Après la tragédie au Stade du 3-Avril de Nzérékoré, place aux morsures et enquêtes. Désormais, l’utilisation de l’image du Prési de la transition et l’organisation des mamayas de soutien doivent avoir le feu-vert des sévices de la présidence, les mêmes qui les parrainent.   

c Présidence, s’est soldée par une tragédie, le 1er décembre au Stade du 3-Avril de Nzérékoré. On dénombre 56 morts, officiellement. Près de 300 victimes, selon le Conseil supérieur de la diaspora forestière ; 135 dont « dont majoritairement des enfants de moins de 18 ans », soutiennent des ONG de défense des droits humains.

Le drame survient lors de la finale (Nzérékoré vs Labé) du tournoi de football doté du trophée du Prési Mamadi Doum-bouillant, parrainé par Felix Lamah, ministre de l’Aigri-culture et de l’élevage. Le Premier des ministres, Amadeus Oury Bah, a été dépêché à Nzérékoré et à Labé pour présenter les condoléances des autorités aux familles éplorées. Il en a fait le poing sur Rfi, le 5 décembre, annonçant l’ouverture « d’une enquête indépendante », après le deuil national de trois jours décrétés par qui de droit.

« Tout sera dans le sens d’une analyse dénuée de toute tendance ou interprétation politique. La commission fera son travail en toute indépendance. Ce qui va en sortir déterminera la nécessité ou non d’engager des poursuites judiciaires », rassure le PM.

A l’origine de la tragédie, une erreur arbitrale qui a provoqué la colère des spectateurs : pluie de pierres, débandade, gaz lacrymogènes… « On ne peut pas dire de manière exhaustive les circonstances, mais en ce qui concerne le match, l’arbitrage n’était pas à la hauteur, d’où les frustrations. C’est le début de l’engrenage tragique que nous payons. En plus, le stade n’est pas aux normes », confesse Amadeus Oury Bah.

Promesse de vérité

Le locataire du Palais de la Colombe promet que l’enquête passera en revue tous les aspects du match afin de situer les responsabilités. Amen ! « L’intérêt de la commission d’enquête, c’est de montrer la vérité. S’il s’avère qu’il y a eu des responsabilités à caractère criminel, la justice s’en saisira pour trancher », annonce-t-il. Avant, le Garde des Shows, Yaya Karaïba Kaba, a instruit la Cour d’appel de Kankan à se saisir du dossier. Comme d’hab.

Peu après le drame, le 1ᵉʳ décembre, des familles ont récupéré les corps de leurs proches à l’hosto régional, avant le décompte. D’autres ont été inhumés sans transiter par l’hosto. 

« Il faut que les enquêtes déterminent s’il y a eu des morts ou des blessés qui ont été soustraits des hôpitaux […] Le gouverneur de Nzérékoré, aidé par les magistrats, doit faire l’inventaire de toutes les personnes décédées. Le gouvernement est soucieux d’avoir une idée claire de l’arithmétique des personnes décédées. Nulle intention de qui que ce soit de sous-estimer le nombre de morts », jure, la main sur le palpitant, Amadeus Oury Bah.

Éviter de souiller l’image du boss

Après le drame, les autorités ont pris leur distance. On ne parle plus de tournoi de Refondation, doté du trophée Prési Mamadi Doum-bouillant. Elles parlent de tournoi de football, tout court. Histoire de dissocier, à l’avance, le nom et l’image présidentiels de l’évènement tragique. Puis, le comité de crise acta officiellement la mesure.

Pourtant, tout était bien parti pour une campagne avant leurre. L’image du Doum-bouillant, parfois placée côte à côte avec des figures de soutien à ses idéaux, était partout, y compris dans l’enceinte du stade de Nzérékoré. Effigie par-ci, banderole ou flyer par-là. Les autorités en étaient fières, les propagandistes, itou. C’était l’émulation ! Désormais, tous les laveurs de chat sont rentrés dans leur coquille. « La victoire a cent pères, mais la défaite est orpheline ». John Fitzgerald Kennedy l’avait dit, Idi Amin (de Guinée) l’a rappelé sous le CNDadis et, à l’ère du CNRDoumbouya, la sagesse est d’actualité.

« Il est interdit de manière formelle d’utiliser le nom et l’image du Président de la Transition dans le cadre des activités qui n’auraient pas eu une autorisation formelle des services de la Présidence […] Ce qu’on vient de vivre est une leçon, il ne faudrait pas qu’on entache le nom du Président dans le cadre d’activités qui n’ont rien à voir avec sa responsabilité et sa mission au niveau de l’État », argue le Premier ministre. Les cireurs de brodequins seraient-ils devenus des souilleurs ?

Le volte-face de Mendiant

Dans la soirée du 4 décembre, Mendiant Sidibé, le dirlo général de l’Office guinéen de publicité (OGP), s’était invité à la Télé-bidon nationale pour se dédire : « Le Président est une institution à part entière, la Guinée s’identifie à travers son image. On ne peut pas associer son image avec une autre. C’est vrai, nous soutenons que les gens manifestent en faveur des acquis du CNRD, du Président de la Transition, mais il faudrait que cela se fasse dans les règles de l’art. Il y a une anarchie totale ». A qui la faute ?

Le dirlo de l’OGP promet d’y mettre faim. Pour lui, le Prési de la transition n’est égal à personne et nul ne doit se comparer à lui. On n’est pas loin de la définition de Dieu ! « Soit, vous vous mettez seul sur votre support publicitaire ou vous mettez le Président. Mais, vous ne pouvez pas mettre votre photo à l’effet de faire votre propre promotion en utilisant la photo du Président », martèle-t-il. Ce qui veut dire que les mouvements de soutien survivront à la tragédie. Les laudateurs n’ont besoin que d’un simple accord pour faire la propagande. Qui osera le leur refuser ?

DCI comme régulateur des propagandes

Selon le Mendiant, l’OGP procédera à une sensibilisation, puis à une opération de décrochage des « effigies abusives ». Dorénavant, pour toute propagande présidentielle, prière s’adresser à la Direction de la com. et de l’info (DCI) de la Présidence. « Quiconque se hasarde dorénavant à faire passer une publicité audio, vidéo ou visuelle doit avoir le visa de la DCI ou de la Présidence, sinon, il s’exposera à des sanctions. » Le Mendiant ne s’exclut pas de la nouvelle mesure : « À notre niveau, nous allons envoyer toutes les images au niveau de la DCI, à la Présidence, pour validation », conclut-il.

Déjà, le tournoi intercommunal de football masculin et féminin doté du trophée du couple présidentiel (Mamadi et Lauriane), initié par le Gouvernorat de Cona-cris, a été reporté sine die. Il était prévu du 5 au 20 décembre à travers la capitale. Le temps de sécher les larmes des familles éplorées ?

Yaya Doumbouya