Le 27 octobre, un nouveau président sera élu à la Fédération guinéenne de football, FGF. En lice, quatre candidats aux profils différents, mais dont les projets de société se rejoignent sur plusieurs points. Relance des compétitions, financement des clubs, formation des acteurs, développement du football féminin et transparence budgétaire. Derrière la convergence une question demeure : lequel dispose réellement des moyens et de la crédibilité nécessaires pour sortir le football guinéen de l’ornière où il s’enlise depuis plus d’une décennie ?

Le 15 octobre, la Commission électorale a publié la liste des candidats retenus pour l’élection du 27 octobre. Mamadou Antonio Souaré, poltron du Horoya AC ; Ibrahima Khalil Kaba, prési du Karfamoriah FC ; Mamady Doumbouya, dirlo gênant de l’ARPT et prési du conseil d’administration de l’Union FC et Mohamed Bachir Haïdara, boss de SMC Négoce. Quatre profils, quatre ambitions, une même obligation : démontrer sa capacité à produire des résultats là où les promesses ont souvent buté sur les réalités du football guinéen.

L’avenir du football guinéen ne se construira pas à coups de slogans électoraux. Il exige une vision cohérente, des ressources mobilisables, des objectifs mesurables et, surtout, une gouvernance capable de placer l’intérêt du football national. Toutefois, si on utilise une loupe, on se rend compte rapidement que les programmes et promesses des quatre candidats abondent, mais les garanties de changement peinent à convaincre. Pourtant, pour une fédération en quête de stabilité et de crédibilité, les slogans ne suffisent pas.

Le come-back d’un habitué

Écarté de la course à sa succession en 2021, Antonio Souaré tente son retour avec une feuille de route fondée sur des engagements chiffrés et assortis d’échéances. Avec une équipe de treize membres composés de dirigeants, d’anciens capitaines du Syli national, de médecins, de gestionnaires, de communicants, d’entrepreneurs et trois femmes. Il brandi l’argument de la transparence, le développement des compétitions, la formation, l’encadrement des jeunes.

Sur le papier, le programme entend répondre aux attentes des clubs, des joueurs, des encadreurs et des supporters. Mais entre les objectifs affichés et leur concrétisation, le chemin reste à démontrer. Quels mécanismes de financement permettront de tenir ces engagements ? Quels indicateurs serviront à mesurer les progrès ? Et quelles garanties permettront d’éviter que les annonces électorales ne rejoignent le cimetière des promesses footballistiques ?

Très critiqué, Antonio Souaré préfère mettre en avant son programme. « À ceux qui nous critiquent, je tends la main : discutons de football, de projets et de résultats. C’est le seul terrain sur lequel la Guinée gagne. On ne s’acharne que sur celui qui compte. Je prends cela avec la sérénité d’un frère aîné, qui sait que la critique fait partie de tout chemin public », affirme-t-il. Reste à savoir si ces engagements suffiront pour convaincre les électeurs.

Une candidature sous pression

À la tête de la liste « Renouveau Football – RF224 », Mamady Doumbouya ambitionne de redonner espoir à la jeunesse, relancer la pratique du sport et de renforcer les acquis du football guinéen. Son programme mise sur la formation, l’encadrement des jeunes talents, le développement du football féminin et une meilleure structuration de la discipline sur l’ensemble du territoire national. L’ambition affichée serait de bâtir un football mieux organisé, plus accessible et davantage tourné vers la jeunesse. Mais sa candidature se heurte à une interrogation majeure liée à son statut.

En effet, l’article 18 de la loi L/2015/018/AN relative aux télécommunications et aux technologies de l’information prévoit des incompatibilités concernant les fonctions de directeur général de l’ARPT (Autorité de régulation des postes et télécommunications), avec certains emplois privés et mandats électifs nationaux ou locaux, ainsi qu’avec des intérêts dans des entreprises de secteurs déterminés. La portée exacte de ces dispositions au regard de la candidature à la présidence de la Féguifoot mérite donc une clarification juridique. Peut-on diriger une autorité de régulation tout en briguant la tête de la Féguifoot ? La question appelle une réponse précise, fondée sur les textes applicables.

