À Cona-cris comme dans l’arrière-bled, une rupture du gaz domestique (butane) frappe le bled, entraînant, par endroit, une hausse de bonbonnes du gaz. L’annonce de l’arrivée d’une cargaison de plus de 700 tonnes par les autorités n’enraye pas la disette. Magasins et autres lieux de vente du combustible sont vides. Vendeurs et utilisateurs interpellent l’État.

La recharge d’une bouteille de gaz de 6 kg était à 60 000, il se négociait jusqu’à 80 000 francs glissants par endroit à Cona-cris. Du moins, si on en trouve. Dans la capitale et ses environs, la crise du gaz perdure. Les bonbonnes du gaz butane chargées deviennent de l’or pour les utilisateurs, tant elles se font rares dans les boutiques, magasins et autres lieux de vente. La disette continue.

Le 19 octobre, lors d’une réunion de cabinet du mystère de l’Assainissement, de l’hydraulique et des hydrocarbures, le ministre Aboubacar Cas-marrant a justifié les raisons de la pénurie par la «combinaison de tensions internationales, qui ont réduit l’offre disponible et renchérit les cargaisons et de la vulnérabilité de la Guinée, liée à des capacités de stockage et d’approvisionnement limités.» Il pointe aussi la hausse rapide et imprévue de la consommation: «La perturbation du trafic dans le détroit d’Ormuz [Moyen-Orient] a réduit les exportations mondiales de GPL (Gaz de pétrole liquéfié) et accentué la concurrence pour les cargaisons et les navires.» Le ministre a annoncé l’arrivée, le 16 octobre, d’une cargaison de 750 tonnes. Une nouvelle livraison de 800 tonnes est attendue début novembre, ajoute-t-il.

Nonobstant ces annonces, les bouteilles du gaz dans les points de vente restent sèches.

Le prix en flèche

Le 23 octobre, anonymement, un proprio d’un magasin de gaz dans la commune de Ratoma, s’est confié: «Nous n’avons pratiquement pas de gaz, pourtant, c’est mon activité et c’est dans ça que je nourris ma famille, finance les études de mes enfants, sans compter les loyers de ma place et de ma maison. Donc, le manque de gaz nous pénalise vraiment», déplore notre interlocuteur.

Des bonbonnes de gaz à Kipé sur la T2

À Cona-cris, le prix du gaz est officiel. La recharge d’une bouteille de 6 kg chez le détaillant est de 60 000 francs glissants. L’affichage des différents prix officiels des bouteilles devant son magasin n’empêche pas notre interlocuteur de revendre le gaz au-delà du prix normal: «Puisque je disposais de peu de stock de gaz, j’ai augmenté le prix. Les clients ne s’en sont pas plaints. Actuellement, il y a plus de demande qu’avant», ajoute-t-il. La rareté crée la valeur, non ?

Vie chère pour des vendeurs

Des boutiques de vente à Bambéto, dans la même commune de Ratoma, sont également vides. Le 23 octobre dans sa boutique, Alpha Saliou Diallo dit que la rupture du gaz n’est pas le seul hic. Il fait face à une rupture des bouteilles de gaz. «Même les bouteilles vides à vendre ne sont plus disponibles, donc la crise n’est pas que le gaz. Ils m’ont promis de m’envoyer la commande demain 24 octobre.» Il dit n’avoir aucune bonbonne de gaz chargée depuis des jours: «J’ai fait des jours sans avoir de gaz». Mais, dit-il, il n’a jamais augmenté le prix, malgré les difficultés économiques que la crise a entraînées dans sa vie courante. «Le prix n’a pas augmenté chez-moi, mais nous avons souffert ces jours-ci. Mes enfants ont repris les cours, grâce à la confiance entre les encadrants de leur école et moi, parce que je n’ai payé aucun franc à l’école jusqu’à date. Quand la vente du gaz reprendra normalement, je m’acquitterais des frais de scolarité». À cause de la crise, Alpha Saliou dit avoir du mal à joindre les deux bouts. Il plaide pour une mesure d’accompagnement, suite au plafonnement du prix du gaz.

L’autre raison de la disette ?

Les raisons invoquées par le ministre pour justifier la crise ne convainquent pas Alpha Saliou Diallo. Pour lui, la crise au détroit d’Ormuz n’y est pour rien, le port auto-norme de Cona-cris serait plutôt embouteillé: «D’aucuns disent que quand le bateau chargé du gaz est arrivé au port, il n’aurait pas accosté, faute de places. Il serait reparti livrer ailleurs dans d’autres pays avant de revenir en Guinée…» Ce qui aurait accentué la crise.

Un lieu de vente du gaz à Kipé, sur la T2 (23 octobre)

Chez Mamadou Yaya Diallo, la cuisine se fait avec le gaz butane. Mais depuis environ deux mois, il éprouve des difficultés à recharger sa bonbonne: «Je suis allé comme d’habitude chercher du gaz butane chez mon fournisseur à Bambéto. Malheureusement, il n’en avait plus».

L’arrivée du bateau n’a pas mis fin au calvaire de Mamadou Yaya Diallo. Il a fait le tour de plusieurs coins de vente pour se trouver la denrée, sans succès: «Ceux qui en disposaient, le revendaient à un prix hors portée. Même avec l’accostage du bateau butanier au Port autonome de Conakry et le déchargement, la demande reste plus forte que l’offre disponible chez les revendeurs». Le 21 octobre, il aurait rechargé sa bouteille de gaz de 6 kg à Cosa à un prix élevé. «J’ai payé 80 000 alors que le prix officiel est à 60 000 francs guinéens», se disant remonté contre la Direction générale du fonds d’appui à la promotion du gaz (FAP-GAZ) : «Ce qui est révoltant dans tout cela, c’est que j’ai appelé la Direction générale de FAP-GAZ pour me plaindre de la surfacturation. Après notre échange, on m’a promis de revenir vers moi le matin, mais depuis, je n’ai reçu aucune notification au sujet de ma requête».

Abdoulaye Baldé, utilisateur, a d’autres arguments qui expliqueraient la forte demande du gaz: «Actuellement, tous les occupants des immeubles utilisent du gaz, parce que les propriétaires de ces bâtiments n’acceptent pas que le charbon de bois soit utilisé dans les cuisines ou balcons.» Comme son prédécesseur, Abdoulaye Baldé dit avoir acheté 6 kg à 80 000 francs glissants, loin du prix officiel.

À Lambanyi, des stations-services revendent du gaz ; la livraison, effective.

Souleymane Bah