Enseignant et activiste très critique sur les réseaux sociaux, Bella Bah a été interpellé dans la soirée du samedi 8 août à Conakry. Connu pour ses prises de position critiques qui suscitent débats et polémiques sur les réseaux sociaux, ses proches sont depuis sans nouvelles de lui.

 C’est son épouse qui a donné l’alerte samedi soir. « Mon mari Bella Bah vient d’être kidnappé à son école », a-t- elle écrit dans un post sur Facebook, exprimant également les inquiétudes de la famille : « Nous sommes très inquiets et sans nouvelles pour le moment. »

Dans une vidéo un peu floue publiée sur Facebook [bloqué depuis le 28 juillet dernier], on voit Bella Bah escorté par des agents de la sécurité encagoulés et sortir dans la cour d’un établissement scolaire, sous les regards des jeunes qui observaient la scène à quelques mètres.

Bien qu’aucune raison officielle ne justifie encore son interpellation, il est à souligner que Bella Bah a vivement critiqué l’imam de la mosquée Fayçal, El Hadj Mamadou Saliou Camara, dans l’un de ses post sur Facebook. À la suite de sa prise de parole, des voix se sont élevées sur le même réseau, pour réclamer des poursuites judiciaires à son encontre.

Le jeune enseignant a annoncé avoir décroché ce post sur sa page, peu avant son arrestation. « Sur la demande de plusieurs personnes que je respecte, j’ai retiré la publication pour éviter des extrapolations ethniques », a-t-il écrit.

Pour l’heure, aucune information officielle n’a été communiquée. Face à la situation, des voix se sont élevées pour dénoncer une arrestation arbitraire et exiger une communication officielle de la part des autorités, le respect de la loi et la libération de l’activiste.

TLP Guinée hausse le ton

Dans une note officielle du dimanche 9 août, la section guinéenne de « Tournons la page » a exprimé son indignation. « Nous apprenons avec une profonde préoccupation l’interpellation, le samedi 8 août 2026, de M. Bella Bah, fondateur d’un établissement d’enseignement secondaire privé et activiste critique, par des hommes en tenue de la gendarmerie nationale cagoulés dans l’enceinte de sa propre école. »

Fustigeant le manque d’information claire sur le lieu de détention et le motif de l’arrestation, l’ONG qualifie cette attitude « d’atteinte grave à l’état de droit » et déclare : « Tout citoyen, y compris ceux qui expriment des opinions critiques, a droit à la présomption d’innocence, à être informé des charges retenues contre lui, et à l’assistance d’un avocat », peut-on lire dans le document.

Tournons la page-Guinée dénonce aussi le mode opératoire, tout en exigeant « la localisation immédiate de M. Bella Bah et l’information de sa famille et de son conseil, le respect strict de ses droits fondamentaux et de toutes les garanties procédurales, sa libération immédiate s’il n’existe aucune base légale à sa détention. »

Elle invite les autorités judiciaires à davantage de responsabilité, afin que la lumière soit faite et que la Guinée « demeure une nation de droit et de justice ».

Plusieurs disparitions et interpellations floues

Rappelons que plusieurs acteurs de la société civile et de la scène politique guinéennes ont été interpellés ou portés disparus, sans aucune information claire, à l’image de Foniké Menguè, Billo Bah du Front national pour la défense de la Constitution enlevés le 9 juillet 2024, du journaliste Habib Marouane Camara, enlevé le 3 décembre 2024. Depuis, leurs proches restent encore sans nouvelles.

Mariama Dalanda Bah