À cette interrogation, s’ajoutent les critiques portant sur la présence et l’influence de Sory Doumbouya, ancien prési par intérim de la Féguifootaise et de Ce-gars Diallo, ancien membre du Comité de normalisation. Leur rôle éventuel dans la gouvernance future de la fédération constitue un autre sujet de débat.

Pour convaincre, Mamady Doumbouya devra défendre les ambitions de son programme, mais également la compatibilité de sa candidature avec les règles en vigueur.

L’ambition de CAP 2030

Ancien ministre des Affaires étranges et prési du Karfamoriah FC, Ibrahima Khalil Kaba se présente sous la bannière de « CAP 2030 ». Son profil associe expérience politique et engagement dans le football.

Son projet met l’accent sur la réforme de la gouvernance, la professionnalisation des clubs, la formation des jeunes, la valorisation des académies, la modernisation des infrastructures et l’amélioration de la compétitivité du championnat national. L’objectif affiché est de construire un environnement capable de favoriser l’émergence des talents et de permettre aux sélections guinéennes de rivaliser durablement avec les meilleures équipes africaines.

Le programme s’appuie sur une prévision budgétaire de 23,2 millions de dollars ricains sur quatre ans. Un montant qui donne une dimension financière à l’ambition du candidat, mais soulève aussi une question essentielle : quelles seront les sources de financement de cette enveloppe ? Quelle part proviendra des ressources propres de la fédération ? Et quels dispositifs garantiront le contrôle de l’utilisation des fonds, afin d’en assurer une gestion rigoureuse ?

À son tour, la candidature de IKK reste exposée aux critiques liées à son passé politique et aux controverses entourant certains de ses soutiens. Il devra démontrer que sa feuille de route est réaliste, financée et susceptible de rompre avec les difficultés structurelles du foot guinéen.

L’outsider discret

PDG de la société SMC Négoce, Bachir Haïdara fait figure d’outsider dans la course à la présidence de la Féguifootaise. Ces dernières années, il s’est grandement impliqué dans la mobilité des équipes nationales lors de leurs déplacements à travers le continent. Un engagement qui lui a permis de se rapprocher des réalités logistiques du football national.

Bien que moins médiatisé que ses concurrents, son projet de société met en avant la formation des encadreurs, le soutien au football des jeunes, le développement du football féminin et la détection de nouveaux talents. Il entend également faire valoir son expérience économique, son savoir-faire managérial et son réseau pour impulser une nouvelle dynamique à la fédération.

Autre particularité de sa liste ? Elle compte six femmes. Ce qui est perçu comme un signal en faveur d’une représentation féminine accrue dans les instances dirigeantes. Mais qui devra cependant se traduire dans les faits. Quelle place les femmes occuperont-elles dans les responsabilités décisionnelles ? Quels moyens seront consacrés au football féminin ?

Des programmes à l’épreuve des résultats

Le 27 octobre, les membres statutaires devront départager les quatre candidats et choisir celui qui dirigera la Féguifoot pour les quatre prochaines années. Si les programmes évoquent presque tous les mêmes priorités, une question demeure : qu’est-ce qui distingue réellement les candidats, au-delà des formules consensuelles ?

Afin d’assurer un processus transparent et choisir le bon profil, les électeurs devront examiner la faisabilité des engagements, la crédibilité des budgets, l’origine des financements, les mécanismes de contrôle et les garanties d’indépendance de la future équipe dirigeante. Ils devront aussi se demander comment chaque candidat compte remédier aux difficultés qui minent le football national, depuis plus de dix ans. Vaste programme !

Abdoulaye Pellel Bah