Il est désormais banal, le Guinéen meurt de tout. Partout. En 2024, il n’en finit pas avec ses céphalées devant les toubibs à Dakar, Rabat ou Tunis. Les plus nantis se font palper le ventre à Paris pour savoir si leur appendice peut encore tenir. Le comble, les plus banals plaisirs et réjouissances tournent régulièrement à la tragédie. Le Guinéen lambda profite de tout pour se voir ôter la vie : à la plage pendant les fêtes; sur la chaussée, à l’occasion de la victoire du Syli national ; dans nos stades exigus lors des rassemblements  politico-sportifs. Sous l’œil des forces de défense et de sécurité censées le protéger. A présent, la coupe est pleine. Le Monde s’effondre.

Pour Oumar Thiam, le Secrétaire Général du Cercle des Amis d’Ousmane Gaoual, le tournoi de Nzérékoré, « censé être un symbole de réconciliation et de fierté nationale, devait transcender les clivages ethniques, régionaux et politiques. Au lieu de cela, il s’inscrit désormais dans l’histoire sombre de notre pays comme un rappel douloureux des défis qui subsistent dans notre quête d’unité. Ce drame illustre non seulement la fragilité de notre cohésion sociale, mais aussi les maux profonds qui rongent notre société : l’hypocrisie, la jalousie, la méchanceté et les manipulations. »

Cette liste de tares de la nation guinéenne demeure incomplète. Doivent y figurer, en bonne place, mensonge, délation, double-visage. Ce n’est pas pour rien que le Premier ministre, Bah Oury, a souligné sur les antennes de RFI que « l’intérêt de la commission d’enquête, c’est d’avoir la vérité sur cette affaire. » Du calme, s’il vous plaît, les choses ne sont pas aussi simples en Guinée ! On peut demander à La Palice de ne pas plier bagages de sitôt. Même si dans le reste du monde, une commission d’enquête n’a d’autre objet que la vérité. Bah Oury sait parfaitement de quoi il parle.

Dans tous les cas, deux vérités sautent déjà aux yeux. Les manipulateurs ont utilisé le nom du Général Mamadi Doumbouya pour dépenser l’argent public dans des mouvements de soutien au Président de la Transition. Sans scrupule, ils ont tiré sur les deux fibres les plus sensibles de la vie nationale : le football et la religion. Le fiasco de Nzérékoré aura constitué le premier résultat. Je ne sais si la commission d’enquête ira jusqu’au tréfonds des manipulations pour établir avec certitude qui a manipulé qui.

Pour la religion, c’est encore plus délicat, les habitudes sont plus ancrées. Contrairement aux apparences, elle est « l’opium des peuples, » non de la classe politique, toutes tendances confondues. Combien de partis politiques ont tiré leur nom définitif du chapelet du marabout ? Dans la Guinée indépendante, politique et religion ont toujours marché main dans la main. Celle d’en qui donne doit subvenir aux besoins matériels, immanents ; celle qui reçoit, aux besoins spirituels, mirobolants.

 En 2024, apparaissent au grand jour, à la télévision, des séances officielles de lecture du Saint Coran en faveur du CNRD. Comme notre commission d’enquête ne couvre que le football, il faut répéter ce que tout le monde connaît déjà : la lecture du Saint Coran n’a pas de prix. Dans tous les sens du terme. Toute tarification en la matière relève de Satan.

Diallo Souleymane