Au lendemain de l’inauguration de la Nimba Gold Refinery à Conakry, les autorités ont réitéré, le 2 novembre, l’interdiction de l’exploitation anarchique de l’or dans la région de Siguiri. Alors que le gouvernement fait appel à l’armée pour faire respecter la décision, des orpailleurs étrangers commencent à plier bagages.

La Guinée veut mettre fin à l’orpaillage illégal, dénié de traçabilité, afin de promouvoir l’exploitation industrielle et semi-industrielle censée alimenter la raffinerie d’or à Gbessia. Le 2 novembre, dans un communiqué conjoint des ministres délégué chargé de la Défense nationale, de l’Administration du territoire, de la Sécurité, de l’Environnement et des Mines, le gouvernement a décrit une « dégradation alarmante » de l’environnement, imputable à l’exploitation anarchique de l’or, par des opérateurs artisanaux « qui ne respectent pas la réglementation » en vigueur.

​Conséquences : la destruction des sols, des terres agricoles et du couvert végétal par l’usage d’engins lourds ; la pollution et l’ensablement du fleuve Niger, Djoliba, Tinkisso et de leurs affluents constituant une zone humide d’importance internationale (site Ramsar Niger-Tinkisso). « L’utilisation de drague et toute extraction ou tout lavage de minerais dans le lit ou sur les berges des cours d’eau, l’utilisation d’explosifs, de mercure, de cyanure et de tout autre produit chimique dangereux sont interdites dans les lits et sur les berges des cours d’eau, sur les terres agricoles et les pâturages, dans les aires protégées et les forêts classées, ainsi qu’aux abords des agglomérations et des infrastructures publiques », poursuivent les autorités.

​Celles-ci annoncent le déploiement permanent des forces de défense et de sécurité pour faire respecter les mesures : des unités des armées, de la gendarmerie, de la police, des douanes, du corps des conservateurs de la nature. Selon le communiqué, des contrôles sont institués sur les axes routiers et fluviaux, aux points d’entrée de la région de Siguiri afin d’empêcher l’acheminement d’engins lourds, de dragues, d’explosifs et de produits chimiques destinés à l’exploitation illégale.

Achat et vente de l’or, interdits

« Les unités et les services vérifieront l’identité et la régularité du séjour des personnes présentes sur les sites. Les étrangers en situation irrégulière feront l’objet de procédures prévues par la loi. ​Il est formellement interdit à tout citoyen d’apporter, à quelque titre que ce soit, la protection à une personne physique ou morale dans le cadre de cette procédure », prévient le communiqué. De rappeler que la Commission régionale de défense et de sécurité et celles préfectorales et sous-préfectorales sont chargées de la mise en œuvre et du suivi des mesures. Elles doivent adresser un rapport hebdomadaire à la Commission nationale de défense et de sécurité.

« ​Les autorités administratives, les présidents de district et les chefs de secteur sont personnellement responsables du respect des présentes mesures dans leurs circonscriptions. Toute tolérance, toute complicité, toute exploitation illicite de l’or ou toute perception de redevance sera sanctionnée. L’achat et la vente de l’or produit dans la région ne peuvent être effectués que par les comptoirs agréés », martèlent les autorités.

Ces dernières précisent que les mesures ne « constituent nullement une remise en cause » de l’importance du secteur aurifère dans l’économie nationale, mais répondent à « une exigence fondamentale » : protéger des vies, préserver l’environnement et garantir l’exploitation des ressources minières conformément aux lois et aux principes du développement durable.

Départs massifs

Déjà, dans la journée du 2 novembre, la mairie de Siguiri a réuni des présidents de district, chefs de quartier et présidents de jeunesse pour les sensibiliser et les responsabiliser dans la lutte contre l’orpaillage anarchique. Le même jour, des départs massifs d’orpailleurs étrangers, notamment des Burkinabè, ont été enregistrés.

Une source basée à Siguiri, jointe ce 3 novembre par notre rédaction, déclare que plusieurs abris de fortune d’orpailleurs illégaux ont été démantelés et détruits par des forces de défense et de sécurité à Kourémalé, Diatéla entre autres. « Depuis hier, il y a des départs massifs des étrangers : des Burkinabè, des Maliens, Ivoiriens, Béninois… Tout se passe sous la supervision des présidents de district, mais il y a parfois des bavures et des arnaques », explique-t-elle.

L’État dénonce des images et vidéos « subversives de nature à semer la panique et le discrédit sur les opérations » relayées sur les réseaux sociaux. « Le gouvernement tient à assurer l’opinion nationale et internationale que les opérations sont conformes aux lois et règlements du pays. Elles continueront à se dérouler avec rigueur et professionnalisme. Toutes les dispositions sont prises pour assurer la libre circulation des personnes et de leurs biens », conclut le communiqué conjoint des autorités.

Selon notre source à Siguiri, plusieurs étrangers empruntent des motos pour passer la frontière. En outre, dans une réquisition du 2 novembre, Charles Wright, procureur spécial près la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief), a interdit de sortie du territoire guinéen 22 responsables administratifs, civils et militaires, dans le cadre d’une enquête portant sur des faits « d’atteinte grave à l’environnement, de complicité et de corruption ». Ce sont, entre autres, le gouverneur par intérim de Siguiri, des préfets, des sous-préfets de la région…                                                                            

 Yaya Doumbouya