La dépouille de l’ancien Premier ministre et opposant guinéen Sidya Touré est arrivée à Abidjan le 2 octobre, en provenance de Paris. Depuis, sa famille reçoit les condoléances au domicile familial, aux Deux-Plateaux Vallon, où proches, amis et sympathisants politiques se succèdent pour rendre hommage au défunt. Mardi 6 octobre, une dizaine de délégations étaient présentes, dont celle conduite par Cellou Dalein Diallo de l’UFDG.
Le 2 octobre, alors que la Guinée célébrait l’an 68 de son accession à l’indépendance, la dépouille de Sidya Touré a été accueillie au pavillon présidentiel de l’aéroport Félix-Houphouët-Boigny d’Abidjan. Des proches, des membres de sa famille ainsi que plusieurs personnalités politiques ivoiriennes et guinéennes ont fait le déplacement. Des prières et un moment de recueillement ont précédé le transfert du corps à la morgue de Treichville.
Parmi les personnalités présentes, Cellou Dalein Diallo, président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), accompagné de responsables de son parti. Pour l’ancien Premier ministre, la disparition de Sidya Touré est celle d’un proche collaborateur lorsque les deux étaient aux affaires, mais aussi d’un compagnon de plusieurs années de combats politiques. «Nous avons traversé beaucoup d’épreuves ensemble», témoigne Cellou Dalein.

Les deux opposants ont en effet partagé plusieurs séquences de la vie politique guinéenne. Collaborateurs au sein du gouvernement de Lansana Conté, ils sont ensuite devenus des alliés politiques une fois dans l’opposition. Cellou Dalein Diallo se souvient notamment de leur front commun contre le troisième mandat d’Alpha Condé, mais également de leur alliance à l’élection présidentielle de 2010 : Sidya Touré lui avait apporté son soutien au second tour.
«Je suis très affecté»
Une relation qui dépassait la sphère politique. «C’est un collaborateur proche, mais un allié politique avec lequel j’ai mené toutes mes luttes ces vingt dernières années», confie-t-il, évoquant des valeurs communes autour de la démocratie, des libertés publiques et des droits de l’homme.
L’émotion était particulièrement forte à l’arrivée de la dépouille. Cellou Dalein Diallo confie avoir été profondément marqué par la réaction de la sœur du défunt, venue à sa rencontre. Des images montrent les deux se jeter dans les bras l’un de l’autre, en sanglots. «Qu’est-ce que je vais devenir après la mort de mon frère ?», aurait-elle lancé en pleurs à l’opposant. «Je n’ai pas pu retenir mes propres larmes», confie Cellou Dalein Diallo.
Au-delà de son parcours politique, le président de l’UFDG (parti dissous par les autorités guinéennes) insiste également sur l’engagement de Sidya Touré dans le développement de la Guinée. Il évoque notamment ses investissements dans l’agriculture, l’éducation, l’industrie et l’immobilier. Selon lui, le défunt avait à cœur de contribuer au développement du pays, y compris dans des secteurs jugés risqués.
En attendant les obsèques
Depuis le dimanche 4 octobre, le domicile familial de Sidya Touré, situé aux Deux-Plateaux Vallon, ne désemplit pas de personnes venues de partout présenter leurs condoléances. Mardi, de 16 heures à 20 heures, plusieurs délégations se sont succédé auprès de la famille endeuillée. La journée a également été marquée par la présence de nombreux proches et personnalités venus témoigner leur compassion à la famille Touré.

Selon le programme communiqué pour les obsèques, les prochaines étapes doivent se poursuivre à la Grande Mosquée de la Riviera Golf, avant les cérémonies religieuses et l’inhumation à Abidjan.
Dans la capitale ivoirienne, les hommages se poursuivent ainsi autour de la mémoire de celui qui fut Premier ministre de la Guinée de 1996 à 1999 et qui aura marqué la vie politique guinéenne pendant plusieurs années. Président de l’Union des forces républicaines (UFR) jusqu’à sa mort, Sidya Touré a brigué de nombreuses élections en Guinée dont les présidentielles de 2010 et de 2015. Convaincu qu’il était joué d’avance, il avait toutefois préféré boycotter le scrutin de 2020 qui a permis la réélection d’Alpha Condé à un troisième mandat controversé.
Né à Kolon (contrairement à sa biographie officielle qui le présente comme natif de Dimbokro à 240 km au nord d’Abidjan), dans la préfecture de Boffa, Sidya Touré reposera en terre ivoirienne. Un pays qu’il connaît bien pour l’avoir servi sous le défunt président Houphouët-Boigny et lorsque l’actuel chef de l’État, Alassane Ouattara, était Premier ministre. Il vivait exilé en Côte d’Ivoire depuis son expulsion, en février 2022, de sa maison jugée mal acquise par les autorités guinéennes. Mort le 25 septembre à l’Hôpital américain de Paris, à l’âge de 81 ans, Sidya Touré sera inhumé ce jeudi 8 octobre hors de son pays natal. Comme l’a souhaité sa famille, et contre la volonté du gouvernement guinéen.
Aïssatou Bah, depuis Abidjan

