Les autorités guinée-haines annoncent sans cesse la fermeture de la décharge de Dar-Es-Salam et son transfert à Baritodé dans la commune rurale de Kouriah (Coyah), mais la situation sur le terrain n’a presque pas évolué. La montagne d’ordures tarde à bouger, en dépit des annonces. Reportage.

Vendredi 27 juin, nous avons fait un saut à la décharge de Dar-Es-Salam, pour faire le poing de la situation. Le premier constat est le même : l’immense montagne d’ordures, haute de plusieurs dizaines de mètres, n’a bougé d’un iota. Rien n’est entrepris pour déplacer ou évacuer les déchets. À plusieurs mètres des immondices, une forte odeur nauséabonde embaume les environs. Une épaisse fumée s’échappe en permanence des amas de déchets et se répand dans le voisinage, en dépit des pluies qui arrosent la capitale.

Par ailleurs, des eaux usées s’écoulent à travers de petites rigoles, accentuant ainsi l’érosion, la dégradation de l’environnement. Au cours de notre visite, un camion plein d’ordures est arrivé sur le site. Il a longé la montagne de déchets, avant de déverser son chargement. Preuve que la décharge continue de recevoir quotidiennement de nouveaux déchets. Au sommet de la montagne de rebuts, des gamins fouillent les déchets à la recherche d’objets recyclables, revendables, et s’exposent à des risques sanitaires.

Aussi, nous avons observé la présence de trois à quatre pelleteuses stationnées au pied de la décharge. Une seule tournait, effectuant des travaux de remblayage sur un côté de la route menant à la décharge, sans toucher à la montagne de déchets elle-même. Bien que des engins soient déployés sur le site, la situation demeure pratiquement inchangée. Les nuisances liées aux odeurs, à la fumée et aux eaux usées persistent. Au même moment, les déchets continuent d’affluer sur la décharge.

Vers une solution made in China ?

En déplacement à Shanghai, en Chine, où il a visité une usine de transformation des déchets urbains en électricité, le Premier ministre Amadeus Oury Bah a réaffirmé la volonté du goubernement de trouver une solution définitive à la problématique de l’insalubrité à Cona-cris. Il a notamment fixé l’objectif de mettre en œuvre des mesures concrètes avant la fin 2026. Dans le journal de 20h 30 de la Télé-bidon nationale du 25 juin, le PM a déclaré : « On a l’obligation par rapport à la question de l’assainissement, d’ici la fin de l’année, de trouver des solutions radicales pour la ville de Conakry. Il y a des esquisses, des projets qui sont en cours. Nous allons y travailler. »

Le chef du goubernement a indiqué que plusieurs scénarios sont à l’étude, notamment la suppression de la décharge de Dar-Es-Salam et la réhabilitation du site, en vue de le transformer en parc urbain. Selon lui, des discussions sont déjà engagées avec des entreprises pour concrétiser le projet, afin d’améliorer durablement le cadre de vie et la santé publique dans la capitale.

Par ailleurs, Amadeus Oury Bah a renchéri que les réflexions portent aussi sur une meilleure gestion de toute la chaîne des déchets, de la collecte au tri, avant la transformation. Il a souligné que des partenariats sont en cours de négociation et s’est montré favorable à l’implication d’entreprises chinoises expérimentées dans le domaine. « Ce serait très bien qu’avec les partenaires chinois qui ont une technologie avancée, qu’ils s’insèrent dans le dispositif pour que nous puissions trouver très rapidement des solutions pour la ville de Conakry et pour les autres villes de l’intérieur. Parce que le déchet, ce n’est pas simplement Conakry, c’est pour tout le pays. Donc, il y a un espace de développement et de coopération extrêmement important en ce qui concerne la question de l’assainissement. »

Avec les partenaires chinois, le PM se dit « persuadé qu’il y a un espace sur lequel ils pourront évoluer avec beaucoup plus de bonheur. » Amen !

Mariama Dalanda Bah