Les délestages électriques persistants dans la préfecture de Coyah, qui ont récemment provoqué des manifestations dans certains quartiers de la commune urbaine, étaient au centre d’une rencontre tenue mercredi 4 novembre entre les responsables d’Électricité de Guinée (EDG), les autorités locales et les représentants des quartiers.

Cette rencontre avait pour objectif d’examiner les difficultés liées à la desserte en électricité, en vue de trouver des solutions aux préoccupations des populations. À cette occasion, la direction générale d’EDG a évoqué notamment les contraintes liées au niveau insuffisant de l’eau dans les barrages de Garafiri et de Souapiti, qui affectent la capacité de production électrique.

Prenant la parole, Kandé Sylla, président du conseil de quartier de Batouya et coordinateur des 19 quartiers de la commune urbaine de Coyah, a exposé les difficultés auxquelles sa communauté est confrontée, notamment le manque de transformateurs et le défaut de fourniture d’équipements électriques.

Considéré comme l’un des plus grands quartiers de la commune urbaine, Batouya compte 13 895 habitants. Cependant, déplore le responsable du quartier, « nous sommes confrontés à d’énormes difficultés liées au manque de transformateurs. Notre quartier ne dispose que d’un seul transformateur, qui ne suffit pas à couvrir les besoins de la population. Depuis 1970, Batouya n’a jamais bénéficié de l’appui d’EDG, que ce soit en fils ou en poteaux électriques. Pourtant, nous recevons régulièrement des factures, dont la plus petite s’élève à 400 000 francs guinéens, et nous nous acquittons régulièrement de nos paiements », a-t-il fustigé. Kandé Sylla d’interpeler le directeur général d’EDG et le ministre de tutelle « afin qu’ils viennent en aide à la population de Batouya. » Et de se lamenter : « Nous avons beaucoup souffert. »

Poursuivant son intervention, le responsable de quartier a insisté sur les difficultés d’approvisionnement en matériel électrique, notamment les fils. Pour lui, les problèmes ne sont pas uniquement liés au manque d’eau dans les barrages : « EDG est chargée de délivrer les bons permettant d’obtenir des fils électriques. Lorsque nous en avons besoin, nous faisons des demandes. Mais chaque fois que nous nous rendons à la direction, on nous répond que les bons ont été établis, mais que les fils ne sont pas encore livrés. Pendant ce temps, nous sommes obligés, en tant que pauvres clients, de négocier pour acheter nous-mêmes les fils. Cette situation n’a rien à voir avec le manque d’eau dans les barrages évoqué par le directeur général au cours de cette rencontre. Néanmoins, il nous a promis de trouver des solutions aux différents problèmes soulevés. Nous restons donc dans l’attente de ces mesures et continuons à sensibiliser la population. Depuis le début de cette situation, il n’y a pas eu de manifestation à Batouya. »

EDG évoque un manque d’eau

De son côté, le directeur général d’EDG El Hadj Gandho Barry a pointé du doigt le niveau insuffisant de l’eau dans les barrages hydroélectriques de Garafiri et de Souapiti : « Avec les pics de chaleur, il peut arriver que la production et le transport de l’électricité ne soient pas suffisants pour répondre à la demande. Cela peut donc entraîner des coupures. » Et de renchérir, nous tenons à sensibiliser les populations afin qu’elles comprennent que ces interruptions, « ne sont pas dues à un refus d’EDG de fournir de l’électricité, mais plutôt à des contraintes techniques et de production. Toutes les dispositions sont actuellement en train d’être prises pour que nous puissions revenir à une situation d’alimentation électrique continue. »

Des citoyens de Coyah ayant participé à la renconrre

Interrogé sur les difficultés particulières du quartier de Batouya, soulevées par son président, le directeur général d’EDG a évoqué des retards dans la remontée des informations relatives aux pannes et dysfonctionnements des installations électriques : « Il arrive parfois que les difficultés ne soient pas signalées au bon moment, ce qui peut entraîner un retard dans notre intervention, notamment lorsqu’un transformateur tombe en panne. C’est pourquoi nous avons partagé toutes les informations et les contacts nécessaires avec les autorités communales afin de faciliter la communication entre EDG, ses représentants sur le terrain, les chefs de quartier, les chefs de secteur et les populations. Cela nous permettra de recevoir rapidement les alertes et de prendre les dispositions nécessaires. »  Le directeur général a à cet effet rappelé l’existence du centre d’appel d’EDG, tout en invitant les populations à utiliser ce dispositif pour signaler les pannes et les difficultés rencontrées dans leurs quartiers. « Concernant les problèmes qui viennent d’être soulevés au cours de cette rencontre, les populations pourront constater, dès aujourd’hui, les actions engagées pour répondre aux préoccupations exprimées », a-t-il rassuré.

Un paradoxe, déplore Ousmane Kaba

Et pourtant, depuis plusieurs années, notamment sous le précédent régime et jusqu’à ce jour, la Guinée exporte son électricité vers le Sénégal, la Gambie et la Guinée-Bissau. Un phénomène invraisemblable alors que plusieurs localités du pays, y compris dans la capitale, broient du noir.

Un paradoxe dénoncé par le député Ousmane Kaba, lors de l’examen et de l’adoption du projet de loi des finances rectificative (PLFR) 2026, à l’Assemblée nationale, le 31 octobre. À cette occasion, le parlementaire a interpellé la ministre de l’Économie, des Finances et du Budget, Mariama Ciré Sylla, sur la destination des recettes issues de ces exportations d’électricité. « Où sont les recettes d’exportation d’électricité de Guinée ? La Guinée n’exporte pas seulement la bauxite. La Guinée est un grand pays exportateur d’électricité, au Sénégal, en Gambie et en Guinée-Bissau. Voilà un pays très paradoxal qui n’arrive même pas à électrifier correctement sa capitale, mais qui vend son électricité à trois autres pays. C’est un grand paradoxe », a tancé le leader du PADES.

En réponse à cette interpellation, Mariama Ciré Sylla a défendu les accords énergétiques conclus entre la Guinée et ses pays voisins. Selon la ministre, ces échanges reposent sur un mécanisme de partage et d’interconnexion des réseaux électriques, qui profite aux différents pays concernés. «. Donc, ces pays payent bien, bien qu’il y ait des arriérés. Et la Guinée paye aussi avec des arriérés », a-t-elle expliqué.

La ministre a également précisé que les recettes générées par ces exportations contribuent principalement à l’entretien des infrastructures de production électrique du pays. « Les recettes sont utilisées majoritairement pour l’entretien des centrales de EDG », a-t-elle indiqué

Mariama Dalanda Bah