu’une prière suspendue… comme un dossier d’indemnisation bloqué entre deux bureaux climatisés. À fakoudou !
Il a insisté, voix tremblante mais verbe bavard :
– Monsieur le journaliste, quel est ton problème ? Pourquoi tu ne veux pas m’écouter ? Je t’informe que ma femme a accouché avant-hier.
J’ai tourné un œil… pas les deux, faut pas exagérer. Il a poursuivi, dramatique comme un décret sans signature :
– Quelqu’un est venu chez moi pour bénir le nourrisson. Je me suis dit : bon, ça commence bien. En sortant, il a volé mes béquilles.
Hé Kéla !!! Mdr… J’ai failli tomber moi-même. Il a conclu, mains levées vers le ciel :
– Je demande l’aide de l’État, Alabé ! Parce que maintenant, pour bercer l’enfant, c’est moi qui rampe. À fakoudou !
Tout le monde a éclaté de rire. Un rire collectif… un rire libérateur… le genre de rire qui remplace les subventions de notre gouvernement.
Mais quelqu’un, entre deux hoquets, a posé la question la plus dangereuse de la République :
– Mais qui, dans ce pays, est capable de voler les pieds de quelqu’un ?
Silence. Puis le plaignant a répondu :
– Mon frère… en Guinée on vole tout.
Il a commencé à compter sur ses doigts… puis sur ceux des voisins.
– On vole les idées…
– On vole les projets…
– On vole les écrits…
– On vole les nouveau-nés…
– On vole même les chaussures à la mosquée – pied gauche séparé du pied droit !
La foule criait : «Ouais ! Vraiment !» comme à un meeting sans Coyahé. Il a poursuivi, inspiré :
– On vole des tonnes d’or à la banque…
– On vole les budgets…
– On vole les élections…
Puis il a baissé la voix, respect culturel oblige :
– Tu n’as pas vu qu’on a volé un manuscrit de Tierno Monénembo… et avant lui celui de Williams Sassine ? La seule chose qu’on n’a pas volée en Guinée… c’est la pauvreté que nous a léguée Sékou Tyran.
Explosion générale. Rires debout. Rires assis. Rires couchés. Même les béquilles absentes ont ri par solidarité. À fakoudou !
Dans ce maquis où je n’avais rien à foutre, même pas pour ces foutues topettes de whisky frelaté que nous revend Marie-la-Baleine, ça commençait à grouiller comme dans une fourmilière.

Les verres s’entrechoquaient plus que les idées. La fumée dessinait des nuages au plafond. Et chacun refaisait le pays… sans jamais refaire son crédit.
Je regardais tous ces gens-là qui s’autodétruisent avec une discipline militaire. Avec le Ramadan qui arrive, beaucoup d’entre eux vont crever…soit par abstinence d’alcool, soit par nostalgie éthylique aiguë. Parce que pour certains, rompre le jeûne sans bière, c’est comme inaugurer un pont sans ruban : ça manque de solennité.
Soudain, un type m’agrippe l’épaule. Regard rouge, haleine vénéneuse :
– Mon frère… écoute-moi bien ! Si tu veux gagner l’argent de l’État… soit militaire… ou bien marabout. Mais si tu veux gagner l’argent des putes…soit motard !
Je savais déjà que ça allait être grave…ou inutile. Souvent les deux. À fakoudou !
Et pendant que le maquis philosophait, le gouvernement gouvernait. La République tournait, chacun sur sa roue : certains en 4×4. D’autres en béquilles. Hé Kéla !
Moi, je réfléchissais à tout chat-là, le cœur plein de points de suspension, quand un passant m’arrêta net, comme un barrage routier sans panneau :
– Grand, s’il te plaît… où est le bureau du président éli…ou élu…qui sait ?
J’ai plissé les yeux. Pas pour réfléchir, mais pour survivre à la question.
– Qu’est-ce que ti vé de lui ? Ti vé qu’il fasse le jeûne du Ramadan pour toi ? Ou bien ti vé qu’il te donne un sac de riz ? Ou bien un pé d’argent ? Ou encore une bagnole ? Je vois, ti vé qu’il t’apprenne les bonnes manières?
J’ai levé la main :
– Fais doucement mon frère ! Président-là, cé pas caveau de banque hein !
Il a secoué la tête : – Non non, mon frère ! Moi jé lé aime naturellement… comme chat !
Hé Kéla ! Amour présidentiel spontané, sans ordonnance… Phénomène rare.
J’ai soupiré profondément… puis je lui ai dit :
– Moi jé conné pas Biro de Louis… mais jé pé té donné son niiimoro, wallahi !
Ses yeux ont brillé comme un appel d’offre local.
– Faut composer 611… ajouté zéro zéro jusqu’à l’infini (000…0). C’est chat, mon frère. Lui-même va prendre appel-là. À fakoudou !
Tout le monde a éclaté de rire. Les Mandian de la Mosquée sénégalaise, eux, s’affairaient autour d’une offrande sérieuse, pas du genre selfie. Apparemment, quelqu’un n’a pas aimé d’avoir été écarté du gouvernement.
Il est venu donner… ou restituer… un pé de ce qu’il avait volé aux pauvres. Geste spirituel ou recyclage de conscience ?
En tous les cas, chez nos minustres, le repentir arrive toujours après un remaniement. À fakoudou !
Sambégou Diallo



