Les superviseurs techniques communaux du Programme national de recensement administratif à vocation d’état-civil (PN-RAVEC) font face à une crise sociale majeure. Privés de salaire depuis plus d’un an, ils dénoncent une campagne d’intimidation, d’arrestations arbitraires et de réquisitions forcées de leurs matériels de travail.
Engagés initialement sur la base d’un contrat renouvelable, avec interdiction d’exercer d’autre activité parallèle, les superviseurs ont vu le versement de leurs salaires s’arrêter brutalement, après sept mois de service.
Joint au téléphone lundi 31 août par La Lance, Amar Baldé, superviseur technique communal à Mombéya, dans la préfecture de Dalaba, explique qu’ au moment de la signature du contrat le salaire était fixé à 5 millions de francs guinéens le mois : « On a travaillé dans ce cadre. Et arrivé à un certain moment, on ne recevait plus nos salaires. Mais on continuait à recevoir toujours les unités pour les crédits téléphoniques. » Et jusqu’à date, renchérit-il, « on n’a aucune notification pour la fin de notre contrat ».
Selon ses calculs, la dette due par l’État à chaque agent à ce jour est estimée à environ 80 millions de francs guinéens. Toutefois, précise t- il, l’administration a continué de leur fournir du crédit téléphonique de service.
Menaces et arrestations
Alors que la grogne montait suite au non paiement des salaires, les autorités ont exigé la restitution immédiate des motos de service par les agents. Face au refus de certains d’entre eux d’obtempérer, les forces de l’ordre et des responsables locaux sont intervenus. Au bout du fil, notre interlocuteur dénonce des cas de détentions arbitraires et de pressions familiales dans plusieurs préfectures du pays : « À Koundara, le préfet a demandé à un agent de s’expliquer et de garer sa moto, sans l’enfermer ; à Guéckédou, six personnes ont été enfermées puis libérées après avoir rendu les motos. »
Amar Baldé poursuit qu’à Youkounkoun, dans la préfecture de Koundara, un autre superviseur a été emprisonné pendant 24 heures. « On l’a pris dans son propre village alors qu’il allait se doucher. Comme il n’avait personne à qui transmettre la moto, il a fallu que nous trouvions quelqu’un pour remettre son véhicule afin qu’il soit libéré. »
Pour Amar Baldé, l’autre inquiétude concerne le comportement de certains coordinateurs. Dans la préfecture de N’Zérékoré notamment (sud de la Guinée), le coordinateur menacerait désormais d’emprisonner les parents des superviseurs qui sont en déplacement de leurs zones, faute d’avoir rendu leurs motos avant.
Saisine de la justice
Face à l’absence de dialogue direct avec la Coordination du Programme national de recensement administratif à vocation d’état-civil (PN-RAVEC), le collectif des superviseurs a décidé d’engager un cabinet d’avocats. « Avant même de saisir le cabinet, nous avions fait des démarches pour pouvoir trouver une solution à l’amiable. Mais ça n’a pas été vraiment facile parce qu’on n’a jamais eu d’interlocuteur. Jusqu’à maintenant, on continue à déposer des lettres, sans réponse. Donc les avocats vont les obliger à prendre contact avec nous. »
Amar Baldé assure que leurs revendications ne visent nullement à confisquer le bien de l’État, mais à reclamer leur droit conformément au travail accompli. « C’est nous qui avons créé le fichier dont la Guinée se vante. C’est notre travail. Qu’on soit reconnu et qu’on soit payé : ce sont les deux choses qu’on demande », martèle-t-il. Et de préciser : « On n’a jamais refusé de rendre les motos, mais il faudrait qu’on ait une garantie qu’on sera payé après avoir rendu les motos. »
Cette crise touche la quasi-totalité des superviseurs régionaux du pays, à l’exception de ceux de la capitale Conakry, dont la majorité a déjà restitué ses équipements.
Les agents de l’intérieur attendent désormais impatiemment le règlement intégral de leurs « arriérés de salaire », conclut Amar Baldé, très remonté.
Mariama Dalanda Bah

