J’ai été témoin et un des Conseillers de feu Premier ministre Sidya Touré. Je m’en voudrais de ne pas apporter mon témoignage, à l’homme qui fit appel à mes services, alors que j’étais expert à la Banque Africaine de Développement, à Abidjan, en 1997. Ce fut un honneur pour moi, de revenir dans mon pays, et de servir à ce haut niveau de responsabilité, et de travailler, au sein d’une équipe pétrie de compétences.
Sidya Touré était animé d’une grande ambition pour la Guinée, il s’était résolument engagé à apporter au pays, les bases d’un développement durable, reposant sur une économie assainie et fiable. Pour lui, la croissance économique devait aller directement dans le panier de la ménagère. La population devrait avoir un habitat adéquat et être bien soigné. (Bien manger, bien logé, et bien soigné). Il exigeait l’excellence en toute chose.
Diplômé de l’école du Trésor de Paris, polyglotte de surcroît, Sidya était un expert de haut niveau des finances internationales. Il était doté d’une grande intelligence renforcée par une expérience avérée. Il était à l’aise avec les chiffres des agrégats économiques. Ses compétences lui permettaient de traiter les grands dossiers de l’État. Son charisme, sa pondération et sa perspicacité à percer les énigmes lui permettaient de convaincre n’importe quel interlocuteur.
Outre les grandes responsabilités qu’il avait occupées au sein du Trésor Public ivoirien, il avait assuré avec brio, la fonction de Directeur de la Caisse de Péréquation en Côte d’Ivoire, avec la grande mission de stabiliser les prix des denrées de première nécessité. À ce titre, il avait l’honneur de discuter une fois par mois avec le Président Houphouët Boigny, pour faire le point sur l’évolution de sa mission, qui était l’une des priorités de celui-ci.
Homme de principe et de rigueur, Sidya Touré exigeait le travail bien fait. Ce caractère l’avait poussé à démissionner au moins à trois reprises, des postes de fonction dans l’administration ivoirienne, chaque fois qu’il était dans une situation contraire à ses principes.
Etant en Afrique Centrale, lors d’une de ces démissions, Houphouët Boigny (Le Vieux, l’appelait affectueusement ‘’le petit Guinéen’’), l’appela pour mettre à profit ses conseils en nommant Alhassane Ouattara, à la tête du Gouvernement ivoirien, alors que la Côte d’Ivoire était en ce moment en proie à des grèves à répétition, qui déstabilisaient et fragilisaient le pays.
Sidya Touré occupa alors, dans l’équipe d’Alhassane Ouattara, le poste de Directeur de Cabinet de la Primature avec rang de Ministre.
En quelques mois, la Côte d’Ivoire repartait sur de nouvelles bases, grâce aux initiatives louables prises par l’équipe d’Alhassane Ouattara, avec Sidya Touré, son collaborateur direct.
Cette période fut caractérisée par d’énormes sacrifices consentis par la Côte d’Ivoire, suite à la politique d’austérité mise en place en ce moment, avec une grande rigueur dans la gestion de la chose publique.

Par ailleurs, ne nous voilons pas la face, la mission de Sidya Touré en Guinée ne fut pas du tout aisée. Elle a été semée d’énormes embûches :
La rigueur et l’austérité qu’il imposait lui a valu beaucoup des inimitiés au sein des administrateurs, ce qui n’était pas du tout étonnant, parce qu’en Guinée, généralement, on aime une chose et son contraire. Autrement dit, on souhaite le changement, mais on n’est pas prêt à accepter les durs sacrifices liés à ces changements ;
L’attitude clanique de certains membres du Gouvernement qu’il n’avait pas nommés,
Le côté le plus décevant pour Sidya Touré fut pour lui le comportement de certains de ses amis d’enfance, qui contribuèrent à le déstabiliser.
Il demanda une fois au Président Lansana Conté, les raisons de sa suspicion envers lui ; celui-ci lui répondit en ces termes : « C’est toi qui m’as présenté tes amis d’enfance. Ce sont les mêmes qui viennent chez-moi, te rapporter et te vilipender. Pourquoi ne pas les croire ? »
Nous savions à la Primature que nous étions sur écoute. L’amertume fut à son comble, lorsqu’une communication entre Sidya Touré et son Banquier d’Abidjan fut relayée dans l’espace publique. Quelle horreur ! C’était scandaleux !
Au niveau management interne, la mémoire de Sidya Touré était ses conseillers. La surface de son bureau était généralement vide. Aucun dossier n’y traînait. Cependant, il avait en dessous de son sous-main, trois rapports, chacun rédigé en deux pages, comme il l’exigeait de ses collaborateurs.
Ces rapports actualisés au jour le jour concernaient les trois axes prioritaires de sa lettre de mission :
- La situation énergétique du pays, avec les dépenses y afférentes. Il y avait l’état d’exécution des projets d’électricité, y compris, la situation de la desserte et de l’éclairage public auquel il tenait tant.
- La situation de l’assainissement du fichier de la Fonction publique et des effectifs y correspondant.
- Les agrégats de la situation financière de la Guinée, notamment de la trésorerie, qui établissait toutes les dépenses et recettes journalières.
À 18heures, ces rapports étaient à jour sur son bureau. C’était là, sa méthode de gestion. Il institua à cet effet, un Comité de Trésorerie : le ministre des Finances, le gouverneur de la Banque Centrale, et lui-même, Premier Ministre.
Je fus convaincu de la grande intelligence de ce Monsieur, lorsqu’il résuma le plan d’austérité proposé par son équipe, de vingt à sept points. Et toutes les propositions de l’équipe s’y retrouvaient.
En dehors de la forte croissance économique obtenue par Sidya Touré, un autre paramètre suffit pour résumer les résultats réalisés, c’est la parité du franc guinéen par rapport au dollar : 1 000 à 1 050 FG, contre un dollar. Chiffre record !
J’étais parfois déçu d’entendre certains cadres dire qu’il avait trouvé toutes ces mesures en place, et qu’il n’avait pas apporté grand-chose. Comme si la confiance qu’il avait rétablie avec les bailleurs de fonds n’était rien. C’est dans cette logique qu’il organisa le Club de Paris, et obtint plus de vingt milliards de dollars de promesse de financement.
Il eût d’énormes difficultés à mobiliser ces financements, à cause du non-respect des clauses de décaissement des bailleurs de fonds, principalement, celle de ramener l’Administration des Grands projets (ACGP) à la Primature, il fut d’ailleurs débarqué prématurément, en si peu de temps.
Je ne saurais en quelques lignes étayer ici, toutes les performances réalisées par ce Monsieur qui était d’une grande stature, et qui, en si peu a fait beaucoup pour son pays.
La mémoire de Sidya Touré mérite considération et respect, il fut un grand patriote qui aimait la Guinée.
Sidya TOURE, va-t-en
Va digne fils de la Guinée
Tes nobles idées prospèrent
Et fleurissent pour les générations futures.
Va en en paix
Homme de conviction et d’honneur
Va en paix, pour un monde meilleur
Que le Miséricordieux t’accorde
Une place à Ses côtés.
Dr Paul FABER, Consultant-Ecrivain/Poète,
Ex-Conseiller à la Primature

