Le très attendu procès de maître Sory Daouda Cas-marrant et de son disciple, Mandjou Sangaré, s’est ouvert le 7 octobre devant la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF). Mais le maintien en détention des deux huissiers de justice a poussé leurs con(.)frères au débrayage, jusqu’à nouvel ordre.
Plus les jours passent, plus Alphonse Charles Wrong s’ouvre de nouveaux fronts. On attend encore les résul-tares de sa croisade contre ceux qu’il accuse de détruire l’environnement dans les zones minières, notamment en Haute-Guinée, ou de s’en prendre à la mangrove en Basse-Guinée. Voilà que le pro-crieur spécial près la CRIEF saute déjà sur un nouveau dossier : celui d’un vieux litige opposant deux huissiers de justice à Ecobank Guinée SA.
La plainte est arrivée sur la table du parquet spécial le 16 juin dernier. Ecobank conteste notamment une procédure de saisie-attribution engagée en 2018, à la suite d’une créance revendiquée par une certaine Halimé Saad Chalhoub contre le Centre commercial Africof. Selon l’accusation, Mandjou Sangaré, alors stagiaire dans le cabinet de Sory Daouda Cas-marrant, aurait établi un procès-verbal constatant un « refus de déclaration de la banque », alors qu’il n’était pas encore assermenté. Le doc aurait ensuite été signé et revêtu du sceau de maître Sory Daouda Cas-marrant.
Dans ce litige, un premier jugement, rendu en novembre 2018, avait déclaré le procès-verbal nul pour « irrégularité ». Cela n’a pas empêché la procédure de suivre son cours, notamment devant la Cour commune de justice et d’arbitrage (CCJA). En 2025, celle-ci a condamné Ecobank Guinée au paiement des causes de la saisie. En mai 2026, un commandement de payer portant sur plus de 4,6 millions de dollars ricains et plus de 3 milliards de francs glissants a relancé le contentieux. La banque n’a visiblement pas voulu avaler cette pilule. D’où son action contre les deux huissiers devant la CRIEF.
« On ne se sent pas en sécurité… »
Le 29 septembre, maîtres Sory Daouda Cas-marrant et Mandjou Sangaré ont été inculpés pour « escroquerie au jugement, faux et usage de faux en écritures publiques et authentiques, usurpation de titre et de fonction, et complicité ». Dans la foulée, ils ont été placés sous mandat de dépôt au nouvel Hôtel cinq étoiles de Coyah. Leur emprisonnement a suscité l’ire de leurs con(.)frères de la Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée. Après le maintien en détention des deux prévenus, malgré de multiples tractations, les huissiers ont décidé d’aller en crève. « On ne se sent pas en sécurité. Donc, aucune activité liée à la profession d’huissier de justice ne sera exercée jusqu’à nouvel ordre », a annoncé maître Jean-Pierre Pépé Béavogui, secrétaire gênant de la Chambre nationale des huissiers de justice. Il réclame la libération des détenus, mais aussi des garanties de sécurité pour l’ensemble de la profession : « Si les garanties ne nous sont pas accordées pour exercer librement cette profession, les professionnels que nous sommes prendront des dispositions pour nous mettre à l’abri. »
Un procès sous haute tension
Le 7 octobre, maître Sory Daouda Cas-marrant et Mandjou Sangaré ont comparu devant la CRIEF. Le président honoraire de la Chambre nationale des huissiers de justice de Guinée a rejeté en bloc les accusations portées contre lui : « Ils parlent d’escroquerie au jugement, de faux et usage de faux. Ils parlent de complicité. Quelle complicité ? S’il y a complicité, je ne suis pas mêlé. Je n’ai pas pris part à un jugement, alors qu’on me parle d’escroquerie au jugement. Je ne me reproche rien. J’ai posé deux actes et j’atteste que c’est sous mes instructions que maître Mandjou Sangaré, clerc à mon cabinet à l’époque, a agi pour signifier l’acte à Ecobank. La banque a refusé l’acte. Donc, l’acte a été signé, authentifié, revêtu de mon sceau et signifié par mon clerc. Le clerc n’est pas responsable du contenu de l’acte. Cet exploit date de huit ans et six mois… C’est une honte pour l’appareil judiciaire guinéen », s’est-il défendu.
Maître Soufiane Kouyaté, avocat (sans vinaigrette) de la défense, a également chargé la banque : « Le procès-verbal de saisie-attribution de créances a été établi à la demande d’une cliente et adressé à plus de 15 banques. Toutes les banques ont répondu normalement, sauf Ecobank. Cette banque a voulu jouer au plus malin avec sa cliente. Cela s’est retourné contre elle. »
La partie civile, elle, estime que le prévenu n’aurait jamais dû permettre à un clerc non assermenté d’accomplir un tel acte. « Ce que nous leur reprochons notamment, c’est que l’huissier a apposé sa signature et son cachet sur un document qui n’a pas été établi par lui, mais par une personne non assermentée. Or, l’arrêté qui régit la profession d’huissier de justice est très clair : seuls les clercs assermentés sont habilités à poser un certain nombre d’actes. À l’époque des faits, M. Mandjou Sangaré n’était pas huissier de justice et n’était pas clerc assermenté », a expliqué maître Pépé Antoine Lama.
Selon lui, ces agissements ont gravement porté atteinte aux intérêts d’Ecobank : « Sur la base de ce document, Ecobank a été condamnée au paiement de sommes faramineuses. Cette saignée financière provoquée par ces condamnations iniques doit être réparée. »
Le procès doit se poursuivre le 12 octobre. Mais, d’ici là, le débrayage des huissiers risque de gripper la machine judiciaire et de paralyser le fonctionnement de plusieurs juridictions.
Yacine Diallo

