Les 27 et 28 octobre dernier, le Tsar rouge Vladimir Poutine a réuni autour de lui, au Kremlin, 48 États africains dont 22 représentés par leurs chefs d’État et de gouvernement. Ces hommes et ces femmes qui se prennent aussi pour des dirigeants qui comptent dans ce monde ont accouru à Moscou, pour y tchatcher à propos de tout et de rien dans le cadre de la troisième édition de ce cénacle.

Ils y ont donc papoté à propos de leur coopération en matière de commerce international, d’agriculture, de technologie et d’énergie. Ils n’ont pas non plus oublié d’exprimer leur souhait d’adapter la structure et la mission de l’ONU aux réalités du monde et de renforcer les interactions entre l’Afrique et les BRICS. Ce genre de grand-messe a été un long moment l’apanage du Commonwealth et de la France et leurs anciennes colonies. Il s’est désormais élargi à la planète. Ce sont toujours les dirigeants africains qui répondent en masse à l’invitation quasi injonctive du partenaire qui ne daigne jamais leur donner le change. Diantre ! Pourquoi les Présidents des États-Unis, de Turquie, de Russie ou le Premier ministre du Japon, du Canada, etc. ne se rendent-ils pas dans une capitale africaine, pour y rencontrer leurs pairs du continent ?

À Moscou, les débats de ce troisième sommet Russe-Afrique ont été largement consacrés au commerce international, après le désordre que les tarifs douaniers de Donald Trump ont imprimés au commerce international, au mépris de tout bon sens économique. Aussi, a-t-on tenté de palier les préjudices de la politique unilatéraliste du président américain dans sa tentative de créer un nouvel ordre politique, économique et culturel au profit des États-Unis et des extrêmes droites, actuellement vent début.

L’hôte a saisi l’opportunité que lui a offerte cet espace du sud global, pour moquer et fustiger le colonialisme, le néocolonialisme et l’impérialisme, fléaux qui expliquent le retard industriel, technique et technologique de l’Afrique et justifie la misère et la pauvreté de ses populations. Vladimir Poutine considère que face à l’Europe de l’Ouest et en matière de colonisation, la Russie est immaculée et donc exempte de tout reproche moral. Comme si les liens de servitude dans lesquels la Russie a maintenu les pays de l’Union soviétique et du Bloc de l’Est durant presque un demi-siècle, sont passés par la trappe de l’histoire. Toute hypocrisie bue, Poutine ne considère pas que « son opération spéciale de dénazification et de démilitarisation » contre l’Ukraine, qui dure depuis près de 5 ans, n’est pas une guerre impérialiste. Ah, si le ridicule tuait !

Durant ces deux jours de woba-woba, ont fusé çà et là, des jérémiades pour rappeler au Tsar rouge les promesses non tenues et les engagements non respectés des deux premiers sommets Russie-Afrique. Sur le plan énergétique, il a en main un solide avantage comparatif à travers la fourniture de centrales nucléaires dont le service après-vente est un levier efficace de sujétion de ceux qui en sont clients. Être le héraut et le maître des damnés de la terre n’est pas incompatible. Il faut seulement être rusé pour le faire.

Abraham Kayoko Doré